‹ Histoire de la philosophie chrétienneChapitre 34 sur 61 · XXVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PREFACE

Certainement la tradition , cette expression de la généralité des esprits , des raisons , agit sur la raison de l'homme individuel ; mais il arrive aussi que la raison de riiomme individuel réagit sur la tradition , et la perfectionne en l'élevant de quelque degré vers le vrai. L'homme dans lequel se rencontre cette raison dominatrice recueille tôt ou tard les sympathies et les admirations , et l'histoire enregistre en caractères brillants et ineffaçables son passage à travers les sociétés.

La tradition, sous le rapport du vrai , de la certitude, est une pure présomption; prise pour base de raisonnement, elle n'engendre que des préjugés; la science appelle préjugés les jugements dont on ne possède pas l'explication rationnelle.

Ainsi , que la tradition s'appuie sur une révélation , ou qu'elle soit en elle-même le principe de l'activité intellectuelle de l'homme, elle suppose foncièrement la raison ; et, quoi qu'elle en ait, elle ne contient que des données pour la pensée créatrice , pour l'édification de la science. Et d'opposer la tradition à la raison dont elle ne peut se passer, comme faculté, c'est une erreur radicale. Par conséquent, la religion qui s'érige en interprète et apôtre de la tradition , et se croit, par le fait, distincte , je ne dis pas assez, indépendante de la philosophie, est, au fond, comme science et comme art, tributaire de la philosophie.

Dans cet état de division , que deviennent les peuples? Inquiets, irrésolus, naturellement ils demeurent d'abord auprès de la religion , leur première nourrice , et s'en remettent à sa sauvegarde : c'est elle qui les a instruits , elle qui les console, qui leur rend l'espoir perdu , c'est elle qui continuera de les enseigner : la philosophie s'avancera solitaire. Mais bientôt des temps viennent où l'affirmation dogmatique et souveraine ne suffit plus à l'irrésolution savante des esprits : on réclame une solution

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