DU TRADUCTEUR. XXIX
raisonnée des problèmes élernels ; on exige, sous peine d'incrédulité , des déductions régulières , lumineuses et satisfaisantes. Les peuples, alors, sentent qu'ils ont franchi l'enfance, et qu'ils sont entrés dans la virilité. Ils contraignent la religion à fournir ses explications les plus péremptoires , et ils s'établissent juges du débat qui s'est élevé entre le dogme religieux et la philosophie : ils veulent savoir s'ils doivent s'arrêter avec l'un ou avancer avec celle-ci. De ce moment s'ouvre une ère de scepticisme qui dure nécessairement jusqu'à la solution de cette contestation terrible d'où dépend la vie spirituelle des peuples.
Mais examinons en soije scepticisme, cetépouvantail de la faiblesse.
Le scepticisme est la négation du passé en tant que vrai , mais tout ensemble l'aspiration à des connaissances certaines dans l'avenir. Tout scepticisme, en effet, se résout nécessairement dans une critique. S'il établit, s'il démontre l'impuissance de nos moyens de connaître, il n'attaque jamais que les moyens de connaître tels qu'ils ont été conçus ; s'il est fort, il ruine le passé ; mais l'avenir reste intact , et rend l'espoir.
Tel est donc le résultat du scepticisme : un système meurt dans la lutte , un autre est pressenti, va naître, et tout se prépare pour le recevoir.
La raison humaine est un feu sacré autour duquel les vestales ne font jamais défaut; à sa pâleur d'un instant succède bientôt un éclat plus fécond.
Les haltes dans le scepticisme sont des moments de repos pendant lesquels l'homme, marchant à sa destinée, reconnaît sa route et s'oriente. La faiblesse peut trembler pendant ces moments solennels ; le génie créateur, loin de craindre, se réjouit. Une niasse égarée s'écrie : Tout est fini; les esprits féconds ou seulement confiants rév>ondrnt : Tout recommence.