‹ Histoire de la philosophie chrétienneChapitre 36 sur 61 · XXX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXX PRÉFACE

Le doute suppose l'affirmation ; il est l'affirmation du néant. Faible, l'homme se jette dans l'abîme et s'y ensevelit; fort, il le comble en y construisant un monde nouveau.

Le doute n'est pas une fin , c'est un symptôme de rénovation.

Le doute qui persiste est fatalement un suicide spirituel. La philosophie , organisation du doute , comme le soutiennent certains de ses détracteurs, devrait donc aujourd'hui avoir succombé, et cependant elle subsiste; l'humanité, qui philosophe jusqu'à un certain point, devrait aussi être morte intellectuellement, et cependant elle subsiste dans son unité originelle.

Le doute pratique n'est d'ailleurs jamais total, radical. Le sens commun, cette spontanéité de la raison, est la consolation du scepticisme en attendant le remède plus efficace que porte l'avenir dans son sein.

Et puis, quand l'esprit est aux abois, qu'il ne sait plus reconnaître le vrai, le certain, il nous reste toujours, pour nous guider, le cœur.

Mais à quelles conditions un peuple sortira-t-il du scepticisme , de Tindifférence ? Sera-ce au cas où la religion abolira la philosophie , ou bien au cas où la philosophie étouffera la religion ; ou bien au cas encore où philosophie et religion , abdiquant leur caractère individuel, se confondront, se mêleront et rentreront dans le chaos? On l'a vu ; cela ne se peut. Arrêté sur la route spirituelle, un peuple se remettra en marche courageusement le jour où la religion se fondera sur l'intuition rationnelle de Dieu dans sa pureté toujours plus complète ; où elle proclamera les principes moraux , éternels, universels, les seuls principes d'action, et où l'intention même de plaire à Dieu sera subordonnée à celle de l'accomplissement de nos devoirs; où tout anthropomorphisme théorique et pratique sera repoussé ; où le sym-

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