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bolisme indispensable sera la représentation sensible des idées rationnelles, et non un ensemble de fétiches conduisant moins à la perfection morale qu'à la superstition et au fanatisme ; où des moyens en rapport toujours plus intime avec l'homme et la nature organique elle-même, des cérémonies, des réunions , des actes seront institués en vue d'élever l'homme vers le vrai Dieu , d'établir entre lui et Dieu une plus profonde et plus sanctifiante communication , puis de fonder ainsi l'Eglise universelle que le christianisme se promet d'établir et établira. Le joui* où s'accompliront ces choses réparatrices , toute guerre cessera entre la philosophie et la religion; elles ne pourront même plus songer à s'attaquer; elles s'aideront au contraire dans leur œuvre commun de perfectionnement moral et intellectuel.
Comme les religions ont toutes , jusqu'ici , pris leur point de départ dans une révélation objective , si la lutte s'élevait entre la philosophie et une religion révélée extérieurement, s'appuyanten conséquence sur une religion appelée divine, il se présenterait alors dans le camp de la religion deux classes d'hommes : d'abord, naturellement, ceux qui auraient conservé la foi en elle , puis ceux qui redouteraient de substituer à un principe d'autorité le principe contraire , celui de la liberté. Nous laisserons Kant résoudre les appréhensions de ces derniers dans son langage héroïque, qui rappelle les glorieux jours de la Constituante.
« J'avoue que je ne puis admettre le langage de la prudence lorsqu'elle dit de tel peuple qui est en travail de sa liberté politique et civile : Il nest pas mûr pour la liberté ; et même des hommes en général : Ils ne sont pas encore mûrs pour la liber lé religieuse. Avec une pa^ reille supposition on n'entrerait jamais dans la liberté , car on ne peut pas mûrir pour elle avant d'avoir été placé dans son sein même : il faut être libre pour pouvoir se
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servir, conformément à son but , des forces que donne la liberté. Les premiers essais seront sans doute grossiers; ordinairement même ils se rattachent à une époque plus critique que ne l'était celle où l'on vivait sous les ordres, mais aussi , pour ainsi dire , sous la prévoyance de certains hommes; mais on ne mûrit jamais pour la raison autrement que parles essais que l'on tente 5o{-me/ne et que l'on ne sent le besoin de tenter qu'alors qu'on est libre. Je n'ai rien à dire contre ceux qui ont le pouvoir en main, et qui, forcés par les circonstances, ajournent même fort loin l'époque où toutes les chaînes seront brisées. Mais poser en principe que ceux que l'on a sous sa domination ne sont point, en général , faits pour la liberté, et que l'on a le droit de les en tenir éloignés à jaiiais , c'est empiéter sur les droits de Dieu , qui a créé l'homme pour la liberté. Il est , sans doute , plus aisé à un pouvoir, à une dynastie , à une église de régner à l'aide de pareils principes ; mais est-ce plus équitable (I) ? »
Aux époques solennelles où éclate la désunion de la religion et de la philosophie , et pendant tout le temps que dure la crise laborieuse du scepticisme , on remarque nécessairement trois ordres d'esprits, exception faite de ceux qui demeurent encore attachés à la religion vieillie: il y a des esprits frondeurs , des indifférents et des éclectiques. Chacun contribue, à sa manière et dans une mesure différente, à l'enfantement de l'avenir, l'un par sa raillerie subversive , destructive ; l'autre par sa neutralité impuissante pour le bien comme pour le mal; le troisième par son zèle à repasser sur les traces de l'humanité entière , à recueillir les semences de vérité éparses dans les systèmes , à rassembler l'héritage philosophique légué par chaque siècle au genre humain , à amasser les
(i) Kanl , La Religion , trad. franc,, p. o/i/i.
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nialêriaiix tin nouveau njonunienl , ou plutôt à fortifier l'espril, l'intelligence, la raison de tous, enlin àféconder le génie créateur. L'éclectisme doit naître et mourir le même jour que le scepticisme. Comme le scepticisme, il est une halte nécessaire dans le voyage éternel des esprits. De ce qu'il est destiné à dominer en même temps que le doute , on a pu conclure qu'il était le doute lui-même , et comme sa lormule négative. Il le serait, en elf'et, si le bon sens, lejugementdroitlui était tout- à'Coup ravi. Confiant en une certaine rectitude de regard, il examine et s'éclaire au fur et à mesure. Et comment refuser une clairvoyance spontanée à l'éclectisme? Son apparition aux époques de crise intellectuelle témoigne de son génie et de son mérite réel. Qu'on ne s'y trompe pas : un siècle sait bon gré aux esprits prudents qui lui disent en temps opportun : Arrêtons-nous, ramassons nos forces, orientonsnous. Une étude intelligente du passé et le dévouement à l'avenir, voilà l'esprit de l'éclectisme.
Il faut nous arrêter; nous ne nous proposons pas de parcourir entièrement ici un sujet illimité; il nous suffît d'en avoir effleuré la cime, et d'avoir indiqué où se trouve l'aliment de la vie spirituelle et quel est le mode normal de son développement.
Il résulte des lignes précédentes que la philosophie est une chose , et que la religion en est une autre ; qu'elles ont chacune leurs attributions souveraines , et qu'elles doivent rester dans leur rôle profondément distinct. La philosophie ne se fera pas religion , ni la religion ne se fera pas philosophie , et surtout elle ne nourrira point d'inimitié contre elle; elle ne se condamnera pas à une immobilité contradictoire avec les œuvres spirituelles de Dieu (1) ; elle s'efforcera d'élever l'esprit et de
(1) V. Génie des Religions, par M. E. Quinet, chap. Genèse spi^ rituelle.