JEAN BURIDAN DE BETHUNE
trois siècles les conceptions moins bien éprouvées de S. Bonaventure et de l'ancienne scolastique. Le scotisme est une philosophie d'esprit péripatéticien, et qui se caractérise notamment par une tendance à multiplier dans l'être les éléments qui le constituent, quitte à sauvegarder son unité par de subtiles distinctions.
Jean de Tongres, franciscain, abbé de Vicogne vers 1303, est contemporain de Duns Scot, mais peut-être trop rapproché de lui pour suivre le nouveau sillage d'idées. Il commenta les Sentences de P. Lombard, et fit des questions quodlibétiques, dont le comte de Hainaut, Guillaume I, fit, paraît-il, de vifs éloges ').
On cite un autre franciscain tongrois, Jean Prischesius, qui enseigna à Paris vers 1311 '), mais on n'a pas de données sur sa doctrine. Peu de noms belges s'attachent à l'histoire du scotisme.
Par contre, la nouvelle forme de scolastique, introduite à Paris par Guillaume d'Occam, attira Jean Buridan de Béthune et Marsile d'inghen.
Etrange et trop peu connue l'histoire de l'occamisme à l'Université de Paris. S'inspirant d'une pensée de réaction contre les « entités métaphysiques » dont les scotistes, plus encore que Duns Scot, peuplaient la philosophie, G. d'Occam simplifie à outrance la métaphysique et la psychologie, supprime la distinction de l'individuel et de l'universel, de l'intelligence et de la volonté, de l'âme et de ses facultés, et réduit à un jeu subjectif de
^) Lajard, dans Hist. Lilt. Franc, t. 27, p. 160. Si le renseignement était exact, il serait intéressant de noter que Guillaume est neveu de Guy d'.\vesnes, élève de Henri Bâte. — '^) Van Meexen, Histoire de la Philosophie en Belgique, dans Patria Belgica, III, 121.
combinaisons conceptuelles, ce que les autres avaient tenu pour des éléments de réalité, indépendants de notre travail mental. G. d'Occam dépasse la mesure, et son abatage doctrinal atteint le thomisme tout autant que le scotisme.
Les nombreux adeptes que la nouveauté de son enseignement réunissait en rangs serrés autour du Venerahilis inceptor — c'est le nom qu'on lui réserva — développèrent les tendances dialectiques et subjectives de la doctrine ; les dépouilles de la métaphysique servirent de parure à la logique, et alimentèrent de vaines discussions verbales, qui parfois dégénéraient en jeux de mots. En même temps, il s'en trouva qui introduisirent dans l'occamisme certaines notions étrangères, et, sous le couvert de son autorité, enseignèrent de dangereuses erreurs.
Ce qui explique les nombreuses interdictions qui frappèrent l'occamisme à Paris entre 1339 et 1316 '), et qui visaient avant tout ces écarts. C'est ce qui explique aussi que malgré cette situation de droit, créée par l'autorité, l'occamisme ne cessa de grandir en fait, et on comprend que des hommes comme J.Buridan, qui ne versa pas dans les égarements dont se rendaient coupables un groupe d'éccrvelés, put être à la fois recteur de l'université et leader de la doctrine occamiste.
C'est en effet le flamand J. Buridan de Bethune, qui est le porte drapeau des idées nouvelles pendant un quart de siècle, et il jouit à Paris d'une situation prépondérante. Il est faux que J. Buridan ait enseigné à l'Université de Vienne, fondée en 1365, et qu'il ait été chassé de Paris
') Charlul. Univ. Paris., 11, isr>, 50G, 51K) n.
Jean do Ruysljrooc écrivant sur des tablettes de cire un de ses traités qu'un moine recopie sur pai-cheniin.
Miniature du manuscrit n° 19295-97 de la Bibliothèque royale de Belgique.