‹ Histoire de la philosophie en BelgiqueChapitre 18 sur 50 · JEAN BURIDAN DE BETHUNE · texte numérisé non relu

JEAN BURIDAN DE BETHUNE

avec Marsile d'Inghen. Ses rapports avec Jeanne de Navarre sont aussi du domaine de la légende '). Il mourut après 1350, laissant une Summa de dialectica, un Compendium logicae, et des commentaires sur la physique, la métaphysique, l'éthique d'Aristote, le traité de l'âme et les Parva Naturalia -).

C'est au problème de la liberté que Buridan consacre ses meilleures recherches. On sait qu'il est partisan du déterminisme psychologique. Tout bien, que l'intelligence nous propose, exerce sur le vouloir, indéterminé de sa nature, un attrait naturel, et si nous nous abandonnions à cette complaisance, co?>^^/acé'^^/^a, nous choisirions nécessairement entre deux biens celui qui nous apparaîtrait le meilleur. Mais la liberté que possède le vouloir lui permet de suspendre son choix, et d'imposer à la raison un nouvel examen des alternatives en présence. Notre détermination sera morale, si nous prenons pour norme de cette comparaison la fin de notre nature {ordinatio finalis). Libre à la volonté de multiplier ses sursis ; mais, quand finalement elle aura accepté sans appel le jugement de la raison, elle choisira nécessairement le bien qui lui apparaîtra le meilleur : c'est là pour Buridan l'essence même de la liberté morale'^). Pareille conclusion rappelle singulièrement la balance de Leibniz, et son impassibilité, quand deux poids la sollicitent de part et d'autre. On connaît l'histoire de l'âne, se laissant mourir de faim entre deux bottes de foin, de quantité et de qualité égales. Elle ne se rencontre pas dans les écrits de Buridan, et

') CharUil., II, p. 646, n. — *) Judocus Badius édita la métaphysique en 1518. — ^) Nous ne parlons pas de la volition nécessaire du bien en général, que Buridan explique comme les thomistes. Cfr. p. 110.

ce sont sans doute les contemporains qui l'ont imaginée, afin de ridiculiser la théorie. Peut-être aussi Buridan s'en est-il servi dans ses leçons orales, pour montrer la différence entre l'acte libre de l'homme et l'acte nécessité de la bête : tandis que l'animal obéit fatalement à l'inclination la plus forte, et ne peut sortir d'indécision, si on suppose son appétit sensible au point mort entre deux biens égaux, l'homme trouve dans la réflexion le moyen de découvrir, finalement, le bien le meilleur, et de s'y rallier.

Après Buridan, c'est Marsile d'Inghen (duché de Gueldre), qui tient la tête du mouvement occamiste. Si nombreux étaient les auditeurs qui accouraient à ses leçons, quand il était 7)iagister regens dans la Faculté des arts de Paris, qu'on dut prévoir le cas où ses locaux seraient insuffisants pour les recevoir '). Recteur en 1367 et 1371, il intervint dans toutes les aflaires importantes de l'Université, et notamment dans celles du schisme. La situation troublée de l'Université inspira peut-être son départ de Paris (vers 1379). Il se rendit à Heidelberg, où il devint l'âme de la jeune Université, et introduisit l'occamisme. Il fut son premier recteur en 1386. Ses questio)ies supra IV lib. Sentent, constituent son principal ouvrage *).

C'est toujours Taverroïsme qui, au xiv" siècle, demeure la philosophie rivale de la scolastiquc, et bien qu'il circule des listes d'erreurs dont on essaie de purger l'en-

•) Chartul., III, fl3, 555; Auctarium Chartul., etc., I, p. xxxm. — ') 11 a laiflé, en outre, des Abreviationcs de la Physique qui constituent un vrai manuel, et de» Qxiestioncs sur la Physique.

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seignement des écoles, les doctrines averroïstes se perpétuent. Le continuateur de Siger de Brabant, au début du XIV® siècle, est Jean de Jandun (de Genduno, de Ganduno). Un doute a plané sur l'identité du philosophe qui fut le régent incontesté de l'averroïsme. On a long-temps confondu Jean de Jandun, maître es arts et en théologie, auteur d'écrits politiques retentissants '), que ses idées avancées forcèrent à chercher refuge à la cour de Louis de Bavière — avec Jean de Gand (de Gandavo) un paisible théologien de Paris, curé de Kieldrecht et chanoine de Paris. En 1303, Jean de Gand enseigne la théologie à Paris, tandis qu'en 1316 Jean de Jandun n'a pas encore franchi la maîtrise. Il paraît certain que c'est à Jean de Jandun et non à Jean de Gand qu'il faut attribuer les commentaires averroïstes, écrits avec énergie, mais sans prétention d'originalité, par quelqu'un qui se glorifie d'être *. le singe d'Aristote et d'Averroës » -).

Une place à part revient aux compilations logiques de Siger de Gourtrai, les matières dont il s'occupe le rangeant en dehors des partis philosophiques qu'on vient de signaler. Siger de Gourtrai, qu'on a souvent identifié avec Siger de Brabant ^), porte le titre de maître es arts en 1309, et puisqu'on exigeait de ceux qui revêtaient la maîtrise, un minimum d'âge de 21 ans, sa naissance ne

0 De Laudibus Parisius et Defensor pacis. — *) Comment, sur la Métaphysique. (Venise, 1525), fol. 84. — ^) Voir tous les éléments de la question dans Mandonnet, Siger de Brabant, chap. III. Le pseudo Siger de Brabant.

peut être postérieure à 1288. Dès 1308, il jouit du bénéfice attaché au titre de doyen de la collégiale deCourtrai. Vers 1310 il devient compagnon de la Sorbonne où il remplit, en 1315, les fonctions de procureur ^), et cette même année il porte le titre de maître en théologie. Dans la suite, Siger quitta Paris '^). On sait qu'il mourut le 30 mai 1341 et qu'il légua à la Sorbonne huit volumes contenant les œuvres de S. Thomas ^).

Bien qu'il fût docteur en théologie, Siger de Gourtrai n'a laissé que des traités de logique, faits pour l'usage scolaire : ars priorutn ; de modis significandi ; des fallaciae et un exercice dialectique alhimi potest esse nigrum *). Ces traités donnent une idée exacte de l'enseignement de la logique au début du xiv° siècle, et l'auteur fait une grande place à la grammaire spéculative, qui est en réalité une partie de la philosophie du langage. C'est là un des côtés les plus attrayants de son (leuvre. Les opuscules de Siger de Courtrai méritent d'être étudiés de plus près •') ; ils sont conçus dans l'esprit de la grande tradition du xiii" siècle, qui fait de la (halectique un préambule de la philosophie ; et ils sont indemnes des influences délétères que l'occamisme ne tarda pas à exercer.

On cite d'autres belges qui auraient joué un rôle dans l'histoire des idées pliilosophiques au xiv^ siècle. Henri

') l)Ki,ist,R, 07». cit., t. II, p. 173-171. — *) Voir divers dociimonts l« ronrortiant dans K. Musskly et E. MoLiTon, Cartnlaivc de l'ancienne église collégiale de N. Dame à Courtrai, Gand, I88(). — 3) Dklisle, op. cit. — *) Voir \ine nolic« «le A. NiOMS, Siger von Courtrai, Krilionrj,' (l^risirîm), l'HKJ. — ^) Un do nos élèv<!s pr^^pare une édition d(!S Iraitôs do Sigor. lis formiM'ont un volume dos « PhilosopliRS Bolgos ».

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