HENRI DE BRUXELLES
de Bruxelles, moine d'Afflighem, à la fois mathématicien, computiste et philosophe (mort vers 1313) a laissé des Qitodllhet et des commentaires d'Aristote ^). A Gilles de Gand, chanoine de S. Martin à Louvain, vers 1350, on attribue de nombreux ouvrages de philosophie aujourd'hui perdus '). Le carmélite Jacques de Bruges aurait écrit à Paris un traité de impassihilitate animae et un autre de motu intellectus ), Un autre carmélite, Jean de Schoonhoven, jouit d'un grand renom à la fin du XIV® siècle. Son homonyme, au couvent de Groenendael, est plus connu, pour avoir pris la défense de Ruysbroeck contre Gerson. De tous ces hommes on connaît peu de choses ; des travaux monographiques pourront seuls fixer le sens et la valeur de leurs doctrines.
Nous avons nommé Ruysbroeck l'Admirable (1294- 1380). Il n'est pas possible de traiter du mouvement des idées au xiv® siècle, sans signaler la brillante éclosion du mysticisme sur le sol de nos provinces.
En réalité, la mystique de Jean Ruysbroeck n'appar-
^) HA.UREAU, Hist. Littér. France, 1. 18, p. 108. Pas confondre avec un autre Henri de Bruxelles qui devint recteur de l'université de Pai'is. Denifle, Chart. Univ. Paris, t. II, p. 37, 179. —^) Varenberg, Biographie nation.; Kabricius, Bibl. latina mediae et inf. aetatis, 1, 22. Pas confondre ce Gilles de Gand avec Gilles de Gand, membre de la Sorbonne, cité p. 60. Le catalogue des nis. de la Bibl. royale de Belgique (t. IV, p. 355), mentionne des Quodlibeta d'Aegidius Gaudavensis. Rien ne prouve que cet Aegidius (il n'est pas autrement désigné dans le ms.) est Gilles de Gand. Les œuvres suivantes d'un Gandensis, sont de Henri de Gand. — ^) Foppens, Bibliotheca Belgica, I, 505, et C. DE Villiers, Bibliotheca carmel., (1752), 1. 1, 679.
tient pas à l'histoire de la philosophie en Belgique, mais à celle de la théologie ; car la mystique catholique est un département de la théologie^ et c'est ce qui nous dispense d'en traiter longuement.
De quoi s'agit-il, en effet, dans la description souvent passionnée de ces voies mystiques qui mènent l'âme à Dieu, et établissent « l'union fertile et directe de la créature et du Créateur»? D'une « contemplation superessentielle de la Trinité, d'un sentir impossible à dénommer », qui dépasse les forces de la nature, et est le fruit suave de la grâce divine. Or, le Dieu de la philosophie médiévale n'est accessible à l'intelligence que par l'intermédiaire du monde sensible ^) ; l'idéologie scolastique le déclare réfractaire à une prise de possession directe. La vision et l'amour directs de Dieu, idéal de la mystique, sont donc des phénomènes placés joarc?e/à l'étude philosophique. Ruysbroeck, qui n'écrivit aucun ouvrage de pure philosophie, et ne fut jamais qu'un théologien mystique, décrit en termes merveilleux ces ravissements de l'âme inconnus à la philosophie. « Vois, voici que paraît une lumière intellectuelle, que ni le sens, ni la raison, ni la nature, ni l'analyse la plus aiguisée ne peut comprendre » '). D'abord chapelain de Ste-Gudule, Ruysbroeck se retira plus tard, en plein cœur de la forêt de Soignes, à Groenendael, où il fonda une abbaye. Il vécut dans l'intimité des beaux arbres séculaires, en communion avec la grande vie, dont le rayonnement
') Cf. p. 99. — «) î^ocei gpiritwlles, L. II, ch. 19. M. l'abbé Cuylits qui cite ce passoifo, dans unn bcllft ronfénînco .sur Ihiysbrocck (publiée par VEmulation, Braxolles, avril «l mai VM)) a torl «l'écrinî : « lo mysticisme est qucliiue cliose do plus qu'une poôsic tremblotante et verbale, il est uuo philosophie profonde et innée ». Lui-ro6mc réfute sa propre thèse dans la suite de sa conférence.
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facilitait son commerce d'âme avec le Créateur. Mais jamais, dans ses élans de tendresse divine, l'auteur des Noces spirituelles ne commit la faute d'identifier le fini et l'infini. Gerson l'accuse injustement de panthéisme, et certains historiens - littérateurs, qui ont réédité ces jugements, n'ont pas compris le mystique brabançon. En vérité, il ne cessa jamais de guerroyer contre le faux mysticisme panthéiste, propagé dans le peuple par des sectes puissantes. Il combattit les Porrettistes du Hainaut, et en Brabant les adeptes de la Blommardine, une visionnaire étrange qui répandait à Bruxelles les doctrines des «frères du Libre-Esprit». Jean Ruysbroeck est la gloire la plus pure du mysticisme en Belgique. Non seulement on vient de toutes parts recueillir ses paroles, mais il est en relation avec Tauler et Suso ; il inspire Gérard de Groot,le fondateur des € Frères de la vie commune ». A lui se rattache l'intense mouvement de mystique pratique qui, dans nos provinces, travaille les couches populaires aux xiv® et xv° siècles ^).
') V. AuGER, Étude sur les mystiques des Pays-Bas, (Mémoire couronné pnr l'Académie de Belgique, 1892).