LES JÉSUITES
large part au mouvement des idées. L'Espagne, au xvi® siècle, fut le théâtre d'une éclatante, mais éphémère restauration de la philosophie scolastique, dont les principaux ouvriers étaient des jésuites : il suffira de citer les glorieux noms de François de Tolète, Vasquez, Suarez.
Aux Pays-Bas, les Jésuites se mêlèrent aussitôt à la vie intellectuelle, et ils eurent par là même des rapports nombreux avec les facultés universitaires. Une phalange de philosophes brille dans leurs nombreux collèges, et bien que leur renommée ne soit pas comparable à celle de leurs frères d'Espagne, leur action se propagea en larges ondes dans tous les milieux scientifiques du pays.
On peut dire, en général, que les Jésuites se sont abrités, en philosophie, derrière un éclectisme prudent. Partisans d'Aristote,leur aristotélisme n'est pas intransigeant, et ils ne sont hostiles ni à l'humanisme du xvi* siècle, ni au cartésianisme, ni aux découvertes scientifiques du XVII® siècle, — on en verra la preuve plus loin.
S. Ignace travailla lui-même à consolider les positions de son ordre dans les Pays-Bas, et il obtint de Philippe II, en 1556, les lettres patentes, y autorisant, sous certaines réserves, l'établissement de la Compagnie. Louvain fut un de leurs premiers établissements. De là ils rayonnèrent et s'étendirent sur tous les Pays-Bas et la principauté de Liège. Du premier jour, des rivalités surgirent entre les Jésuites de Louvain et l'Université, et elles se prolongèrent. Toutes ont pour objet le monopole de l'enseignement, que les Jésuites essayèrent d'entamer à leur profit. L'Université résista à toutes les tentatives, et, plus heureuse que son aînée de Paris, qui avait dû s'ouvrir aux Dominicains et aux Franciscains, elle réussit à sauvegarder son privilège.
De part et d'autre on enseignait la théologie : le heurt des doctrines et des hommes était inévitable, et il remplit une des pages les plus intéressantes de l'histoire des idées au XVI® siècle. Citons pour mémoire, et sans nous y arrêter, le conflit célèbre de Baïus, de la faculté de théologie de Louvain,et duP.Bellarmin,qui vint deRome pour mener l'opposition contre le Baïanisme ; puis l'émoi que produisit l'enseignement du P. Lessius sur la matière de la grâce et de la prédestination. Ces grandes luttes doctrinales appartiennent à l'histoire de la théologie, et à ce titre sont placées en dehors de notre sujet. Les universités de France et d'Allemagne intervinrent dans le débat, et le pape Sixte V connut de l'aflaire, sans arriver à la terminer. En 1640, quand Jansénius publia son Augustinus^ la lutte recommença, s'amplifia, et s'apparenta aux controverses philosophiques du cartésianisme.
Lorsque en 1585, les Jésuites songèrent à ouvrir, dans leur collège de Louvain, un cours public de philosophie, la faculté des arts se souleva tout entière. Le Conseil de Brabant, à qui on en appela, donna raison aux Jésuites, par un décret transactionnel (11 août 1595) qui, tout en leur faisant droit, instituait au profit de l'Université un système de garanties. C'est ainsi que les rétributions à payer par ceux qui n'appartenaient pas à l'ordre devaient se percevoir au profit des pédagogies ; et professeurs et élèves restaient soumis à la discipline universitaire '). Mais la jalouse Aima Mater ne voulut pas de compromis. Elle porta plainte à Rome, et le cours des Jésuites qui s'était ouvert le 4 octobre 1595 se
') JUHTE, Hùtoire de l'instruction publique en Belgique (Bruxelles, 1844), p. 106.
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Diplôme sur soie offert au professeur Van Hilloen, à Louvain, en J7ïJy.