A LOUVAIN
Dès l'origine de l'Université de Louvain, la philosophie d'Aristote s'installe en maîtresse, et la faculté des arts impose son hégémonie. Cette dictature officielle du stagirite, qui fit donner aux scolastiques des trois derniers siècles le nom d'Aristotéliciens, tourna au despotisme, et par paresse d'esprit et routine on s'habitua à ne jurer que par le maître, même quand on l'abandonnait sur quelque point. Encore étudiait-on Aristote, moins dans le texte original, que dans des commentaires. C'est là une des principales lacunes de la méthode du temps, et une pratique qui a largement contribué à engourdir l'enseignement. La faculté désigne les commentaires les plus recommandables. Parmi eux on relève les noms d'Averroës, Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Gilles de Rome. Il faudra un siècle avant qu'on ne prenne l'initiative d'une édition de la philosophie naturelle d'Aristote ^).
») Ibid., p. 467. — 2) Paquot, op. cit., t. III, p. 370.
Sous l'influence de l'école occamiste, qui finissait par envelopper comme d'une même atmosphère toutes les universités, les discussions logiques, et même purement verbales, prennent une place exagérée, et donnent aux manuels et aux cours un aspect rébarbatif. Le débat du moyen âge était formaliste par défaut d'idées ; les xv* et XVI® siècles le deviennent par excès. La philosophie professée à Louvain se sut pas s'afi'ranchir de ces entraves de l'occamisme, bien que dès 1427 la Faculté des arts exigeât de ses maîtres le serment de ne jamais enseigner les doctrines de Buridan, de Marsile, d'Ockam ou de leurs partisans ^). Progressivement la pensée scolastique perd en vigueur ; elle devient de plus en plus lâche et routinière, tandis que grandissent et se fortifient les philosophies nouvelles.
La doctrine des aristotéUciens de la première heure ne témoigne d'aucune originalité : Hejmeric de Gampo (van de Velde), de Sonne, près Bois-le-Duc, qui fit ses études à Paris et enseigna la philosophie à Cologne avant d'entrer dans la Faculté de théologie de Louvain (de 1444 à 1460), publia trois traités sur la philosophie d'Albert le Grand contre celle des thomistes. Le titre seul de cette œuvre indique que son auteur est un controversiste de nuances. En efiet, Albert le Grand et S. Thomas ont le même système philosophique, si l'on s'en tient aux grandes lignes. C'est à Cologne qu'il conçut l'idée de ses travaux. Le Collège S. Laurent, dont il avait été le régent, défendait les théories d'x\lbert le Grand, contre le Collège de la Montagne, qui professait le thomisme *).
') MoLANUS, llisloriac Lovaniensium libri XVI, dd. De Ram, i, 571. — ') Paquot cite du mftme autour une série de vingt-neuf ouvrages inédits,