LE CONFLIT DE P. DE RIVO ET DE H. DE SOMEREN
Jean Leyten de Hasselt, premier professeur de morale, laissa un commentaire sur VÉthique d'Aristote '), ainsi que Henri Loen, premier régent au collège du Porc.
N'empêche que cette philosophie louvaniste du xv® siècle, sans originalité, devint le point de départ d'une série d'incidents qui eurent leur retentissement en France, en Allemagne et en Italie. La jeune université était à peine constituée qu'un texte du Perihermeneias d'Aristote amorça une discussion des plus passionnées entre deux professeurs, qui ne tardèrent pas à se constituer en chefs de parti. Et on vit s'affirmer dans le corps professoral de VAlma Mater des moeurs caractéristiques, dont son histoire nous fournira maint exemple : intrigues et animosités personnelles, délations à la Cour de Rome, appel au duc et aux autorités civiles, consultations près des universités sœurs, principalement de Paris et de Cologne. La guerre intestine sévit en plein vers les années 1465-1470, mais elle a des rétroacts qu'il serait trop long d'exposer ici par le détail.
11 s'agit de la vérité des propositions contingentes au futur, c'est-à-dire relatives à un fait qui peut arriver ou ne pas arriver, parce qu'il n'est pas la résultante déterminée d'antécédents donnés — tels sont les actes relevant de la liberté humaine. La proposition qui se prononce sur pareil fait est-elle vraie ou fausse ? Elle n'est ni vraie
parmi lesquels nous remarquons un Compendium Ethicorum Aristotelis et un commentaire des Sentences du Lombard. Mémoires pour servir à l'hist. littér. des Pays-Bas (1763-1770), i, 478. —Cf. BuDiNSZKY,op.d«., p. 170. — Goethals, Lectures relatives à l'histoire des sciences, etc., t.I,p.47.— *) Paquot, op. cit., II, 487. Cf. Valère André, Fasti acad., pp. 35, 77,246. Un exemplaire en est conservé à la Bibl. royale de Belgique, nis. n° 2915.
ni fausse, prétend Aristote ^), car si elle était vraie, l'événement affirmé arriverait nécessairement, ce qui détruirait sa contingence. Cette raison cache un sophisme : « Qu'actuellement nous ne puissions pas savoir si une proposition au futur se réalisera ou ne se réalisera pas, cela entraîne comme conséquence que nous ne savons pas si elle est vraie ou fausse, mais non pas qu'elle n'est ni vraie ni fausse > ^), la vérité ou la fausseté étant fonction d'un événement, qui dans l'avenir devra, ou se produire, ou ne pas se produire. La thèse d' Aristote fut bruyamment défendue par le brabançon Pierre de Rivo, dans sa dispute quodlibétique de 1465. Ce maître turbulent de la faculté des arts savait bien que des oppositions allaient surgir. Il ne s'agissait pas seulement d'une querelle de mots. La question comporte des applications théologiques, elle intéresse la prescience divine. « La doctrine de P. Rivo, écrit M. Laminne, ne s'accorde pas avec la foi catholique, car d'une prophétie on peut déduire l'événement par voie de conséquence nécessaire, et cependant la prophétie n'empêche pas la contingence de l'événement, puisqu'elle ne détruit pas la liberté. En outre. Dieu connaît les futurs contingents ; donc les propositions qui les expriment sont vraies. Enfin, nous devons croire les prophéties révélées au sujet d'événements contingents. On ne peut donc pas leur dénier la vérité » ^). Au contraire, si elles n'étaient ni vraies ni fausses, comme le veut P. de Rivo, pourquoi ne pourrait-on pas indifféremment y adhérer ou non ?
') Perihermeneias, 1. I, c. 1). — *) Laminne, La controverse sur les futurs contingenté à l'université de Louvain au XV siècle. (BuUet. de l'Acad. royale de Belgique, O. Lellres, août 1906), p, 15. — ') Ibid., p. 20.