LA DIDACTIQUE ARISTOTÉLICIENNE
abondent. A la théorie logique de ^individu est accolée une gravure représentant le Sauveur du monde. La notion de l'argumentation ("^ear^wm^n^a^^bn^J est accompagnée d'un tableautin qui montre Jésus discutant avec les docteurs ^). Le verhum, ou le concept, est illustré par un S. Jean qui prêche dans le désert de inàéQ^V ênonciationy par le Rosaire ; le discours (oratio) par une vision du purgatoire (il y a ici un jeu de mots) ; la hiérarchie des concepts suprêmes et inférieurs, par une image du Ciel, du purgatoire et de l'enfer. A propos des univoques, on dessine une volée de canards ; tandis que les équivoques sont représentées par un chien marin, un chien terrestre et la constellation qui porte ce nom. La théorie du signe logique est abondamment traitée dans ses nombreuses divisions ^), et notamment le « signe pratique > est symbolisé par une lettre chargée, venant d'Espagne ; le mouvement contre nature (motus contra naturam) est représenté par un pendu qui s'agite au bout d'une potence.
Ajoutez qu'en ouvrant la porte aux jeux de mots et à la plaisanterie, on invitait les étudiants à ne pas prendre au sérieux les matières enseignées. Pour faire comprendre la notion du tout et de la partie (de toto et parte) ^ un tableautin représente la décapitation de Charles I par les Têtes-Rondes ^ partisans de Gromweli (1649) ; devant la définition du terme vocal en logique (de voce)^ un oiseau chante en cage ; l'accident (terme corrélatif de substance) est figuré par un estropié portant dans une besace des débris de bras et de jambes, avec
') Cf. p. 204. — 2) Signum formale, instrumentale, naturale, arbitrarium, practicum, speculativum, demonslrativum, commeraorativum, prognosticum, etc.
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cette légende significative : partes physicae et intégrantes reductive ad praedicatnenta referuntur. Nous en passons et des meilleures ').
Ces illustrations philosophiques ne se rencontrent pas seulement dans les cours de la seconde moitié du xvii^ siècle, par exemple, chez De Decker, Tamine, Van Hove, professeurs au Château, Adrien Nève, professeur au Porc, l'usage en perdura tout le xviii® siècle ; et il répondait trop bien à la mentalité du péripatéticien d'alors pour ne pas se généraliser. On le retrouve à Paris et à Douai. C'est ainsi que dans les cours des Jésuites de Wallers et de Guerin, professés à Douai (et conservés à la Bibliothèque Royale de Bruxelles), le frontispice, finement gravé, porte cette mention significative : « Portraits et médailles de Philosophes et orateurs anciens et modernes au-dessous desquels on a la liberté d'écrire en vers ou en proses, en toutes sortes de langues, avec toutes les figures de logiques et physiques, gravé par Vallet, graveur du roi et se vendant chez lui, laissant rue St- Jacques au buste de Louis XIV, à Paris 1714 ».
L'impression qui se dégage du procès intenté par Oeulincx, et du dossier fourni par ses accusés, peut se résumer en une phrase : les critiques de Geulincx
') Il en est, comme le syllogisme in barocco, où on montre avec trop de crudité les nausées inspir^ses par la logique formaliste. Parmi les graveurs de ces emblèmes et tableautins, nous avons rolevé lus noms de Huybrcchts et de Jean Audi.
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atteignent les péripatéticiens, sans ébranler le péripatétisme.
Les professeurs péripatéticiens des xvii^et xviii® siècles commirent une grosse faute, en encourageant l'envahissement de la gravure de fantaisie dans les cours philosophiques. N'est-ce pas déjà un aveu d'impuissance ? On est tombé bien bas, quand on recourt à pareils moyens, et s'il avait vécu un demi-siècle plus tard, Geulincx n*eût pas manqué, pour flétrir pareil usage, de traduire un nouveau génie au tribunal de la Raison.
Mais on doit à la justice de reconnaître que ces ornements inutiles, dont on affublait l'aristotélisme, sont complètement étrangers à son corps de doctrine. Pour expliquer la théorie de la démonstration ou de l'individuel, il est superflu de rapporter des faits de la vie du Sauveur, ou de parler du cheval d'Alexandre. Employer des dictons dont on ne pénètre pas le sens, citer des lambeaux de textes dont on ignore la teneur ou la provenance, s'attarder à des préambules oiseux, sont des procédés didactiques qui n'ont rien de commun avec les méthodes pratiquées par Aristote, et par les scolastiques du XIII® siècle.
Que toute connaissance ait une origine sensible (nihil est in intellectu quod prius non fuerit in sensu)^ cette formule lapidaire a, pour les philosophes du moyen âge, une signification précise et de grande portée ; ils lisaient et possédaient les anciens dont ils invoquaient les témoignages, et ne forgeaient pas leurs citations ; ils pratiquaient le préambule, ou le prooemiurriy avec la sobriété que comportent les introductions et les préfaces de nos publications modernes ; et rien n'est plus opposé à l'esprit de leur didactique que l'ipsédixitisme, ou
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Taveugle foi dans la parole du maître : \q% parerga, dont se plaint Geulincx, sont des produits parasitaires d'une période de décadence. En vérité, la scolastique de ce temps ressemble au dieu Glaucos, dont parle Platon, et qu'un revêtement de mollusques et de serpents a rendu méconnaissable.
Quant aux doctrines philosophiques, telles qu'elles sont bafouées par Geulincx, elles ne correspondent pas davantage aux sobres données de la psychologie et de la métaphysique du xiii® siècle. La matière et la forme ne ressemblent en rien à des époux, ni leur union à des épousailles, et les puissances et facultés ne sont pas les futilités solennelles, mais verbales, qu'on a si facile à railler. De même, les genres et les espèces ne peuvent pas être représentés par des emblèmes, et les modes et figures des syllogismes n'ont pas l'importance qu'on leur donne dans les pédagogies louvanistes. Encore une fois, les coups de Geulincx blessent les péripatéticiens de son temps ; ils n'abattent pas la philosophie dont ceux-ci sont les continuateurs.
Nous serons conduits à des conclusions similaires, quand nous étudierons le choc de l'aristotélisme et des nouvelles théories physiques et astronomiques, dont les idées de Copernic constituent, pour ainsi dire, le noyau central.
§ 3. LA LUTTE DU CARTESIANISME ET DE l'aRISTOTÉLISME EN BELGIQUE PENDANT LA DEUXIEME MOITIÉ DU XVIl" SIECLE
La harangue révolutionnaire de Geulincx avait atteint les aristotéhciens aux endroits vulnérables. 11 s'était servi d'une arme dont les blessures ne guérissent pas, le
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ridicule. Son audace devait lui coûter cher. De sourdes inimitiés se liguèrent contre lui ; et comme, d'autre part, il avait prêté l'oreille aux théories jansénistes que plus d'un cartésien accueillait avec faveur, les théologiens firent cause commune avec ceux qui avaient juré sa perte. A partir de ce jour, on chercha une occasion pour le déposséder de son enseignement. Elle s'offrit cinq ans plus tard. En septembre 1657, Geulincx examine pour la dernière fois les licenciés, et, quelques mois après, quitte brusquement Louvain. Les actes de la faculté sont muets sur la cause de ce départ. Suivant une hypothèse de Land*),qui a beaucoup étudié la vie de Geulincx et édité ses œuvres, le maître s'était épris d'une parente, Susanna Strickers de Weert (près d'Anvers ou Weert St Georges près de Louvain). Or, une tradition réservait les chaires de philosophie à des hommes d'église, tenus au célibat ; si bien qu'en 1630, Guillaume Philippi dut obtenir du Conseil de Brabant l'autorisation exceptionnelle de conserver sa chaire de philosophie après son mariage. Geulincx aurait-il tenté de bénéficier du même privilège, et intrigua-t-on pour le faire échouer ? Quoi qu'il en soit, on le plaça devant le fait accompli : le 5 janvier d658, un autre occupait sa chaire à la pédagogie du Lys. Il partit pour Leyde, et s'y maria la même année.
Sept jours après le discours de Geulincx, le 21 décembre 1652, Plempius rédige une lettre ouverte à ses collègues, sur les erreurs et les dangers de la philo-
*) Archiv f. Gesch. d. Philosophie, IV, 91. Cf. la biographie de Land dans l'édit. flamande de l'Ethique. Van de Hooft-deughden, de eerste tucht verhandeling door Arnout Geulincx (uitgaven der Aiitwerpsche Bibliophilen, n"" 19), Antwerpen, 1895. Inleiding, bl. x et les introductions de Land à l'édition latine.
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Sophie cartésienne. Celle-ci est renouvelée de Démocrite, s'écrie Plempius. Qu'on la mette au ban de l'université ! Ce n'est pas la première fois qu'on tente de ruiner l'autorité d'Aristote. Ramus, Gassendi et d'autres ont conspiré contre lui, tout comme Descartes. Et cependant, Aristote est toujours debout. Déjà les curateurs de Leyde et d'Utrecht ont proscrit le cartésianisme des chaires universitaires ^). Imitons-les, et ne permettons pas qu'on ternisse la gloire d'Aristote dans une université qui lui est redevable de tout son lustre » *).
C'était un cri de détresse ; mais dix ans se passeront avant que les autorités ne suivent les conseils de Plempius. Parmi les correspondants du professeur louvaniste, plusieurs lui envoient des approbations : le vieux Libert Froidmont, dont le talent décline, et trois augustins, dont l'un, Chrétien De Wulf d'Ypres (Lupus), mérite une mention. Professeur de théologie chez les augustins de Louvain, Lupus était déjà connu par des traités de philosophie, écrits dans un style limpide^) ; il fait le procès de la philosophie cartésienne et critique notamment la notion de l'étendue, essence du corps, et la théorie de l'identité de la substance et de l'accident. N'empêche que, par un de ces revirements dont le xvii° siècle offre plus d'un exemple. Chrétien Lupus adorera plus tard ce qu'il vient de brûler.
Mais tous ces travaux de défense sont impuissants à endiguer le flot montant du cartésianisme. Deux jésuites anversois, le P. Der-Kennis (1598-165G) et le P. Tacquet (1612-1660), professeurs à Louvain, publient dans le sens
') V. s 4. — •) MoNCHAMP, Op. cit., p. 252. — ^) Prodigmata philonophiae, (Bruxelles, 1640); Apologia pro awiwm scnstïtua ore. (Cologne, 1030).
des idées nouvelles, et la censure de l'ordre approuve leurs livres. Guillaume van Gutschoven, frère de Gérard, édite en 1655 des thèses cartésiennes. Gérard, qui venait d'obtenir la chaire d'anatomie (1659), s'attaque à Plempius, et prend position pour Descartes ; en 1661 Philippi extrait ce qu'il appelle la « moelle » de sa philosophie : il commence la publication de ses trois ynedullae (logique, métaphysique, physique) et les fait précéder d'une série d'épigrammes élogieuses, dont les signataires couvrent de fleurs la philosophie nouvelle et leur savant interprète. C'est une manifestation collective : tout montre que le parti cartésien est devenu une puissance.
Alors la réaction recourt aux moyens extrêmes : elle cherche à étouffer le cartésianisme sous des interdictions officielles ^). Jérôme de Vecchi, internonce à Bruxelles de 1655 à 1664, en prend l'initiative. Par lettre du l**" juillet 1662, il demande à la Faculté des arts d'enrayer la diff'usion du cartésianisme. La réponse ne se fait pas attendre, mais il est intéressant de voir combien elle est évasive : la faculté proteste de ses efforts pour inculquer à la jeunesse les principes du christianisme ; prononce à peine le nom de Descartes ; et ne répond pas, somme toute, à la missive de l'internonce. Celui-ci ne se laisse pas payer de mots; il insiste, et la faculté des arts est obligée de s'exécuter. Elle le fait avec beaucoup d'adresse, par une ordonnance du 29 août 1662, où il est facile de lire entre les lignes que le blâme infligé à Descartes ne fait point tort aux sympathies qu'on lui a vouées -).
1) Nous résumons ici les chapitres i6 et suiv. de l'ouvrajje de Monchamp. — 2) Dans l'ordonnance, publiée par Monchamp, Oi>. cit., p. 347, on lit notam-
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Mais l'internonce trouve une autre occasion de revenir à la charge, et d'arriver à ses fins. Ayant appris que le 29 août, un étudiant en médecine projetait de défendre, en vue de la licence, des thèses nettement cartésiennes, il s'empresse de demander au recteur magnifique que celui-ci « s'adjoigne un conseil de théologiens et d'hommes prudents >, et qu'on interdise les thèses contenant « les nouveautés cartésiennes >. L'internonce en cite lui-même quelques-unes : « d'après ces thèses, il n'y aurait dans les corps que mouvement, repos, situation, figure et grandeur, ce qui paraît renverser le mystère de l'Eucharistie. On y lit que les arguments qui donnent une âme aux animaux ne sont pas probants ; qu'il est 'douteux que les animaux vivent, etc. > ').
Le recteur, André Laurent, trouva moyen de ne froisser ni l'internonce, ni Guillaume Philippi — car c'était lui, le professeur de médecine qui couvrait de son autorité les thèses du récipiendaire, et qui les avait rédigées. La défense de thèses eut lieu, à l'heure même où le très diplomate recteur réunissait son Conseil rectoral, et, s'en lavant les mains, déférait à la faculté de théologie le soin de juger les thèses suspectes.
Celle-ci frappa d'une censure énergique les thèses incriminées.
La condamnation, qui atteint G. Philippi, est instruc-
rriRnt : « En outre, comme les ftcrits de RcnA Descartes sont maintonant dans les mains d'un g^rand nombre, que les jeunes gens sachent que si cet auteur semble <^tre tombé juste en beaucoup de points qui concernent les phénomènes naturels relevatjt (h' r(îxj)Ari(Mice, on y trouve cependant quelques sentiments qui ne sont pas suIRsamment conformes à la saine et ancienne doctrine de la dite Faculté des Arts. » — >) Ibid., p. 353.
tive par bien des côtés. Elle montre d'abord à quel point les esprits étaient montés, et combien cette lutte de doctrines se compliquait d'animosités personnelles. — « Ne peut-on pas à bon droit — demande la discussion septième — traiter de moutons ceux qui, de nos jours, ont écrit sur la médecine ou sur la philosophie, puisque comme des moutons ils se suivent les uns les autres ? > Ou encore : « L'autorité, dans les sciences naturelles, peut et doit être dite le pont aux ânes ». Tout cela est à l'œil droit du péripatéticien Plempius.
Le laisser-aller des discussions publiques avait introduit, ici comme dans d'autres exercices académiques '), un mélange de sérieux et de bouffon, dont on abusait volontiers. Quant au fond, les thèses condamnées se rapportent aux doctrines organiques de la psychologie et de la physique cartésienne : bannir les formes substantielles ; ne point admettre que les accidents du pain et du vin demeurent sans leur substance ; réduire la nature du corps à son extension ; agrandir le monde corporel à l'infini ; expliquer par des mouvements mécaniques et des modifications de forme, non seulement toutes les actions matérielles, mais aussi les vertus de tous les médicaments {medicamentorum omnimn virtutes) ; déclarer l'existence de notre âme plus certaine que celle de notre corps ; soutenir que l'âme n'est logée « ni dans le pied, ni dans la tête ; ni dans aucune autre partie du corps » ; nier la vie et l'âme des animaux — sont des assertions que la faculté blâme hautement.
Ce n'est pas tout.La condamnation du cartésianisme par la faculté de théologie de Louvain fut suivie d'un décret
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de la Congrégation de l'index, prohibant certains ouvrages de Descartes, jusqu'au jour où ils seraient corrigés (donec corrigantur).
Après pareils succès, les aristotéliciens crurent un moment à l'écrasement du cartésianisme. Mais leur triomphe fut de courte durée, et la lutte ne tarda pas à reprendre de plus belle. On combat des idées par des idées, et ni le glaive ni les décrets n'arrêtèrent jamais un mouvement scientifique. Seulement, les hostilités entrent dans une phase nouvelle : elles sont moins ouvertes, et dès lors moins intéressantes. Finis, le feu roulant des pamphlets, les correspondances, les attaques mordantes. Les cartésiens s'observent, et songent à éviter les foudres des théologiens.
Dès l'année qui suit la censure, donc en 1663, Guillaume Philippi rentre en scène, et livre au public la seconde de ses MeduUae^ consacrée à la métaphysique. L'auteur reprend pour son compte les doctrines condamnées, nie l'influence de l'âme sur le corps, et recourt à des explications singulièrement apparentées à l'occasionnalisme. Puisque l'essence de l'âme est de penser, Philippi conclut, en cartésien logique, que la pensée n'est jamais absente de l'âme, pas même quand l'enfant est dans le sein de la mère ; et il ramène la liberté au déterminisme du jugement. D'autre part, jouant au plus fin avec ses adversaires, il imite son collègue van Gutschoven qui s'était ménagé les faveurs de l'autorité civile, et en 1664 dédie sa dernière Medulla, — la physique — à don Francisco de Mora, gouverneur par intérim des Pays-Bas. Enfin, pour jeter de la poudre aux yeux, il inaugure ce qu'on a pu appeler le cartésianisme orthodoxe : quelques concessions habiles ont pour but évident do fermer la
bouche aux théologiens. C'est ainsi que Philippi définit le corps une substance étendue, (au lieu d'enseigner que l'essence du corps est l'étendue) ; il prévient ainsi les objections tirées du mystère de l'Eucharistie.
Vingt signatures approuvent l'ouvrage de Philippi ; le collège du Lys, tout entier, y applaudit.
A tout cela, les péripatéticiens répondent peu de chose. Plempius édite une nouvelle fois ses Fondements de la médecine. Mais on dirait que les années troublent l'intelligence du vieillard. Aux cartésiens qui dénient toute connaissance aux bêtes, Plempius répond que l'animal connaît même l'universel ; et il compromet le principe fondamental de la doctrine qu'il s'est donné mission de défendre.
Quand Plempius meurt, en 1671, presque tous les lutteurs de la première période ont disparu. Les professeurs de la fin du xvii* siècle perpétuent les hostilités, mais leur action est moins significative. Léonard Dinghens, de Brée (1648-1697), est le principal successeur de Philippi. Le plus intransigeant des péripatéticiens est Léger Charles De Decker, qui écrivit une vingtaine de traités contre le jansénisme, et, en 1675, un ouvrage anticartésien : Descartes se détruisant lui-même (Cartesius seipsum destruens). Ce qui n'empêcha pas le cartésianisme de rester la philosophie dominante. En 1671, sur seize professeurs, quatorze sont cartésiens ; et on voit des aristotéliciens, comme Adrien Nève, professeur au collège du Porc, emprunter à Descartes sa psychologie et sa physique, à l'exception de son explication des espèces de l'Eucharistie.
Complétons ce tableau par un rapide coup d'œil sur les