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LE CHOC DE L*ARISTOTÉLISME ET DU CARTESIANISME

tion et de la corruption — et, à la difl'érence des corps terrestres, il est réfractaire à toute multiplication individuelle dans une même espèce. Chaque astre forme un type unique. Ce qu'on expliquait communément, l'oeil fixé sur les principes généraux de la constitution des corps ^), en disant que les corps célestes sont, en vérité, composés de matière et de forme, mais que ces deux éléments sont indissolublement unis, de manière à rendre impossible toute naissance ou toute disparition d'êtres dans ce monde privilégié.

La substance astrale exclut de son sein tout changement, et n'a d'autre mouvement qu'un mouvement local. Ce déplacement dans le lieu, que les physiciens du moyen âge considéraient comme la manifestation de l'essence du corps, est spécifique comme le corps luimême : le corps céleste obéit au mouvement considéré comme le plus noble, le mouvement circulaire. Nous regrettons de ne pouvoir relater ici les arguments curieux que cette science à priori invoque, afin de montrer la supériorité de la translation circulaire des astres sur la translation rectiligne des substances de notre globe. Autour de la terre immobile tournent le soleil et les étoiles fixes, rivées à des sphères solides et concentriques ; tandis que les planètes exécutent des circonvolutions plus compliquées, diversement expliquées. Quant aux comètes, on les tient pour des feux follets de l'atmosphère terrestre.

Sur la terre, les quatre éléments obéissent à un mouvement de bas en haut (air, feu) ou de haut en bas (terre, eau), et tendent vers un lieu naturel ; ils s'opposent par

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des qualités sensibles, dont les couples actifs chaud et froid, et les couples passifs sec et humide s'unissent deux à deux, suivant une quadruple conjonction.

Enfin, le ciel est une des causes de la génération et de la disparition des substances terrestres ou « sublunaires >,et le moyen âge avait bâti, sur cette idée, une série d'arts, chargés de fixer par le détail les influences occultes du ciel sur nos destinées : la magie, l'alchimie, l'astrologie, qui scrutent l'autorité gubernatrice des astres, doivent leur vogue persistante à cette conception astronomico-philosophique qui ne cessa d'alimenter leur crédit ').

Tout se tient dans cet échafaudage scientifique, mais tout y est fragile. Aussi se renversa-t-il, comme un château de cartes, au souffle des découvertes, qui constituèrent, au XVII® siècle, une nouvelle science de la nature. Copernic, Galilée, Kepler, Newton, Torricelli, Lavoisier révolutionnent l'astronomie physique et mécanique, la physique, la chimie, la biologie, et leurs travaux condamnent la physique céleste et terrestre des aristotéliciens. Au système géocentrique, Copernic substitue le système héliocentrique. Le télescope découvre des astres voyageant librement dans les espaces célestes, et ruine la théorie des cieux solides. Les mouvements elliptiques des planètes montrent combien est vaine la théorie de la perfection du cercle. Surtout un ensemble d'observations bouleverse les idées reçues sur la nature des corps célestes. Galilée aperçoit dans diverses constellations des étoiles nouvelles ; en 1611, il découvre

') Pour plus de détails, v. notre Histoire de la philos, médiévale, 2« édit., p. 48-50 ; 352-354.

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au télescope les taches du soleil, et conclut de leur déplacement sur le disque solaire à la rotation du soleil luimême ; Galilée distingue les phases de Vénus, apportant ainsi une confirmation expérimentale aux prédictions de Copernic; plus tard, il est démontré, à l'évidence, que la magnifique comète de 1618 était, non pas un feu follet atmosphérique, mais un corps céleste, poursuivant son libre cours dans les régions interplanétaires. Si le soleil a des taches, c'en est fait de l'immutabilité des corps célestes et de leur perfection ; si des astres apparaissent, puis disparaissent, c'en est fait de leur nature « ingénérable et incorruptible », et dès lors de leur unicité. Et puisque toutes ces prérogatives des corps célestes sur les substances terrestres ne sont que chimères, c'en est fait de l'influence des astres sur les générations et les corruptions sublunaires.

Quelque ridicule que fût la posture des aristotéliciens devant l'irrésistible puissance des données nouvelles, ils ne purent se résoudre à abandonner leurs positions séculaires, et on mit autant d'âpreté à défendre la science surannée d'Aristote, que de zèle à venger sa philosophie des railleries de Descartes.

En Belgique, et principalement à Louvain, le conflit prit une forme aiguë ; il eut, pour objet principal, la thèse copernicienne de la circumvolution diurne de la terre et de sa rotation annuelle autour du soleil : c'est aux vicissitudes de cette thèse que nous bornerons ce court exposé.

Dès 1604, séduit par la simplicité du système de Copernic, Galilée émit son explication hélioccntrique. On le dénonça à la Cour de Rome, qui le condanma en

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1616, et déclara sa doctrine incompatible avec les enseignements de l'Ecriture. Les idées nouvelles reçurent bon accueil, en Belgique, et jusqu'en 1623, elles ne suscitèrent pas trop de défiance. Les premières rumeurs de la condamnation de Galilée ne parvinrent pas à Louvain avant la fin de 1618, et elles coïncidèrent avec un événement astronomique qui mit en émoi tout le monde savant : l'apparition, en novembre, d'une magnifique comète. La comète provoqua une éclosion d'écrits spéciaux, signés de noms connus, et un échange de pamphlets qui alimentèrent de longues et passionnées controverses. Froidmont, Thomas Feyens, Wendelin, Van Lansberghe, Erycius Puteanus entrèrent en lice '). L'adversaire le plus significatif des idées coperniciennes est Libert Froidmont, dont nous connaissons, par ailleurs, les préférences philosophiques. Il n'en fut pas toujours ainsi. Aux Saturnales qu'il présida en 1615-), Froidmont avait affiché des sympathies pour l'astronomie nouvelle. Bien plus, il ouvre sa dissertation sur la comète en annonçant la défaite d'Aristote. L'astre de 1618, écrit-il, annonce la mort d'un prince, Aristote, prince des philosophes, pour qui les comètes ne sont que des phénomènes météoriques de notre atmosphère : « Allez, s'écrie-t-il, péripatéticiens, faites à votre chef des funérailles imaginaires » *''). Mais la décision romaine ébranle le théologien janséniste, et il fait volte-face : désormais il se constituera le défenseur de la Cour de Rome, et, tout en combattant Aristote sur quelques autres points de sa physique céleste et terrestre, il sou-

^) V. MoNCHAMP, Galilée et la Belgique. Essai historique sur les vicissitudes du système de Copernic en Belgique (Bruxelles, 1892), chap. IV et suiv. — *) Ses harangues ont été publiées en 1616. — ^) Mon'CHAMP, p. 46.

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tiendra énergiquement la thèse de rimmobilité de la terre. Quand on insinuera son changement d'attitude ; sans doute, répondra-t-il, j'ai donné des louanges à Copernic, mais « comme quelques anciens en ont donné aux mauvaises femmes et à la fièvre quarte > ^).

Froidmont est le représentant attitré du système anticopernicien pendant la première moitié du xv!!*" siècle, et personne n'a plus résolument soutenu les droits de la tradition. Son collègue et ami, le médecin Feyens, est moins explicite, bien qu'il combatte l'opinion d'Aristote sur la nature de la comète, et défende l'immobilité de la terre. En 1628, Froidmont fait l'apologie du système ancien dans ^q^ Météorologiques ;Qi son Ant-Artstarchus (1631) est une acerbe critique des preuves de Copernic, dirigée contre un écrit copernicien ^) du gantois Philippe Van Lansberghe. Tout l'arsenal de la dialectique aristotélicienne est appelé à la rescousse, et, comme il fallait s'y attendre, la discussion se complique de personnalités. Jacques Van Lansberghe prend le parti de son père, et fait à Froidmont une réponse injurieuse ^) ; celui-ci réplique sur le même ton ^), Par contre, Froidmont parle avec égards de Godefroid Wendelin, qui souscrivait ouvertement aux théories de Copernic, et qui mérite d'être rangé parmi les hommes de science les plus remarquables que le pays de Liège produisit alors.

Dans l'entretemps, Galilée avait publié, en 1631, son fameux Bialogo di Galileo Galilei^ où il avait repris les idées proscrites en 1616. Poursuivi une seconde fois

') IbiA., p. 51. — ') Pro(jifnina.wiatum astrononnac restiluiae liber de motu solis (1628). — ') Apoloyia pro commentât ionibus Philippi Lansbergi (1633). — *) Vesta, sive Ant-Aristarchi vindex (1034).

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devant la Cour de Rome, il fut derechef condamné en 1633, et forcé d'abjurer.

La condamnation fut notifiée, sur l'ordre du pape, aux inquisiteurs et aux nonces. Le nonce Fabius de Lagonessa la communiqua aux universités de Douai et de Louvain, ainsi qu'aux établissements où il y avait des cours de philosophie.

A Douai, la missive trouva une approbation enthousiaste. Il n'en fut pas de même à Louvain, où Jansénius, qui reçut la nouvelle officielle, tarda quinze jours à la communiquer aux professeurs des quatre pédagogies. Toutefois, l'avertissement de la cour papale produisit son effet : à partir de 1633 jusqu'à la fin du xvii* siècle, l'enseignement louvaniste reçut une direction anticopernicienne '). Les Jésuites se conformèrent sans récriminations à la décision romaine. Usant de réserves prudentes, ils bannirent de leur enseignement la doctrine de Copernic, tout en faisant remarquer qu'ils n'entendaient pas enlever à ces doctrines la probabilité qu'elles pouvaient avoir ^).

Mais il y eut bientôt un revirement en faveur des idées proscrites, fort semblable à celui qui suivit, en 1662, les censures du cartésianisme. Le plus souvent d'ailleurs, on vit se nouer une alliance offensive entre les cartésiens et les coperniciens , devenus les ennemis d'une même tradition, les progrès des uns servant la cause des autres. A cela rien d'étonnant, puisque Descartes lui-même était partisan du mouvement diurne de la terre. Le péripatéticien Voétius d'Utrecht n'objecte-t-il pas au cartésien Régius, que Descartes est

') MoNCHAMP, op. cit., chap. IX. — *) Ibid., p. 148.

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un sacrilège, au même titre que Copernic, et que l'un et l'autre se mettent en opposition avec l'Ecriture Sainte ^)?

L'épisode le plus intéressant auquel donna lieu le conflit des coperniciens et des aristotéliciens se passe à VAlma Mater, pendant les dernières années du xvii* siècle, et se résume dans les procès de Martin van Velden ^). Esprit distingué et caractère bouillant, Martin van Velden, né à La Haye en 1664, fit de brillantes études au Collège du Faucon, et y devint, en 1683, professeur primaire de philosophie. Le cartésianisme dominait à cette époque.

Martin van Velden avait accepté avec un égal enthousiasme les doctrines de Descartes et celles de Copernic. Mais pour avoir bravé l'interdiction romaine, dont de Lagonessa s'était fait l'interprète, il s'attira, en 1691, les plus grandes difficultés. Sa résistance fut le signal d'une petite révolution dans l'Université de Louvain.

L'affaire van Velden se joue en deux actes, dont le second est le plus mouvementé.

Le professeur hollandais avait proposé, pour les disputes dominicales du 21 janvier 1691, deux thèses à sensation : l'une énonçait la théorie cartésienne de l'essence de la matière ; l'autre affirmait que le soleil est le centre immobile du système planétaire et que, selon toutes les probabilités, la terre doit être comptée au nombre des planètes.

Grand émoi dans la Faculté des arts ! Tandis qu'on garde au sujet de la première thèse un silence significa-

') BouiLLiEH, Histoire du cartésianisme, t, 1, p. 243. Paris, 1854. — *) Mon- CKAMP, op. cit., chap. XIV et suiv.

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tif, on trouve que la seconde est de nature à offenser les Romains : natam esse offendere Romanos, Vainement on demande à van Velden de remplacer sa proposition copernicienne. Loin de céder, le professeur hollandais prend un air provocateur. Dans une classe révolutionnaire, tenue le 22 février, il expose lui-même la théorie incriminée. Aux arguments de ses collègues, il répond par des plaisanteries et des injures.

La Faculté s'en émeut. On veut l'exclure temporairement du corps académique, et le doyen aux abois en appelle à l'autorité du recteur Sullivane . Mais van Velden use d'adresse. Il recourt au conseil de Brabant, posant ainsi un acte qui devait avoir les plus grosses conséquences. C'était, en effet, un crime de lèse-majesté rectorale que de méconnaître la juridiction souveraine dont Y Aima Mater était si jalouse. Prétendant que les décisions prises contre lui l'avaient été au milieu du tumulte, van Velden cite le recteur lui-même devant la cour brabançonne.

Tous les efforts de l'Université tendent désormais à dessaisir la cour de Brabant d'une aflaire où elle se prétendait seule compétente. Pour arriver à son but, le recteur essaie de gagner à sa cause Jules Piazza, personnage fort influent, en ce moment internonce à Bruxelles. Il y réussit, mais non sans difficultés, car van Velden, de son côté, tente de circonvenir l'internonce. Ce n'est que sur la demande expresse de ce dernier que, le 8 février, Martin van Velden fait sa soumission, et consent à la suppression de la thèse copernicienne qui avait été cause de tant de tumulte.

La tempête était apaisée, mais elle ne devait pas tarder à se déchaîner plus violente. Dès le mois de juillet de la

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même année, van Velden propose, à la discussion des examens du baccalauréat, un ensemble de thèses relatives à la métaphysique, à la logique et à la physique. Le système de Copernic j passe tout entier. Qui plus est, le remuant professeur décoche à ses collègues les traits les plus mordants : il traite leur méthode d'enseigner et de discuter de jeu de personnes oiseuses. C'était un coup d'éclat. De tous côtés, les démarches et les intrigues se succèdent et se multiplient ; l'effervescence est à son comble. Le recteur Stappleton interdit la défense solennelle des thèses : van Velden les fait soutenir au Collège du Faucon, et le jour même de l'interdiction, il en appelle une nouvelle fois au conseil de Brabant. Le 14 juillet, le recteur cite son professeur récalcitrant chez lui ; il le menace de le faire arrêter et de le mettre en lieu sûr : van Velden comparaît, et nie avoir eu connaissance de l'interdiction rectorale. Enfin Stappleton lance un mandat d'arrêt : van Velden se dérobe par des manœuvres habiles.

L'Université fait tout pour écarter l'intervention gênante du conseil de Brabant dans cette affaire disciplinaire. Elle parvient à intéresser à sa cause le conseil privé. Mais l'afïaire se complique de plus en plus. Tandis que le conseil privé ordonne à la cour brabançonne de se dessaisir du procès, celle-ci va de l'avant, donne suite aux requêtes de van Velden et, le 30 juillet, rend un jugement par défaut au profit de l'appelant.

« Van Velden, écrit M. Monchamp, n'avait pas absolument tout ce qu'il désirait, mais enfin il sortait impuni de toutes ses rébellions, il avait le malin plaisir d'avoir suscité des déboires et des tracas à son recteur et à son doyen, il avait fourni au conseil de Brabant l'occasion

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d'affirmer ses prétentions autoritaires sur l'Université ').

Le conseil de Brabant avait ordonné qu'un éternel silence se fît autour de l'affaire van Velden. Il fut loin d'en être ainsi. D'abord, le talent de Martin van Velden et le bruit de ses deux procès contribuèrent largement au succès de la doctrine copernicienne. D'autre part, le procès avait fait naître un conflit de juridiction entre le conseil de Brabant et le conseil privé. L'Université, mise en échec, redoubla de démarches et de protestations.

Les pourparlers furent longs. Après que l'Université eut directement adressé une supplique à Charles II, le conseil privé fit enfin droit aux revendications du recteur. Le 14 juillet 1692, il cassa l'arrêt du conseil de Brabant et renvoya van Velden devant la juridiction universitaire. Le turbulent professeur céda devant la force, et fit amende honorable à l'autorité rectorale.

Mais, il importe de le remarquer, cette soumission n'impliquait aucun abandon de ses doctrines personnelles. Jamais, d'ailleurs, on n'interdit à van Velden d'enseigner la doctrine de Copernic. S'il fut l'objet de tant de tracasseries, ce fut à cause de ses procédés violents, de son manque de courtoisie pour ses collègues, de son mépris des décisions de l'autorité.

La meilleure preuve, c'est qu'en 1695, van Velden put imprimer de nouvelles thèses, sans faire de mécontents. Le professeur n'a pas abdiqué ses idées d'antan, mais il les exprime avec plus de ménagements. Il proclame le génie qui a présidé à la conception des tourbillons de Descartes, et admet ainsi, implicitement, le mou-

') MoNCHAMP, op. cit., p. 277,

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vement circumsolaire de notre globe et de l'éther qui l'enveloppe.

Ce qui arriva à Louvain se produisit ailleurs. En 1624, la faculté de théologie de Paris s'adresse au Parlement pour faire interdire des thèses scientifico-philosophiques, dans lesquelles on attaquait Aristote. En 1671, le roi lui-même s'en occupe, et on sollicite du Parlement de nouvelles interventions. Est-il étonnant que ces mesures aient provoqué la satire ? Elles inspirent à Boileau la Requeste en faveur d' Aristote à Nosseigneurs du Mont-Parnasse ; et l'arrêt burlesque, rendu par ces derniers, ordonne « que le dit Aristote sera toujours suivi et enseigné par les dits professeurs et regens de la dite Université, sans que pour ce ils soient obligez de le lire ni sçavoir son sentiment » ; réintègre « le feu dans la plus haute région de l'air, suivant et conformément aux descentes faites sur les lieux », relègue « les comètes au concave de la lune avec défense d'en jamais sortir pour aller espionner ce qui se fait dans les cieux »').

Une grande leçon d'histoire se dégage des discussions entre les aristotéliciens et les hommes de science au XVII* siècle.

Les aristotéliciens eurent le grand tort de solidariser la philosophie d'Aristote avec les doctrines astronomiques et physiques, dont la science avait vécu jusque-là. La valeur des principes fondamentaux de la métaphysique ne dépend aucunement du postulat de la perfection des cieux, de la théorie de l'immuabilité des

') Cité pîir FÉnET, L'arUtotélisme et le carlt'sianisîne, dans Ann. l*hilos. chrét., nm, pp. 16 et 17.

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astres, ou de la supériorité du mouvement circulaire sur le mouvement rectiligne. Au milieu des ruines de la science médiévale, assez d'observations restaient debout, pour servir d'étai aux doctrines constitutionnelles de la philosophie. Le devoir s'imposait aux aristotéliciens d'alors, de suivre d'un regard attentif le renouveau des sciences, de sacrifier le suranné, de briser le lien factice établi entre leur fausse science et leur philosophie, et d'envisager avec confiance un rapprochement avec les théories nouvelles qui attiraient l'attention générale : ainsi eussent fait les scolastiques du xiii* siècle, s'ils eussent vécu à un tournant de l'histoire des sciences. Au lieu de cela, dit Galilée, les péripatéticiens, * plutôt que de mettre quelque altération dans le ciel d'Aristote, nient celles qu'ils voient dans le ciel de la nature ». A moins qu'ils ne se détournent avec efi'roi du spectacle de tant d'effondrements ! Ne rapporte-t-on pas que Mélanchton et Gremonini refusèrent de regarder le ciel au télescope ?

En vérité, ces hommes ont la vue basse, et ne savent plus distinguer le principal du secondaire.

Est-il étonnant qu'ils se soient attiré les railleries des savants ? Versant dans une exagération opposée, ceuxci rendirent la philosophie scolastique responsable des égarements de la science médiévale ; le système entier en fut discrédité, et la nécessité de faire table rase du passé parut établie. La répudiation de la scolastique entraîna pour nombre d'esprits la condamnation de toute doctrine philosophique ; si bien que de ce grand essor des sciences d'observation, ne date pas seulement une distinction plus nette de la connaissance vulgaire et de la connaissance scientifique, mais un certain divorce de la science et de la philosophie.

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Le malentendu était inévitable ; il perdure encore. Savants et scolastiques d'autrefois en sont les auteurs : les uns ont abattu un chêne puissant, sous prétexte qu'il portait quelque bois mort dans sa couronne ; les autres ont prétendu sottement qu'on ne pouvait toucher à l'arbre séculaire, et qu'en le dépouillant d'une branche desséchée, on lui ôtait la vie ^).

*) Cf. notre Introduction à la philosophie néo-scolastique, p. 202.

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