CORNEILLE FRANÇOIS DE NELIS
et joua un rôle non moins important dans l'histoire de nos institutions à la fin du xviii* siècle. L'un et l'autre mirent leurs énergies au service de V Académie impériale et royale des sciences et belles lettres, créée par Marie-Thérèse en 1772. Membres de l'institution nouvelle, ils contribuèrent largement à imprimer un caractère scientifique et philosophique à ses premiers travaux ').
Au point de vue philosophique, retenons parmi les écrits de de Nélis, un petit livre, publié par fragments de 1789 à 1793, sous le titre mystérieux de V Aveugle de la Montagne '). Ces dialogues, qui roulent sur la nature créée, sur Dieu, « cette grande vérité physique», sur la perfectibilité de l'homme, sont d'une inspiration nettement spiritualiste. Mais une conception sui generis les domine, qui devait être fort dans le goût du siècle. En voici l'idée maîtresse. Il n'est de véritable unité que Dieu. En dehors de lui, existent des unités imparfaites, qui sont les esprits ou les monades. Chaque esprit est « un petit tout à part, qui, seul avec Dieu, peut exister » et est indépendant des autres esprits. Jusqu'ici l'inspiration leibnizienne est manifeste. Quant à l'univers sensible, avec tout ce qui le compose, il « n'est pas fait à l'image de Dieu » ; il n'appartient pas à l'ordre monadique, et les êtres multiples que nous y croyons découvrir, minéraux, plantes, animaux, sont des produits représentatifs de l'esprit.
1) V. Mailly, Histoire de l'Académie impériale et royale des sciences et belles lettres de Bruxelles, 2 vol. 1882. (Mém. cour, et autres mém. publiés par l'Acad. royale, t. 34 et 35). L'Académie royale de Belgique est la continuation de l'Académie fondée par Marie-Thérèse. — ^) Réimprimé à [Parme, en 1795, à Rome, en 1796, à Bruxelles en 1837. Les Fragments sur les principes du vrai bonheur. Discours à Lysimaque sont une œuvre de jeunesse (1760).
€ Qu'est-ce donc que l'univers et tous ces corps variés qui le composent ? Une grande force existante, qui, différemment combinée, différemment agissante sur les différentes monades ou esprits, et différemment reçue par eux, produit différentes sensations, auxquelles on a donné aussi des noms différents » ^). La force corporelle seule existe, une en soi ; mais elle nous apparaît sous des formes indéfiniment variées. C'est le monisme du cosmos : « je dirai, je le penserai et le soutiendrai, quelque paradoxal que cela puisse paraître, que le soleil n'est pas une unité distincte de ce livre que vous tenez, ou de ce gazon où je me repose > -). Une grande action répandue partout, et qui remplit les intervalles du ciel et de la terre, sans cesser d'être une, fait le fonds de tous les êtres de la nature.
Il y a du Berkeley dans ce phénoménisme, avec cette différence que la force cosmique est une réalité, œuvre de la toute-puissance divine ; nos réactions représentatives ont seules une valeur subjective. Nous voici loin de Descartes, et ce doit être lui que vise de Nélis, lorsqu'au début de son premier entretien, et voulant passer la revue des erreurs philosophiques, il écrit : « l'un des plus grands d'entre nos philosophes métaphysiciens a cru, enfin, que ce qui était distingué en son esprit, devait être quelque chose de distinct dans la nature » ^). Nous sommes encore plus loin des scolastiques « qui admettent des qualités sensibles, inhérentes aux corps > *).
On devine, dans l'avertissement qui précède le petit livre de de Nélis, que son auteur ne s'attendait pas à
VI'. -^, .-.lit. 1S37. - «) V. 29. — -') P. 21). - •') P. a.