LE MUSÉE DES SCIENCES ET DES LETTRES
naires et les collèges libres, et de concentrer dans un établissement officiel, le collège philosophique de Louvain, l'instruction que devaient recevoir ceux qui se destinaient à la prêtrise catholique. Cette mise sous tutelle, qui violait des droits sacrés, heurta profondément la Belgique catholique, et suscita de vives oppositions de la part du clergé. Malgré les protestations, le Souverain passa outre, et, le 18 octobre 1825, le nouvel organisme fonctionna. Presque tous les professeurs étaient étrangers. Seber, de Bonn, occupait la chaire de philosophie, mais son enseignement n'a point laissé de traces. Au demeurant, le collège philosophique eut des destinées éphémères. Un arrêté du 9 janvier 1830 le supprima, la veille du jour où les Belges, impatients du joug, devaient conquérir leur indépendance ').
Le gouvernement avait dépossédé la ville de Bruxelles de son enseignement supérieur. Il y institua, sur le tard, en 1827, un Musée des sciences et des lettres, qui, s'il fallait en croire la déclaration un peu naïve d'un de ses professeurs, « apprit au monde savant que la Belgique renfermait encore dans son sein quelques héritiers des saines doctrines philosophiques » -).
L'histoire du Musée de Bruxelles remplit une page
•) Sur le collège philosophique et son histoire, v. Ch. Terlinden, Guillaume I, roi des Pays-Bas et l'Eglise catholique en Belgique, 1. 1, p. 422 et t. II, p. 2<i2. Bruxelles, 1906. — *) Baron, p. iv, avant-propos d'un opuscule contenant : Discours sur l'histoire de la philosophie, par Sylvain Vande WEYER,en 1827 ; De la direction actuellement nécessaire aux études philosophiques, ^ar le baron DE Reiffenberg, en 1828 ; De la Philosophie en Belgique, par Victor Cousin, en 1830; Bruxelles, 1840.— Un autre opuscule publié en 1840, préfacé par Baron, contient : Lettre de Van Meenen à M. Haumont, sur la philosophie (1818), et La construction française, par M. Van Meenen (1818). Ces opuscules rarissimes, sont les seuls parus d'une collection d'opuscules philosophiques et litté-
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intéressante du mouvement des idées à la veille de la révolution brabançonne, et l'institut nouveau fut pendant trois années un des foyers de la doctrine philosophique qui avait alors le plus de vogue : l'éclectisme. Ce qui fit écrire à Victor Cousin, chef de l'école éclectique, dans le Journal des savants de 1830 : « 11 faut reconnaître que la philosophie a été traitée avec une sorte de munificence en Belgique. Outre les trois chaires spéciales qu'elle obtint d'abord en 1817, dans l'organisation de l'instruction publique aux universités de Liège, de Louvain et de Gand, un décret royal de 1827 lui accorda une chaire nouvelle dans la capitale de la Belgique. Et la bonne fortune de la philosophie, ou plutôt le zèle éclairé du gouvernement voulut que la chaire nouvelle fût consacrée à l'histoire de la philosophie, étude moins périlleuse que celle de la philosophie spéculative, qui la suppose sans doute et ne peut se passer de ses lumières, mais qui lui rend avec usure ce qu'elle en reçoit, et lui imprime une direction salutaire en la soumettant au contrôle de l'expérience ; étude aussi d'un accès plus facile, qui exige des dons moins rares et où d'honorables succès attendent toujours le travail dirigé par le bon sens. Enfin, le professeur auquel fut confiée la chaire nouvelle, se trouva précisément l'homme le plus capable d'en tirer le meilleur parti, M. Sylvain Vande Weyer, l'élève et l'ami de M. Van Meenen, l'éditeur d'Hemsterhuis » *). On n'est pas plus indulgent ni plus protecteur.
rairet publiés en Belgique commenct^e en 1840. C'est h ces opuscules que nous empruntons les citations de ck paragraphe,. — ') P. llO-li^. l/article de Cousin a <^t/* intilult') dans la collHclion di; Haron : « itn la philosophie en Belgique. »