TITS
écrivit : « je ne crois pas me laisser abuser par l'amitié, en plaçant le professeur Tits au premier rang des plus profonds métaphysiciens de tous les âges » ^).
Né à Aelst, près de S.-Trond, en 1807, Tits devient en 1833, professeur de philosophie au petit Séminaire de Rolduc, à côté d'Ubaghs, qui y enseignait depuis trois ans. Après le départ d'Ubaghs, il trouve un collaborateur et un partisan chaleureux de ses idées philosophiques en la personne de Lonay, si bien que le petit Séminaire de Rolduc, qui forma Ubaghs, Tits et Lonay, peut être appelé la pépinière de l'ontologisme. Plus tard (1840), Tits rejoint son ami Ubaghs à Louvain, où il occupe une chaire de théologie. La grande réputation qui le précédait, lui ménage, à l'université, une influence prépondérante qu'il conserve jusqu'à sa mort, en 1851.
Arnold Tits a peu écrit '^), la mort l'ayant surpris dans l'élaboration d'un grand ouvrage, où il se proposait de livrer les résultats de ses études philosophiques. Mais ce que nous possédons de lui témoigne des brillantes qualités que lui reconnaît La Foret. Tits conçut à Rolduc, dans une série de conférences, les principes de sa doctrine. Celle-ci est tout entière fonction d'une idéologie caractéristique : les vérités premières de l'ordre moral et de l'ordre physique nous sont données dans une perception primitive et irréfléchie, une îo\ philosophique ,
1) La Forêt, Ui vie et les travaux d'Arnold Tits, à Bruxelles, 1853. Préface. La Forêt écrit p. HO :1e fond du système nous «semble inattaquable». — 2) Théorie de la création ou doctrine de la philos, chrétienne sur Dieu et sur ses rapports avec le monde, comparée aux principes du rationalisme moderne (Louvain, 1842). Un dernier mot à M. Ahrens, ou examen de la morale philosoph. du panthéisme, Louvain, 1841, un art. dans la Revue catholique, 1846 et trois art. dans la Revue de Bruxelles.
irraisonnée, qui précède toute démonstration. Le raisonnement et la démonstration sont secondaires et postérieurs. L'analyse « est admirable, dit-il, pour faire la revue de nos richesses, pour mettre de la liaison et de Tordre dans nos représentations, pour découvrir la composition des êtres sous leur unité apparente, et pour en ramener les éléments à la plus grande simplicité possible : mais l'analyse ne nous donne rien, et ne peut rien produire > ').
Une conférence sur la Théorie de la création, lue à la société littéraire de l'université de Louvain, expose excellemment cette théorie générale et l'applique à notre connaissance de Dieu. Les convictions profondes de l'auteur se reflètent dans le style enthousiaste, qui se soutient tout le long de l'œuvre. « Non, s'écrie-t-il, l'âme humaine n'est point sortie vide des mains du créateur. Par sa seule existence, par la seule vertu de sa nature intelligente, elle porte en elle le germe de toutes les connaissances, l'empreinte vivante de toutes les réalités ; ses puissances mêmes, comme être intellectuel, ne sont autre chose que la vérité déposée dans son sein dès l'origine, que la vérité créée en elle et avec elle. >
Or, « la première, et en même temps la plus importante de toutes les idées qu'on peut appeler innées, celle qui constitue en quelque sorte le fond même de notre raison et le principe vivifiant de toute notre existence intellectuelle et morale, l'idée par conséquent qui nous est à la fois la plus naturelle, la plus indispensable et la plus facile à acquérir, et qui, une fois acquise, reste toujours ce qu'il y a de plus indestructible en nous, c'est la grande
>) Conférences de 1838, cité par \a Fohêt, p. 102.
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idée de Dieu. Cette idée de Dieu nous est si naturelle, son empreinte est si profonde dans nos âmes, que nous ne saurions parvenir àla pleine connaissance de nous-mêmes à moins d'arriver à la connaissance de la Divinité » ^).
Tout nous est donc donné par avance dans l'idée du Dieu vrai et vivant, et les raisonnements, qui s'évertuent à démontrer Dieu, ne peuvent que développer une vérité déjà établie de par ailleurs. Ce que les philosophes cherchent au loin et au prix de longs syllogismes, constitue le point de départ de notre raison ; cela nous est acquis dès l'origine et en vertu des lois les plus simples de la nature, par cette sagesse que nous trouvons, en naissant, assise à nos portes. — Toute l'originalité et toute la faiblesse de la philosophie de Tits tient dans ce plaidoyer pour le fidéisme. Afin d'écraser le « rationalisme >, il écrase la raison raisonnante !
Le souci qui poursuivait le théologien philosophe de combattre le rationalisme, le mit naturellement aux prises avec le rationalisme panthéiste qu'on enseignait, vers le même temps, à Bruxelles. En 1839, Tits attaqua ouvertement Ahrens dans la Revue de Bruxelles et, encore en 1841, il dirigea une brochure contre son enseignement. La discussion qui s'engagea entre ces deux hommes fut longue et ardente ; on en trouve l'écho dans des discours de rentrée à l'université de Bruxelles -), et nous ne pourrions ici, sans pénétrer au cœur des deux conceptions en présence, le monisme idéalisme de Krause et l'ontologisme, relater les passes d'armes des deux combattants.
') Théorie de la création, p. 26 et 27, publiée dans les mémoires de la Société littéraire de l'université catholique, t. II, 1842. — *) Vanderkindere, op. cit., p. 40-42.
Lonaj, (mort en 1883) et qui reprit les cours de Tits au séminaire deRolduc, ne professe pas d'autres théories sur l'origine des idées, sur la perception actuelle de Dieu et des vérités morales, sur la nécessité absolue de la révélation primitive et du langage. La longue liste de ses publications ') témoigne du zèle persévérant qu'il mit à défendre la doctrine qui lui était chère. En 1846, il entra avec Ubaghs et Tits dans la rédaction de la Revue catholique qui devint, à cette époque, l'organe attitré de l'ontologisme. D'autres encore suivirent Tits et Ubaghs : citons La Forêt ^), P. Glaessens, l'abbé Boucquillon '), le P. Bernard Van Loo *).
Mais déjà, dans les rangs des philosophes catholiques, la contradiction s'était levée. De toutes parts, on avait le sentiment que le triumvirat de l'ontologisme louvaniste courait aux abîmes. La raison spoliée de ses droits ne tarde jamais à les revendiquer. Qu'est-ce en effet que cette foi au langage et aux traditions, si l'on supprime les raisons de croire ; un acte de foi ne présuppose-t-il pas l'intelligence des titres qui le justifient ? Puis, sur quoi se
') Nombreux articles dans la Reinie catholique ; analyses de dissertations philosophiques (Kolduc, 1841-1846) ; Examen de la question de l'origine de nos connaissances au point de vue de la philosophie, (Louvain) ; Philos, moralis l'iemi'nta ; Dissertations philosophiques, Hruxelles, 1 857, 534 p. Cf. Éloge funèbre de Lonay, par V, Dupont, curé-doyen de S. Rarlhélemy, (Litige 1884). — *) R<M'tour de l'UniversilA en 18(>5, mort en 1872. Dissertatio historico^ dogmatica de methodo theologiae, 1849; Principes philosoph. de la morale, 8*édil. 1852-18<X); .irt. dans la lievue catholique.—'-^) Houcquillon, fl«?tt« catholique, 1855, p. 134. — *) Van I.oo, ibid., 18r>0, p. im.