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L*AGE DES ÉCOLES GÀPITULAIRES ET MONACALES

sophes néo-platoniciens. De plus, les premières controverses spéculatives des ix*' et x^ siècles présentent un caractère mi-théologique, mi-philosophique et perpétuent l'imprécision des deux points de vue.

Aux ix° et x^ siècles, la querelle de la prédestination soulève le problème de la liberté humaine et de ses rapports avec la providence et la justice divines ; la controverse Paschasienne sur la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie donne naissance aux dissertations sur la substance la qualité et l'étendue ; le dogme de la Sainte Trinité suggère la discussion des notions de nature, d'individu, de personne ; le mystère de la transsubstantiation et de la simplicité divines provoque l'étude du devenir. Au ix** siècle, Jean Scot Eriugène, fidèle à la tradition néo-platonicienne et patristique, n'établissait aucun départ entre la révélation et la philosophie.

Mais le moment vint où la philosophie prit conscience d'elle-même et de son autonomie. Le xi^ siècle rompit avec le passé et distingua pratique^nent les deux sciences ; et le xiii® siècle codifie leurs relations réciproque dans une page remarquable de méthodologie scientifique. Il est acquis dès lors que la théologie est un corps de doctrines puisées dans une révélation positive de Dieu, tandis que la philosophie, recevant sa définition véritable, devient l'étude rationnelle et synthétique de Tordre universel. Théologie et philosophie, malgré leur origine commune, sont tenues pour distinctes, ayant chacune en propre leur objet d'étude, leurs méthodes constitutives, leurs principes.

Il est bien vrai que tout en étant distinctes, elles sont coordonnées et hiérarchisées. Faute d'avoir bien

compris l'économie de leurs rapports, un grand nombre d'historiens contemporains perpétuent le préjugé que la philosophie du moyen âge n'est qu'un département de l'histoire des religions. Notre compatriote Henri de Gand a réfuté par avance cette thèse erronée, par quelques déclarations nettes dont nous ferons état plus loin.

Il est vrai encore que la civilisation du moyen âge, avec son mode spécial d'organiser la vie sur des bases religieuses, magnifie la théologie comme la reine des sciences et que les études de philosophie, rarement poursuivies à titre exclusif, étaient pour la plupart, le stage de la science sacrée. Cette convergence du savoir vers la théologie est consacrée dans les écoles abbatiales et monacales — et plus tard c'est d'elle que s'inspirent les programmes de l'université de Paris. Mais cette conception hiérarchique n'empêche pas l'autonomie de la philosophie.

En môme temps qu'elle se détache du faisceau encyclopédique, la philosophie médiévale pose ses problèmes organiques. Ceux-ci ne sont pas agités d'un seul coup ; il a fallu renouer le fil de la tradition, interrompu par le malheur des temps, et de vigoureux efforts de réflexion, répartis sur plusieurs générations de savants, aboutirent à fixer, une à une, les pièces d'une philosophie complète. Du ix® siècle à la fin du xii® on est absorbé dans ce travail gigantesque qui prépara les grandioses synthèses du xiii^ s. Le fameux problème des universaux dont il sera traité plus loin, en fournit un remarquable exemple.

De même, les notions relatives à Dieu et à la nature des choses sensibles se précisent une à une, et à partir du

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XI® siècle, les études de psychologie, presque absentes au début, se multiplient et se fouillent.

Ce qui est plus délicat à dire, c'est la manière dont le haut moyen âge a rempli ces cadres, ou mieux coimnent il a solutionné les problèmes successivement posés. Quelles philosophies se dégagent des productions du IX® siècle ? Peut-on les grouper et comment ? Cette question est une de celles qui diviseni les historiens. Nous avons apporté ici quelques vues nouvelles qu'on nous permettra de brièvement exposer ^).

Et d^abord, il y eut dans le haut moyen âge, comme à n'importe quelle époque de l'histoire de l'humanité, non pas une philosophie, universellement acceptée et transmise par un psittacisme conventionnel, mais des philosophies, c'est-à-dire plusieurs conceptions de tendances diverses, parfois opposées. La parole de l'Ecclésiaste ne perdra jamais ses droits : mundum tradidit disputationi eorum ^). Finie donc la puérile illusion qui considère le mode de philosopher des gens du moyen âge comme formant une vague mais uniforme mentalité. — En second lieu, tandis que le xiii" siècle est en possession de systèmes parfaitement équilibrés, où, suivant l'énergique signification du mot grec (auv (aônMi, se tenir ensemble) tous les éléments doctrinaux sont solidaires et cimentés par des principes unificateurs, les œuvres antérieures au XIII* siècle manquent généralement de cette convergence doctrinale. C'est que les philosophes de ces

') Voir pour tout re premier par;ijrr;ipli(î iiotni Histoire de (a philosophie tm^dihale, deuxii^mn édition Louvain, 1905 «l Introduction à la philosophie néo-icolustiqw , Louvain HHJl. Sous presse, une édition anglaise revue et corrigée du premier ouvrage ((iill, Uuhliii et New-York, 1010). — ') 111, 11.

temps puisent à des sources d'idées disparates dont ils ignorent la parenté historique et logique.

Trois influences principales et hétérogènes travaillent cette période : un groupe d'idées aristotéliciennes, dont il a été question plus haut ; un autre de caractère platonico-augustinien ; un troisième de provenance néoplatonicienne. Pour les concilier on se livre à d'inutiles tentatives, et Jean de Salisbury eût pu appliquer à tous les hommes de ce temps ce qu'il écrit au sujet des chartrains, soucieux de mettre d'accord Platon et Aristote : « ils ont travaillé vainement pour reconcilier des morts qui toute leur vie se sont contredits >. De ces tiraillements en sens divers résultent des antinomies doctrinales dont aucun écrivain d'alors n'est exempt. La philosophie de cette période ressemble à un creuset où des matières disparates sont en fusion.

Toutefois dans ce creuset des combinaisons systématiques se préparent.

Quand l'action purificatrice du feu a pénétré jusqu'au plus intime de la matière en fusion et obligé les éléments à se plier à des combinaisons nouvelles, les corps qui apparaissent, lingots de bronze ou d'acier, sont dépouillés des impuretés et des scories. De même au xiii* siècle, au terme de la formation des idées, les systèmes sont épurés et on voit s'éliminer les antinomies doctrinales qui déparent les productions antérieures.

Il est une de ces systématisations philosophiques qui devient dominante en Occident. Elle se réclame des plus grands noms. Alexandre de Halès, Bonaventure, Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Henri de Gand, Godefroid de Fontaines, Duns Scot et d'autres, s'accordent en effet sur un ensemble de théories organiques, que nous

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