‹ Histoire de la philosophieChapitre 10 sur 89 · Traité de Vùme, m · texte numérisé non relu

Traité de Vùme, m

sorte de réflexion (au moyen de l'intelligible qui est présent aux choses sensibles, comme essence, loi, cause, fin,) agit sur l'intellect passif, et fait passer à l'acte les formes intelligibles qui sont en lui des puissances. L'intellect actif c'est donc l'intelligible même mais l'intelligible devenu pensée. C'est lui qui produit en nous tout intelligible, soit directement, soit en se reconnaissant dans les formes intelligibles qu'enveloppent les formes sensibles. Eteignez la lumière, il n'y a plus de couleurs, éteignez l'intellect actif, il n'y a plus ni vérité, 'ni science. On pourrait dire encore que l'intellect actif, c'est-à-dire l'intelligible devenu pensée, peut seul reconnaître dans le monde, l'intelligible véritable, par une sorte de contact et de sympathie1. »

La volonté est une combinaison de l'intelligence et du désir. En tant que désir, elle pose des fins à réaliser, en tant qu'intelligence, elle en détermine les moyens. La volonté est libre. Si elle tend nécessairement au bien, elle peut préférer un bien à un autre, et reste maîtresse du choix de ses moyens. L'homme est vraiment le père de ses actes.

Aristote croit-il l'àme immortelle ? Ses interprétateurs ne sont pas d'accord sur cette question. « Aristote, dit M. Huit, traite l'immortalité de l'àme, de question oiseuse et ses jugements sont si vagues, si peu arrêtés qu'ils ont donné lieu aux interprétations les plus contradictoires. » Il faut distinguer dans l'âme humaine les facultés qui dépendent du corps et celles qui n'en dépendent pas. Pour les premières, elles subissent sans aucun doute le sort des choses terrestres et finissent avec le corps. Sensation, imagination, mémoire, intellect passif partagent la destinée du corps sans lequel on ne peut les concevoir. Seul l'intellect actif, essentiellement distinct du corps, qui conçoit l'universel et le divin, a le privilège de l'immortalité. Mais il est difficile de dire quelle est précisément la nature de cet intellect actif dans la pensée d'Aristote. et quelle immortalité il lui attribue. Est-elle bien une immortalité personnelle? N'est-elle pas plutôt l'immortalité des panthéistes et ne se confond-elle pas avec l'éternité de la pensée divine?

Logique. — La logique est pour Aristote la science de la démonstration. On en a réuni les différents éléments dans les

six livres de VOrganon qui excerça une si grande influence surtout au moyen âge. Nous ne pouvons faire ici l'analyse de la logique d'Aristote ; il nous faudrait redire à peu près tout ce qui constitue un traité de logique formelle. Kant affirmait que la théorie du syllogisme en particulier n'avait pas fait un pas soit en avant soit en arrière, après Aristote. Depuis plus de vingt siècles qu'on commente les Analytiques on n'y a pas trouvé un mot à reprendre ni fait une addition d'une réelle importance. C'est une des gloires les plus incontestables d'Aristote d'avoir analysé les formes du raisonnement déductif avec une rigueur et une précision qu'on n'a jamais dépassées. Il est le plus grand nom dans l'histoire de la logique.

Morale et politique, — Les êtres inférieurs atteignent leurs fins nécessairement et par le simple jeu des forces naturelles. Cest librement que l'homme poursuit la sienne ou s'en détourne. Mais d'abord quelle est cette fin ? Autrement dit en quoi consiste le souverain bien ? Le souverain bien pour Aristote, c'est le bonheur, et le bonheur résulte de l'activité proprement humaine. Réaliser l'idée de l'homme (xb àvôpco7t£uea:8ai), tel doit être le but de la vie humaine. Or la faculté humaine par excellence, c'est la raison. L'acte humain le plus noble, le plus élevé, c'est la pensée. La perfection est donc dans la contemplation de l'intelligible, dans la pensée de la pensée. La ressemblance à Dieu, on le voit, est pour Aristote, comme pour Platon, l'idéal moral. Et comme le plaisir se mesure à l'acte, le bonheur, qui est la forme supérieure du plaisir, ne peut que s'ajouter à la forme parfaite de l'activité. Les plus grands malheurs ne peuvent rendre l'homme de bien vraiment misérable. Toutefois, et ici Aristote se sépare de Platon, le bonheur n'est complet qu'à certaines conditions de santé, de fortune, d'honneur, d'amitié.

La contemplation de l'intelligible, la pensée qui se pense et la félicité parfaite qui en résulte, c'est là un idéal que la divinité seule réalise sans cesse. L'homme peut y atteindre par intermittence, et qu'il se garde bien de suivre les conseils de ceux qui le dissuadent de l'effort vers cet idéal, sous le prétexte qu'il sortirait de sa condition humaine et mortelle. C'est le devoir de l'homme de se rendre digne de l'immortalité. « Si la raison est quelque chose de divin par rapport à l'homme, la

vie remplie par l'action de la raison est divine en comparaison de la vie humaine. Et ainsi nous ne devons pas comme on nous le conseille n'avoir que des pensées humaines parce que nous sommes hommes, et n'avoir que des pensées mortelles parce que nous sommes mortels. Mais nous devons autant qu'il est possible, nous faire immortels, et nous efforcer en toutes choses de vivre par la partie de nous-mêmes qui est la plus excellente. Car si ce genre de vie ne peut tenir qu'une petite place dans notre existence terrestre, par sa grandeur et sa dignité il est au-dessus de tout 4. »

Moins élevées, mais plus facilement praticables sont les vertus morales qui consistent dans l'habitude d'un juste milieu convenable à notre nature. L'homme ne naît pas vertueux, mais la nature humaine est disposée à la vertu ; il faut développer ces dispositions, les faire passer de la puissance à l'acte. C'est l'œuvre commune de la raison et de la volonté. L'une et l'autre sont nécessaires. Car pour contenir ses passions dans de justes bornes, l'homme doit d'abord philosopher avec elles, et ensuite tenir constamment le milieu entre l'excès et le défaut. La vertu de courage est l'habitude d'un juste milieu entre la lâcheté et la témérité; la vertu de tempérance est l'habitude d'un juste milieu entre l'intempérance et l'insensibilité. La libéralité tient le milieu entre la prodigalité et l'avarice ; la magnanimité entre Tinsolenceet la bassesse. Le juste milieu varie avec les individus et les circonstances. Autre est la vertu d'un homme, autre celle d'un enfant ou d'un esclave.

Il y a des vertus sociales comme il y a des vertus individuelles. La première des vertus sociales est là justice. Aristote distingue la justice commulative qui préside aux échanges et qui a pour règle l'égalité, et la justice distributive qui préside au partage des biens et des honneurs et qui a pour règle la proportion. L'équité est plus parfaite que la justice parce qu'elle tient compte des personnes et des circonstances propres à chaque action. La justice, dit Aristote, ressemble à une règle de fer qui donne une mesure inflexible, l'équité à la règle de plomb des architectes lesbiens qui se plie à la forme et aux contours de la pierre. La seconde des vertus sociales est Vami-

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