‹ Histoire de la philosophieChapitre 13 sur 89 · L'ÉCOLE ÉPICURIENNE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE ÉPICURIENNE

Tantale. Le second est le plaisir de l'esprit, bien supérieur par sa durée et sa pureté au plaisir des sens, et dont l'idéal est l'ataraxie. Ne pas souffrir, être exempt de toute inquiétude, Vindolence, voilà le plaisir suprême. Les dieux seuls réalisent pleinement cet idéal ; le sage doit y tendre par tous les moyens dont voici les principaux :

Le sage discernera entre les désirs. 11 en est de trois sortes : ceux qui sont naturels et nécessaires comme la faim et la soif, ceux qui sont naturels et non nécessaires comme les affections de famille, ceux qui ne sont ni naturels ni nécessaires comme le désir des richesses, du pouvoir, des honneurs et de la gloire. Il faut donner satisfaction aux premiers et rien n'est plus facile. « N'est-ce pas en effet un excellent ragoût que le pain et l'eau lorsqu'on a faim et soif? » Il faut surveiller les seconds car ils pourraient devenir par leur vivacité une source de soucis et de douleurs. Le sage fera bien de s'affranchir du mariage et de la famille dont les charges et les devoirs troubleraient la sérénité de sa vie. Quant aux désirs superflus qui ne sont ni naturels, ni nécessaires, il faut se les interdire absolument. Que le sage se garde bien, par exemple, de participer aux fonctions publiques, car le pouvoir est une source de préoccupations et d'inquiétudes. « Ce fut un grand bonheur pour moi, dit Épicure, de n'être jamais mêlé aux troubles de l'Etat, et de n'avoir jamais cherché à plaire au peuple, parce que le peuple n'approuve pas ce que je sais, et que j'ignore ce que le peuple approuve. »

Le sage pratiquera la vertu. Sans doute la vertu n'a aucune valeur par elle-même. « Toutes les vertus prises ensemble, si on les sépare du plaisir, ne valent pas un jeton de cuivre '. » Mais elle est un instrument de bonheur. De même qu'on étudie la médecine non pour elle-même, mais pour la santé qu'elle procure, de même il faut pratiquer la vertu non pour elle-même, mais pour le plaisir et la paix qu'elle engendre. La sagesse nous apprend à discerner les vrais biens et les vrais maux, et à faire un choix entre nos désirs. La tempérance prévient les douleurs qui ont leur origine dans la violence des passions. Le courage empêche celles qui viennent de la lâcheté et de la crainte, surtout de la crainte de la mort et des malheurs éter-

Page 1