‹ Histoire de la philosophieChapitre 15 sur 89 · Ravaisson. — Le stoïcisme · texte numérisé non relu

Ravaisson. — Le stoïcisme

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opéré en soi cet affranchissement n'est qu'un esclave, fût-il comblé de tous les honneurs et de toutes les dignités. C'est dans ce sens qu'il faut entendre la célèbre formule d'Épictète : supporte et abstiens-toi — àvé^ou xa! <xiz£you — . Supporte sans te plaindre la douleur et les infortunes ; reste calme et ferme dans l'adversité comme dans le bonheur. Abstiens-toi de toute attache aux choses sensibles ; abstiens-toi de rechercher des biens qui ne dépendent pas de toi ; ne t'occupe pas de maux qui ne sont pas ton œuvre. La véritable sagesse c'est rà7ià6sta, c'est l'insensibilité. « Ton fils est mort? dis : je l'ai rendu; ta femme est morte? dis : je l'ai rendue. — Mais celui qui me l'a ôtée est un méchant. — Que t'importe par qui celui qui te l'a donnée, te l'a redemandée? » 11 faut plaindre les méchants et nous consoler du mal qu'ils font par la pensée que nous n'y sommes pour rien. « Ils tuent, ils massacrent, ils maudissent, qu'y a-t-il là qui empêche ton âme de rester sage, modérée, et juste. »

iv. l'école néo-platonicienne

Histoire de l'école néo-platonicienne. — Caractères généraux de l'école néoplatonicienne. — Les hypostases. — L'émanation. — L'extase.

Histoire de l'école néo-platonicienne. — La dernière école de philosophie grecque est postérieure à J.-C. C'est l'école d'Alexandrie ou l'école néo-platonicienne. Elle jeta en effet tout son éclat à Alexandrie devenue le centre intellectuel de l'ancien monde, et malgré son caractère éclectique, c'est surtout de Platon qu'elle se réclame. Elle n'apparaît que vers la fin du second siècle de notre ère ; mais elle fut préparée par beaucoup de travaux antérieurs dont les auteurs cherchaient à allier les doctrines de la Grèce avec celles de l'Orient. Philon d'Alexandrie, en particulier, juif très versé tout à la fois dans la connaissance des Ecritures et dans celle de la philosophie grecque s'était dès le commencement de l'ère chrétienne appliqué à découvrir des analogies entre la religion israélite et certaines idées de Pythagore, de Platon, d'Aristote et de Zenon. Vers le même temps, il y eut une renaissance du Pythagorisme, qui s'attacha surtout aux éléments mystiques de cette doctrine, et

qui abrita de l'autorité de Pythagore un grand nombre d'ouvrages fabriqués par des faussaires. C'est l'époque de la composition des poëmes orphiques, et l'âge d'or de la littérature apocryphe. Ces efforts et ces aspirations prirent corps dans le néo-platonisme.

Le fondateur de l'école d'Alexandrie fut Ammonius Saccas (portefaix). Né de parents chrétiens, après avoir d'abord professé le christianisme, il apostasia au dire de Porphyre. Il eut pour disciple Origène le païen, le célèbre critique Longin, et surtout Plotin le principal représentant de l'école néo-platonicienne. Il mourut vers l'an 242 après J.-C.

Plotin naquit à Lycopolis en Egypte au commencement du 111e siècle après J.-C. Il suivit pendant onze ans les leçons d' Ammonius Saccas à Alexandrie. Pour étudier la philosophie des Perses, il s'engagea dans l'armée que conduisit contre eux l'empereur Gordien. Au retour de l'expédition, il vint s'établir à Rome où il enseigna la philosophie avec le plus grand éclat, et où il mourut en 270. Il laissa à sa mort cinquante-quatre traités que son disciple Porphyre recueillit et groupa en six séries de neuf traités d'où le nom d'Ennéades donné a l'œuvre entière de Plotin.

Après Plotin il faut citer parmi les néo-platoniciens Porphyre, Jamblique et Proclus.

Porphyre est né à Tyr en 233 et mort à Rome en 305. Après avoir été l'adversaire de Plotin, il devint son plus fidèle disciple et prit à sa mort la direction de l'école. Il usa de son crédit pour combattre le christianisme, et dirigea contre les chrétiens un réquisitoire qui fut le signal des plus sanglantes persécutions. Outre la publication dçs œuvres de son maître, on doit à Porphyre une vie de Pythagore, une vie de Plotin et surtout l'/sagoge ou Introduction aux catégories d'Aristote dont une phrase fut l'occasion des disputes célèbres des Nominalistes et des Réalistes au moyen-âge.

Jamblique naquit à Chalcis, en Syrie, dans la seconde moitié du me siècle et mourut en 333. Avec lui l'école d'Alexandrie est en pleine décadence. Sa philosophie n'est guère qu'un ensemble de superstitions. C'est moins une philosophie qu'une théosophie. Elle renouvelle le culte pythagoricien des nombres, et y mêle les pires extravagances.

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Proclus né à Constantinople en 412, étudia d'abord la philosophie à Alexandrie, et vint ensuite l'enseigner à Athènes où il resta jusqu'à sa mort en 485. Il succéda ù Syrianus dans la direction de l'école d'Athènes dont il est souvent regardé comme le fondateur. Après Plotin, il est le plus célèbre philosophe de l'école d'Alexandrie. Parmi les œuvres de Proclus qui nous sont parvenues, il faut citer surtout ses Commentaires du Timée et du Parménide de Platon.

Avec ledit de Justinien qui ferme en 529 les écoles païennes finit l'histoire de l'école d'Alexandrie et en même temps l'histoire de la philosophie ancienne. Les derniers représentants de l'école néo-platonicienne se réfugièrent en Perse.

Caractères généraux de l'école néo-platonicienne. — Par ses tendances l'école d'Alexandrie se rattache à Platon ou plutôt au courant platonicien ; mais ses caractères généraux sont Y éclectisme et le panthéisme. L'école d'Alexandrie est essentiellement éclectique. Choisir le meilleur des philosophies et des religions anciennes pour en former un corps de doctrine qui ne fût pas une philosophie ou une doctrine religieuse plutôt qu'une autre, et qui répondit à toutes les aspirations, telle était la prétention des néo-platoniciens. Bien que les emprunts faits par ces philosophes aux systèmes antérieurs et aux religions de l'Orient, deviennent souvent dans leurs œuvres des contrefaçons, il est facile de les reconnaître, et d'y constater l'absence complète d'une véritable originalité.

Si la méthode, et même le but de l'école néo-platonicienne est l'éclectisme , le fond en est le panthéisme, non un panthéisme natu raliste à l'imitation des stoïciens, mais un panthéisme idéaliste et mystique, qui n'est pas sans analogie avec les doctrines spéculatives et les doctrines pratiques du Pythagorisme.

Trois théories principales résument la philosophie néo-platonicienne : la théorie des hypostases, la théorie de l'émanation, et la théorie de l'extase.

Les hypostases. — C'est la question de Dieu et de ses rapports avec le monde qui préoccupe surtout les philosophes de l'école d'Alexandrie. Dieu est tout à la fois, un et triple. Il y a en lui trois hypostases : l'Un, Y Intelligence, l'Ame. — De YUn, première hypostase, on ne peut rien dire, sinon qu'il est: Toev rb ov. Lui assigner un attribut quelconque, c'est introduire

en lui une division, une distinction contraire à sa perfection absolue. Il ne pense pas, car la pensée suppose la distinction d'un sujet et d'un objet. Il ne veut pas, car la volonté a pour but un état différent de l'état actuel. L'intelligence et la volonté telles que nous les concevons impliquent toujours quelque pluralité. « Quand vous avez eu l'intuition du premier principe, lisons-nous dans Plotin, n'allez pas dire qu'il est ou n'est pas cela, sinon vous le feriez descendre au nombre des choses dont on dit qu'elles sont ceci ou cela ; or le premier est au-dessus de toutes ces choses. » — L'Intelligence, seconde hypostase, n'est pas absolument une et simple. Elle contient les types éternels, les idées, au sens platonicien du mot, de toutes choses. Elle est donc sujette à distinction. C'est la voVjdtç vorjG-soj;, la pensée de la pensée d'Aristote. Si elle contemple la variété de ses propres idées, elle ne s'abaisse jamais à ce qui est au-dessous d'elle, elle ne pense pas le monde. — L'Ame, troisième hypostase, est comme l'intermédiaire entre le monde intelligible et le monde sensible. Elle meut et organi&e la nature d'après les idées de Y Intelligence.

Les trois hypostases de la Trinité alexandrine sont une imitation de la Trinité chrétienne, avec cette différence essentielle qu'elles sont inégalement parfaites, et ressemblent plutôt à trois dieux superposés qu'à trois personnes d'une même nature divine. Si la doctrine n'était pas par ailleurs panthéïstique, on pourrait lui donner le nom de trithéisme.

L'émanation. — La perfection suprême n'a besoin de rien hors d'elle-même, mais il est dans sa nature de se répandre. Tout naît d'elle par émanation et le degré de perfection relative des êtres se mesure à leur plus ou moins grand rapprochement de la source de toute perfection. De Y Un la première hypostase est d'abord émanée Y Intelligence la seconde hypostase; de l'Intelligence est émanée l'Ame la troisième hypostase. De l'Ame émanent les esprits et les corps qui sont dans le monde. Tous les êtres jusqu'aux dernières limites de la réalité, ne sont que des émanations nécessaires et comme le rayonnement infiniment varié de l'Ame divine1. Mais à ce mouvement qui

1. Plotin croyait à l'existence d'une multitude de génies reliant en quelque sorte le monde aux trois hypostases, et pensait ainsi pouvoir concilier sa philosophie avec le polythéisme populaire.

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