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Huit. — Les Arabes et l'Aristotélisme

véritable x\ristote et à lever les condamnations qui pesaient sur ses doctrines. Bientôt même Aristote devint le maître par excellence. Cependant ce serait une erreur de croire qu'on accepta les yeux fermés, comme on le lit chez quelques historiens, toute la philosophie d'Aristote, ou bien encore que l'Aristote des grands docteurs de l'Eglise fut un Aristote rapetissé et amoindri. Aristote exerça sans aucun doute une très grande influence sur les scolastiques de cette époque ; mais ce n'est pas en aveugles que les saint Thomas et lesDuns Scot s'inspirèrent de ses doctrines, et s'ils les corrigèrent, ce fut souvent au profit de la vérité philosophique.

Les dimensions forcément réduites de cet ouvrage ne nous permettent point de donner place ici, à tous ceux qui ont travaillé avec succès à constituer la grande synthèse philosophique et théologique qui est une des plus pures gloires du xnie siècle. Nous nous bornerons à faire connaître ceux qui par leur génie ou par leur influence s'imposent à l'étude de l'historien de la philosophie. De ce nombre sont Albert le Grand, saint Thomas. Duns Scot et saint Bonaventure. Nous passerons très rapidement sur des philosophes de second ordre tels que Roger Bacon et Raymond Lulle. Tout d'abord, il nous faut dire quelques mots d'une question qui a soulevé beaucoup de polémiques, celle des rapports de la philosophie arabe et de la scolastique.

Rapports de la philosophie arabe et de la scolastique. — Avicenne et Averroës. — Nous avons déjà dit combien on a parfois exagéré la part qui revient aux philosophes arabes dans la transmission au moyen âge des œuvres d'Aristote et de l'influence qu'ils exercèrent sur la philosophie scolastique. « Loin de puiser le plus clair de leur savoir, dit Elie Blanc, dans les œuvres d'un Avicenne ou d'un Averroës, les scolastiques durent les combattre avec acharnement. Si les Arabes et les Juifs furent utiles à la cause de la philosophie véritable, ce fut par les polémiques incessantes qu'ils provoquèrent, plutôt que par les connaissances philosophiques qu'ils importèrent en Occident. » Les plus grands docteurs de l'école, en effet, s'employèrent à lutter contre l'averroïsme et d'autres erreurs défendues par les philosophes arabes, et plusieurs de leurs ouvrages, et non des moins importants, n'en sont que des réfu-

tations. Si la philosophie arabe fut utile à la scolastique, c'est surtout dans le sens où Bacon disait que l'erreur enseigne la

vérité.

Un des principaux disciples d'Averroës fut un philosophe juif Moïse Maimonide, qui essaya de concilier Aristote avec le judaïsme.

Avicenne (980-1037) et Averroës (1126-1198) n'en tiennent pas moins une grande place dans l'histoire des idées. Le premier, médecin, philosophe et théologien tout à la fois composa plus de cent ouvrages, et interpréta Aristote dans le sens des derniers commentateurs alexandrins. Ses doctrines sont un mélange de péripatétisme et de néo-platonisme. Le second, né à Cordoue d'une noble famille, eut un vrai culte pour Aristote, et se plaça au premier rang des commentateurs arabes du Stagirite. Mais il interprète Aristote dans un sens panthéistique. Il fait de l'intellect actif une forme séparée et commune à tous les hommes. C'est la théorie du monopsychisme humain qui aboutit logiquement au panthéisme et à la négation de l'immortalité personnelle. On comprend dès lors que les scolastiques se soient appliqués à réfuter l'averroïsme qui retrouvera des partisans à la Renaissance dans l'école de Padoue. Saint Thomas disait d'Averroës qu'il était moins un péripatéticien qu'un corrupteur de la philosophie péripatéticienne, non tam peripateticus quam peripatetica? philosophùc depravator* .

Albert le Grand (1193-1280). — Albert surnommé le Grand naquit en Souabe de la famille des comtes de Bollstaedt. Il entra dans l'ordre de Saint-Dominique vers 1222. enseigna la théologie principalement à Strasbourg et à Cologne. Le succès l'attendait surtout à Paris où il vint avec son disciple saint Thomas dont il prédit la gloire : « Ce grand hœuf muet de Sicile (c'était le sobriquet donné à saint Thomas par ses condisciples) poussera des mugissements qui rempliront le monde. » Appelé à l'évêché de Ratisbonne, il renonça bientôt à cette dignité pour se retirer au monastère de Cologne, et s'y livrer de nouveau à l'étude jusqu'à sa mort.

Albert le Grand avait une érudition extraordinaire. Il connaissait toutes les sciences de son temps, et plus particulièrement

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