De unitate intellectus contra averroistas
les sciences physiques et naturelles, ce qui le faisait passer pour un sorcier ou un magicien. Il reste de lui vingt-et-un volumes in-folio. Ses écrits philosophiques sont surtout des commentaires d'Aristote. Son ouvrage scientifique le plus remarquable est un traité des Animaux. Nous ne résumons pas les doctrines philosophiques d'Albert le Grand parce que nous retrouverons la plupart d'entre elles dans saint Thomas avec une précision plus grande. « Albert le Grand, dit M. de Wulf, est avant tout le défenseur du péripatélisme épuré. Il dépouille la pensée d'Aristote des erreurs qui chez les Arabes la rendent souvent méconnaissable. De plus il la corrige et la complète, en rectifiant pour les mettre d'accord avec la vérité catholique les fausses conceptions du Stagirite.et en comblant d'importantes lacunes. C'est ainsi qu'il professe l'immortalité personnelle et qu'il remplace la notion du premier moteur par celle de l'Infini ' ». Le voisinage de saint Thomas fait qu'on laisse souvent dans l'ombre la figure d'Albert le Grand. Il ne faut pas oublier que si saint Thomas dépasse son maître, de toute la distance qui sépare le génie du talent, il lui doit sa vocation philosophique, et son initiation au péripatétisme.
Vie et œuvres de saint Thomas. — Rapports de la philosophie et de la théologie. — Psychologie. — Logique. — Morale et politique. — Métaphysique. Caractères du thomisme.
Vie et œuvres de saint Thomas. — Saint Thomas d'Aquin naquit en 1227 en Sicile, d'une ancienne et noble famille, alliée à plusieurs maisons royales. Il reçut sa première instruction chez les Bénédictins du Mont-Cassin, et étudia ensuite à l'Université de Naples. A dix-sept ans, malgré l'opposition de sa famille et tous les obstacles qu'elle lui suscita, il entra dans l'ordre des Dominicains. Il devint bientôt le disciple et le compagnon d'Albert le Grand à Cologne et à Paris où il reçut le titre de docteur en même temps que saint Bonaventure. A ce moment l'Université de Paris plaidait devant le pape contre les ordres
mendiants qu'elle voulait exclure de l'enseignement. Saint Thomas prit une part glorieuse aux revendications de son ordre. Il enseigna à Paris, à Cologne, à Rome, à Naples, et dans les principales chaires d'Italie. Il mourut à Fossa-Nova, en se rendant au concile de Lyon où Grégoire X l'avait appelé pour éclairer de ses lumières l'assemblée des évoques. Plusieurs fois saint Louis et les papes dont il fut souvent le conseiller avaient essayé de le tirer du cloître pour l'élever aux dignités ecclésias" tiques dues à son mérite ; toutes leurs tentatives échouèrent devant l'humilité de frère Thomas. On sait que l'admiration de ses contemporains le surnomma le docteur angélique.
Parmi les œuvres de saint Thomas qui intéressent particulièrement la philosophie, on rencontre beaucoup de commentaires sur des traités d'Aristote et sur les Sentences de Pierre Lombard, un grand nombre d'opuscules, sur l'être et l'essence, sur l'éternité du monde, sur le principe d'individuation, sur l'unité
de l'intellect contre les disciples d'Averroës Mais les deux
grandes œuvres de saint Thomas sont la Somme philosophique contre les Gentils, et surtout la Somme thèologique^Ce dernier ouvrage est divisé en trois parties, dont la seconde contient deux subdivisions {prima secundœ, secunda secundse). La première partie traite de Dieu, de sa nature, de la ..création et de la providence. La seconde partie traite de l'homme) de son origine, de ses facultés et de ses destinées. La troisième traite du médiateur Jésus-Christ et du salut des âmes. Au total 612 questions, 3,000 articles. C'est dans la Somme théologique qu'on trouve la pensée personnelle et définitive de saint Thomas. C'est là aussi que sa méthode s'offre sous la forme la plus parfaite.
Rapports de la philosophie et de la théologie. — Toutes les grandes Sommes théologiques du moyen âge s'appliquent dans leurs introductions à déterminer les rapports de la philosophie et de la théologie. En voici le résumé :
1° Distinction delà théologie et de la philosophie au point de vue de leur objet, de leur principe et de leur méthode. L'une a pour objet l'ordre surnaturel, l'autre l'ordre naturel ; la première repose sur la parole de Dieu, la seconde sur les lumières naturelles de la raison ; celle-ci procède par démonstration, celle-là par voie d'autoritr.
2° Subordination de la philosophie à la théologie. Etant donné le fait de la révélation chrétienne on ne peut mettre en doute la doctrine qu'elle nous transmet ; ce serait mettre en doute du même coup la parole infaillible de Dieu. Il en résulte que l'enseignement tiré de la révélation constitue pour la raison imparfaite et chancelante un ensemble de vérités absolues qu'elle ne peut contredire.
3° Nécessité de la philosophie comme auxiliaire de la théologie, car elle établit les raisons de notre foi, ce qu'on appelle les motifs de crédibilité.
« Cette triple théorie a chez saint Thomas, dit M. deWulf, une portée plus compréhensive que chez son maître Albert le Grand, ou chez tout autre de ses contemporains. Personne, en effet, n'a mieux pénétré le génie de la pensée catholique, ni mieux compris la compénétration de la philosophie et de la théologie : compénétration partielle de leur domaine ou pour parler le langage de l'Ecole, de leur objet matériel : car la raison proclame de deux manières l'apothéose du christianisme; elle démontre par un effort intense de nos puissances naturelles plusieurs vérités qui ont fait l'objet de la révélation, et sont par conséquent du ressort de la théologie par exemple l'existence et les attributs de Dieu . Devant les mystères elle s'incline, mais au lieu de se détourner respectueuse ou dédaigneuse, elle montre que le suprarationnel n'est pas antirationnel. Si la révélation est le phare de la pensée, la pensée plus d'une fois établit le mal fondé des objections faites contre la doctrine révélée, et ébranle dans leur opposition les ennemis de la foi { . »
Connaissant les rapports de la philosophie et de la théologie, tels que les comprenait saint Thomas, disons tout d'abord que la Somme théologique est un véritable système encyclopédique qui embrasse dans un enchaînement rigoureux de démonstrations et de réfutations, toutes les connaissances théologiques et philosophiques de l'époque. Nous allons en esquisser les traits essentiels.
Psychologie. — L'objet de la psychologie, ce n'est pas seulement l'âme, c'est le composé humain, c'est l'homme. L'àme est la forme substantielle du corps ; elle est en nous le principe