De Wdlf. — Ouvrage cité plus haut
de toute activité, aussi bien de l'activité physiologique que de l'activité psychologique. L'âme est spirituelle ; ce qui le prouve surtout, c'est son indépendance de la matière dans ses opérations supérieures, elle l'est non seulement dans l'intellect actif, mais dans sa substance même. L'âme est immortelle ; et cette immortalité ne sera pas non plus le privilège de l'intellect actif, comme le soutenait Aristote, c'est l'âme jouissant de sa vie consciente, et capable de déployer la plénitude de ses facultés, qui y participera. Saint Thomas enseigne la distinction réelle entre les facultés et la substance, et répartit comme la plupart des scolastiques en trois groupes les fonctions de la vie humaine : les fonctions inférieures de la vie végétative comme la nutrition et la reproduction, les fonctions cognitives et les fonctions appétitives, et distingue en deux ordres irréductibles les phénomènes psychologiques, ceux de l'ordre sensible, et ceux de l'ordre intellectuel ou rationnel.
Trois principes généraux dominent la théorie de la connais^ sance tant sensible qu'intellectuelle. L'objet connu est dans le sujet connaissant un mode d'être de ce sujet : cognitum est in cognoscente secunaum nîocTum cognoscentis. La connaissance se forme dans le sujet connaissant grâce à une image représentative de l'objet connu. Cette représentation est produite par le concours de l'objet connu et du sujet connaissant. La sensation, disait déjà Aristote. est l'acte commun du sensible et du sentant. Ainsi se trouve garantie l'objectivité de nos connaissances.
Saint Thomas enseigne comme Aristote, sans être sensualiste, que toutes les idées viennent des sens. C'est la sensation et l'imagination, qui n'en est que l'écho, qui fournissent à l'intelligence l'objet particulier où elle trouvera par abstraction son objet propre: l'universel. 11 n'y a donc pas à proprement parler d'idées innées, bien qu'un grand nombre d'idées nous soient naturellement connues. Ces idées, dont nous avons, peut-on dire, l'habitude naturelle, sont le résultat spontané et nécessaire de l'exercice de nos facultés, lorsqu'elles ont été excitées et en quelque sorte fécondées par leur objet. La solution du problème des Universaux se trouve ainsi singulièrement facilitée. Saint Thomas rejette à la fois le nominalisme et le réalisme exagéré. Le général existe in re, dans les choses, en ce sens qu'il est immanent aux êtres individuels, post rem, dans l'esprit humain
qui l'abstrait des êtres individuels, ante rem, dans l'intelligence divine. On ne peut accorder aux idées une existence séparée, mais elles existent} dans la pensée de Dieu^jt l'état de causes exemplaires, que réalise le monde créé.
Comme il y a une double connaissance, il va un double appétit, l'appétit sensible et l'appétit rationnel ou la volonté. L'appétit sensible est la tendance vers un objet concret, présenté par les sens comme un bien individuel. L'appétit rationnel est consécutif à la présentation d'un bien abstrait. C'est toujours un bien qui détermine l'appétit, honum est quod omnia appetuni. Cette détermination est nécessaire lorsque le bien présenté est le bien absolu, de nature à satisfaire la volonté. Elle est libre lorsque le bien présenté est contingent, et dès lors insuffisant pour satisfaire la volonté. Mais le libre choix d'un bien parti-
Cculier, présuppose toujours la tendance invincible de l'appétit rationnel vers le bien en général. Saint Thomas enseigne, non seulement comme tous les scolastiques, l'antériorité de la connaissance sur la volition, nihil volitum nisi cognitum, mais la prééminence de l'intelligence sur la volonté.
« En résumé, dit Elie Blanc, saint Thomas a fondé sa psychologie sur les mêmes principes qu'Aristote. Il n'a point faussé, quoi qu'en ait dit, par une interprétation naïve et sincère, la pensée du maître; il l'a seulement éclairée et complétée ; il en fait cette psychologie scolastique, sur laquelle le sensualisme n'a plus de prise, en même temps qu'elle demeure la réfutation péremptoire de l'idéalisme et d'une fausse mystique. »
Logique. — La scolastique commenta de mille manières l'opyavov d'Aristote, et les plus grands docteurs du moyen âge avaient pour habitude de s'initier à la philosophie par l'étude approfondie des doctrines logiques du Stagirite. Saint Thomas ne fait pas exception. Pour lui, comme pour Albert le Grand, comme pour tous les philosophes de l'Ecole en général, lajflr gique est le préliminaire indispensable de la philosophie^ comme le dessin est celui de la peinture. Instrument de la science, elle a des rapports étroits avec la psychologie et la métaphysique. Sur les principes de la logique formelle et sur la valeur de la raison en général, les vues de saint Thomas sont celles d'Aristote. En ce qui concerne la classification des sciences, il s'en tient à une division très simple et très générale
fondée sur les degrés d'abstraction. Au plus haut degré on a l'abstraction propre aux sciences philosophiques et spécialement à la métaphysique ; le métaphysicien abstrait les essences ou natures et les genres. Au second degré, on a l'abstraction propre aux mathématiques ; le mathématicien abstrait la quantité, nombre ou figure, en la séparant des qualités sensibles. Au dernier degré, on a l'abstraction propre aux sciences de la nature; le physicien abstrait les qualités sensibles. Toute science est donc à quelque degré abstraite. Les méthodes varient suivant les objets ; il est impossible de s'en tenir à une méthode unique, et saint Thomas s'élève surtout contre ceux qui voudraient traiter toutes les sciences par la méthode mathématique.
Morale et politique. — D'une part l'homme agit naturellement et nécessairement pour le bonheur ; tout traité de morale doit prendre son point de départ dans la constatation de ce fait. D'autre part l'homme est tenu de faireJLebien et d'éviter je mal ; poursuivre l'honnête est pour lui un devoir ; c'est la voix impérieuse de la conscience. Mais comment concilier cette nécessité de la nature et cette obligation morale? L'homme éclairé et vertueux, dit saint Thomas, comprend que le vrai bonheur comme le vrai bien est en Dieu, dans la connaissance et l'amour de Dieu, dans l'accomplissement des volontés divines. Il cherche le mobile de sa conduite, non dans la récompense qu'il espère de Dieu, mais dans le bien dont Dieu est la plus haute expression, et c'est ainsi que la vertu est désintéressée. Le bonheur qu'il trouvera dans la possession du bien, sera le dernier effet de sa conduite, mais n'en aura pas été le mobile suprême.
Pour donner une idée complète de la morale de saint Thomas, il faudrait reproduire l'analyse si précise qu'il a faite de l'acte moral, de son objet, de ses circonstances, de ses motifs, rappeler les rapports de la loi positive et de la loi naturelle tels qu'il les a si justement compris, son étude si intéressante des différentes vertus... Nous ne pouvons entrer dans ces détails. Disons seulement qu'ici surtout, en s'inspirant d'Aristote, saint Thomas l'a corrigé et complété. Est-il nécessaire d'ajouter que les préceptes de la morale thomiste sont ceux de la morale chrétienne ?
Les idées sociales et politiques de saint Thomas sont celles de son temps avec une tendance sincèrement libérale. L'état
social est l'état naturel de l'homme. Toute autorité comme toute loi est d'origine divine. Toutes les formes de gouvernement sont légitimes, pourvu qu'elles se proposent comme but le bien général. La tyrannie, qu'elle vienne du peuple, de quelques-uns ou d'un seul, est un abus de pouvoir. C'est un gouvernement injuste, puisqu'il n'est pas ordonné pour le bien commun, mais pour le bien de celui ou de ceux qui gouvernent. A de certaines conditions, on peut le renverser : qui sera juge de ces conditions? l'Église. Suivant les principes de l'Ecole, en effet, le pouvoir temporel, doit être subordonné au pouvoir spirituel. - Métaphysique. — Pour saint Thomas, comme pour Aristote, la métaphysique est la science de l'être en tant qu'être ; elle a pour objet les premiers principes et les premières causes. En Dieu l'essence et l'existence se confondent; dans les créatures elles se distinguent ; en elles l'essence est à l'existence comme la puissance est à l'acte. L'ontologie de saint Thomas est très remarquable^ Tout être est un, vrai et bon. La doctrine de l'ange de l'Ecole sur ces modes généraux de l'être, sur les notions transcendantales, est une partie importante de sa métaphysique. Il étudie l'unité, la vérité et la bonté en Dieu et dans les créatures. L'être de celles-ci n'est qu'analogue à l'être divin ; leurs perfections de même, ne sont qu'analogues aux perfections divines. Saint Thomas distingue avec Aristote les quatre causes, matérielle, formelle, efficiente et finale; mais il complète la théorie des causes par celle de la création. La créature est faite de rien dans ce sens qu'elle ne suppose pas de matière préexistante. Elle n'est pas faite de rien, en ce sens qu'elle ne vient pas du néant, et qu elle a en Dieu sa cause efficiente et sa cause finale. A Dieu seul appartient le pouvoir de créer. Toutefois les créatures peuvent être de vraies causes. Saint Thomas réfute l'occasionnalisme que soutiendra Malebranche, et qui avait déjà eu quelques partisans dans la philosophie ancienne. 11 y a dans la nature de véritables générations et de véritables corruptions, ce qui suppose que les êtres peuvent être substantiellement transformés les uns par les autres. C'est la condamnation du mécanisme.
~Xôhtrairement à la plupart des philosophes spiritualistes, saint Thomas croit possible une création éternelle. Les purs esprits se distinguent des corps, en ce qu'ils n'ont pas de cause