Revue des Deux-Mondes, décembre
« l'égorgeur de la philosophie péripatéticienne », pour y substituer une doctrine qui rappelle celle des physiciens de Milet. Il attribue en effet tous les phénomènes de la nature à la lutte de deux principes opposés, le chaud et le froid, causes, l'un du mouvement, l'autre du repos. Bien qu'il admette une âme spirituelle créée de Dieu, les tendances de sa pyschologie sont empiriques et même matérialistes.
Campanella (1563-1639). — Né en Calabre, Thomas Campanella fit ses études à Cosenza et devint un ardent disciple de Telesio. 11 entra jeune encore dans l'ordre des Dominicains, mais sa vie n'en fut pas moins remplie d'étranges vissicitudes. Accusé d'avoir tramé une conjuration pour affranchir son pays delà domination espagnole, ilfut condamné par l'Inquisition, et retenu en captivité pendant 27 ans. Délivré par l'intervention du pape, il se réfugia en France, et c'est à Paris qu'il mourut en 1639.
Il composa un grand nombre d'ouvrages, la plupart pendant sa captivité. Les deux principaux sont : la Philosophie rationnelle el réelle qui contient tout un système de métaphysique, et la Cité du soleil qui offre beaucoup d'analogie avec la République de Platon et l'Utopie de Thomas Morus.
Il y a, selon Campanella, deux principes de toutes choses : l'être et le non être. L'être se manifeste par trois attributs essentiels : la force, la sagesse et l'amour. En Dieu seul on trouve l'être et ses attributs sans mélange de non être. Les créatures sont un mélange d'être et de non être, force, sagesse, et amour dans la mesure où elles participent de l'être ; impuissance, ignorance et haine dans la mesure où elles participent du néant. Campanella croit comme les stoïciens à l'existence d'une âme universelle du monde; les astres sont animés, et il compare les rayons qu'ils s'envoient à un langage sublime dans lequel ils échangent entre eux leurs pensées.
C'est l'idéal d'une société parfaite que Campanella entreprend de décrire dans la Cité du soleil. « Il y reproduit en les aggravant, dit M. Espinas', les conceptions les plus bizarres de la République de Platon, tout en reconnaissant qu'il est téméraire de chercher en dehors du christianisme des sociétés parfaites.