Dictionnaire des sciences pltilosopltiques
lippe II. Des envieux l'accusèrent d'avoir ouvert le corps d'un gentilhomme qu'on avait cru mort et qui ne l'était pas, et l'Inquisition demanda sa mort. Grâce à l'intervention de Philippe II, il en fut quitte pour un pèlerinage en Terre Sainte. A son retour il échoua dans l'île de Zante où il mourut. Il a laissé un grand ouvrage en sept livres sur la Structure du corps humain. Vésale brava les préjugés du temps qui regardaient la dissection comme une impiété, et fut vraiment le créateur de l'anatomie.
Sciences mathématiques. — Les sciences mathématiques n'avaient pas à modifier radicalement leurs méthodes comme les sciences delà nature; elles n'en firent pas moins à cette époque de grands progrès avec Tartaglia, Cardan et Viète.
Tartaglia. — Tartaglia, géomètre italien naquit au commencement du xvie siècle. Véritable autodidacte, après avoir étudié seul les sciences mathématiques, il devint l'un des plus grands mathématiciens de son temps, et enseigna à Vérone, à Vicence et à Brescia. Il écrivit plusieurs ouvrages sur les mathémathiques et leurs applications à l'art militaire, et découvrit la résolution de l'équation du troisième degré.
Cardan (1501-1575). — Cardan naquitàPavie,y suivit les cours de l'Université, et ses études faites, enseigna les mathémathiques, puis la médecine à Milan et à Bologne. Après avoir écrit de nombreux ouvrages où le charlatanisme eut une grande part, il vint vivre à Rome d'une pension du pape. On ne peut lire l'étrange livre qu'il a composé sur sa propre vie, mélange des plus hautes prétentions scientifiques et des plus extravagantes superstitions, sans le supposer quelque peu atteint de folie. Ses ouvrages philosophiques n'ont pas grande valeur, mais il a fait dans les sciences de précieuses découvertes. La formule pour la résolution des équations cubiques, connue sous le nom de formule de Cardan est en réalité de Tartaglia, qui en avait fait la confidence à Cardan. Celui-ci a d'autres titres de célébrité. 11 remarqua la relation qui existe entre la racine d'une équation et le coefficient de son second terme, la multiplicité des valeurs de l'inconnue, et leur distinction en valeurs positives et valeurs négatives. 11 connut les racines imaginaires. En chimie il expliqua la coloration des flammes par les métaux, et donna de la poudre à canon une analyse qui ne diffère guère de
celle qu'on adopte aujourd'hui. En astronomie il attribua la scintillation des étoiles à l'agitation de l'air...
Viète (1540-1603). — Viète naquit à Fontenay-le-Comte et mourut à Paris. On ne sait rien de sa vie sinon qu'il fut l'ami de l'historien de Thou, et qu'il occupa une charge de maître des requêtes. On le considère généralement comme le second inventeur de l'algèbre. Le premier il eut l'idée de représenter les quantités connues par des lettres et par suite de donner à l'algèbre toute sa généralité. Appliquant sa méthode à la géométrie, il préparait la grande découverte de Descartes. Il perfectionna sur plusieurs points la théorie des équations, et on trouve dans ses ouvrages l'origine du procédé de résolution des équations des premiers degrés par l'emploi des lignes trigonométriques.
Conclusion. — Cousin, dans son Histoire de la philosophie, dit qu'il ne fait aucun cas des travaux philosophiques de cette période. Ce jugement est peut-être sévère. Mais, en résumé la Renaissance est une époque plus agitée que féconde en philosophie. Les théories de ses philosophes ne font guère que reproduire le conflit des doctrines de l'antiquité. Ces adversaires de la scolastique ont été impuissants contre elle, et n'ont laissé aucune œuvre durable. Il n'en est pas de même au point de vue scientifique. Sans doute, il y a bien des fantaisies, des chimères et des puérilités chez les savants de cette époque, mais elle n'en est pas moins remarquable par de grandes découvertes et par le pressentiment de nombreuses vérités, que devait plus tard enregistrer la science. Surtout on commence pendant la Renaissance à mieux comprendre l'importance dans l'investigation scientifique, de méthodes appropriées aux objets, et particulièrement à se rendre compte des procédés de la méthode expérimentale. Bacon eut des devanciers parmi les savants du xve et du xvie siècles, notamment dans Léonard de Vinci et Galilée.
Ouvrages à consulter
Bartiiolmess. — Giordano Bruno.
Blanc. — Histoire de la philosophie.
Bouillieu. — Notions d'histoire de la philosophie. Cousin. — Histoire de la philosophie.
Gay. — Lectures scientifiques.
Gonzalez. — Histoire de la philosophie.
Huit. — Le platonisme à Byzance et en Italie.
Janet et Séailles. — Histoire de la philosophie.
Mon'champ. — Galilée et la Belgique.
Ravaisson. — Léonard de Vinci.
Séailles. — Léonard de Vinci.
Stapfer. — Montaigne.
Yalso.n. — Les savants illustres du XVL et du XVH" siècles.
Weber. — Histoire de la philosophie européenne.
De Wulf. — Histoire de la philosophie médiévale.
Caractères généraux de la philosophie moderne. —
Si par certains côtés la Renaissance se rattache à la philosophie du moyen âge, par d'autres elle prépare la philosophie moderne dont elle fait pressentir les principaux caractères. Nous avons rencontré au xvie siècle un grand nombre d'esprits très curieux de science, et relevé parmi ses œuvres plusieurs découvertes scientifiques de première importance. Nous avons également constaté chez les vrais savants un besoin de méthodes plus rigoureuses, et trouvé chez quelques-uns des essais très remarquables sur les procédés que doit employer l'investigation scientifique dans les divers ordres de recherches. La philosophie moderne, celle qui commence avec Bacon en Angleterre et Descartes en France, continue en les accentuant ces aspirations et ces progrès. La méthode, en particulier, est, comme nous le verrons, une des premières préoccupations de ses initiateurs. Ce n'est pas là pourtant le caractère dominant de l'époque nouvelle. Ce que semblent vouloir désormais et avant tout les philosophes, c'est l'affranchissement complet de toute autorité. L'indépendance de la pensée vis-à-vis du passé, poussée parfois jusqu'au mépris et à l'hostilité, voilà ce qu'ils revendiquent en première ligne. Luther avait introduit le libre examen dans l'interprétation des saintes Écritures, et par conséquent laissé au chrétien, le droit de se faire lui-même ses croyances. Le libre examen sera aussi le droit du philosophe moderne ; chacun se fera par sa seule raison sa philosophie.
Division de la philosophie moderne. — Il faut renoncer à faire des classifications rigoureuses dans la philosophie moderne, et la distribution de l'époque en périodes, que nous avons adoptée jusqu'ici, ne nous semble plus possible. La mêlée des idées philosophiques esttelle danslestrois derniers siècles et d'un
pays à l'autre, que l'historien de la philosophie est obligé de s'en tenir, quoi qu'il fasse, à des divisions très artificielles. Les trois grands foyers philosophiques sont dans les temps modernes la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Le cartésianisme est le principal système de philosophie proprement française, et celui qui a exercé en France et ailleurs la plus grande influence. La philosophie anglaise se sépare assez nettement des autres dans l'histoire de la philosophie par son caractère empirique. Avant Kant les philosophes allemands sont à beaucoup de points de vue des disciples de Descartes ; mais le criticisme du philosophe de Kœnigsberg a été pour l'Allemagne et pour d'autres pays le point de départ d'un mouvement philosophique nouveau. La philosophie française après avoir été la plus influente, et joué au xvne et au xvme siècles le rôle d'initiatrice, a subi à son tour l'influence de la philosophie anglaise et de la philosophie allemande. Le xixe siècle nous offre en France le spectacle de ces influences, et il est peu de sytèmes, de quelque part qu'ils viennent, qui n'aient aujourd'hui chez nous leurs adeptes. Voici donc l'ordre que nous suivrons dans l'exposé de la philosophie moderne, celui qui nous a paru sinon le plus rationnel, du moins un des plus pratiques :
1° Descartes et les grands cartésiens ;
2° La philosophie anglaise et V empirisme ;
3° Kant et la philosophie allemande ;
4° La philosophie française au xixe siècle.