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Darwin. — De l'origine des espèces

rencontrent dans les espèces sauvages aussi bien que dans les espèces domestiques, et fournissent une matière à la sélection naturelle dont les résultats sont autrement profonds que ceux de la sélection artificielle. Sans doute, la nature est aveugle, et on ne peut lui prêter l'intention de modifier les espèces vivantes ; mais ce qu'elle n'obtient pas par dessein, elle l'obtient par l'action d'une loi nécessaire dont Darwin a fait la clef de voûte de sa théorie, et qu'il appelle la lutte pour la vie, ou concurrence vitale (struggle for life). Il se produit dans chaque espèce vivante plus d'individus que la nature ne peut en nourrir. C'est à qui saura le mieux maintenir sa place au banquet de la vie ; c'est à qui luttera avec le plus d'énergie pour sa propre subsistance, soit contre les individus de son espèce ou des autres espèces, soit contre les difficultés du milieu où il se trouve. Dans cette lutte pour la vie, les plus faibles succombent, les plus forts restent et se reproduisent. Parmi leurs descendants, ceuxlà à leur tour auront plus de chances de vivre, chez qui la supériorité transmise par l'hérédité sera plus fortement accusée, et c'est ainsi qu'un avantage d'abord accidentel, s'ajoutant à luimême à chaque génération, donnera enfin naissance à une race perfectionnée.

Supposons maintenant que le milieu ambiant vienne à changer. Des individus soumis à ce régine nouveau, ceux-là seuls dont la constitution y était comme adaptée d'avance par certains caractères accidentels, pourront s'en accommoder et seront les élus de la nature. Un climat se refroidit par exemple. Les quadrupèdes qui auront les poils plus longs ou plus épais se défendront mieux contre la température nouvelle. Cette modification utile s'accumulera par l'hérédité et sera ainsi le principe non seulement d'un simple perfectionnement, mais d'une transformation de l'espèce ou plutôt de la naissance d'une espèce nouvelle. Les variétés extrêmes sont appelées espèces lorsqu'on a perdu la trace de leur origine commune, lorsque les individus restés fidèles au type primitif ont complètement disparu. Il n'est pas vrai de dire que dans l'hypothèse de Darwin l'homme descend du singe. S'il en descendait, comme il a sur lui de grands avantages, il l'aurait vaincu dans la lutte pour la vie, et le singe aurait disparu. Ce qui est vrai dans l'hypothèse, c'est que l'homme et le singe descendent d'un même type qui s'est perdu

et dont ils sont deux déviations divergentes. Le singe n'est pas l'ancêtre de l'homme, il est son cousin germain. De même les quatre embranchements du règne animal ne dérivent pas l'un de l'autre, mais ce sont des rayonnements divers d'une même souche primitive.

Il y a en faveur de ces transformations un coefficient d'une extrême importance, c'est le temps dont la nature dispose pour accumuler les différences. On ne peut assigner de limites au temps et par conséquent il n'y a pas de limites non plus aux effets de la sélection naturelle.

C'est avec le langage de l'enthousiasme que Darwin célèbre ces effets. « Puisque l'homme par ses moyens de sélection peut produire de si grands résultats, que ne peut faire la sélection naturelle. L'homme ne peut agir que sur des caractères visibles et extérieurs; la nature ne s'inquiète pas des apparences, sauf dans les cas où elles sont de quelque utilité aux êtres vivants. Elle peut agir sur chaque organe interne, sur la moindre différence organique ou sur le mécanisme vital tout entier. L'homme ne choisit qu'en vue de son propre avantage, et la nature seulement en vue de l'être dont elle prend soin; elle accorde un plein exercice à chaque organe nouvellement formé, et l'individu modifié est placé dans les conditions de vie qui lui sont les plus favorables... Les caprices de l'homme sont si changeants, sa vie est si courte ! Comment ses productions ne seraient-elles pas imparfaites en comparaison de celles que la nature peut perfectionner pendant des périodes géologiques tout entières... On peut dire par métaphore que la sélection naturelle scrute journellement à toute heure et à travers le monde entier chaque variation même la plus imperceptible, pour rejeter ce qui est mauvais, conserver et ajouter ce qui est bon, et qu'elle travaille ainsi insensiblement et en silence, partout et toujours, dès que l'opportunité s'en présente, au perfectionnement de chaque être organisé. Nous ne voyons rien de ces lentes et progressives transformations, jusqu'à ce que la main du temps les ait marquées de son empreinte en traversant le cours des âges ' . »

Tout en proposant l'hypothèse transformiste pour expliquer l'origine des espèces, Darwin reconnaissait qu'elle était sujette

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