Premiers principes, 1GÎ
ont rencontrée chez un grand nombre d'esprits ne doit pas nous en dissimuler les défauts. D'ailleurs le beau temps du transformisme et de l'évolutionisme semble passé, et chaque jour les découvertes des savants et les arguments des philosophes en emportent quelques lambeaux. Sans entrer dans l'examen critique des différentes théories qu'embrassent ces hypothèses, contentons-nous de quelques observations générales.
Remarquons d'abord l'exagération erronée du pouvoir de l'habitude et du besoin dans le transformisme de Lamarck. Que le besoin et l'habitude développent des organes qui existent, c'est un fait d'expérience ; mais qu'ils puissent produire de nouveaux organes, cela n'a jamais été constaté. De plus en vertu de la loi des corrélations organiques, il faut, dans l'hypothèse, admettre qu'un nouvel organe se créant, tous les autres subissent des transformations analogues. Par exemple l'animal qui échangera ses branchies pour des poumons, devra aussi échanger ses écailles contre des plumes ou des poils, sinon son adaptation à de nouvelles conditions d'existence sera incomplète et sa mort deviendra inévitable. Il est difficile de ne point traiter de chimère une telle supposition. Le fait du développement des organes par l'exercice ne conduit en aucune manière à doter les besoins ou les efforts du pouvoir de créer de nouveaux organes. « Quiconque, dit Cuvier, ose avancer sérieusement qu'un poisson, à force de se tenir au sec, pourrait voir ses écailles se fendiller et se changer en plumes, et devenir luimême un oiseau, ou qu'un quadrupède, à force de pénétrer dans des voies étroites, de se passer à la filière, pourrait se changer en serpent, ne fait autre chose que de prouver la plus profonde ignorance de l'anatomie*. »
Le transformisme de Darwin est-il plus solide que celui de Lamarck? Il faut d'abord observer que les raisons alléguées par Darwin ne vont qu'à établir la possibilité de la sélection naturelle. En accordant à Darwin le principe qu'il invoque, on lui aura accordé que son explication du perfectionnement des espèces est théoriquement acceptable, mais il n'en résulte nullement qu'elle doive être préférée à toute autre comme la meilleure et la seule vraie. Mais faut-il faire à Darwin cette conces-