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Philosophie et ■philosophes, p

LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU XIXe SIÈCLE 281

la hardiesse même de mes spéculations, me refuser le nom de philosophe? J'avoue que je ne comprends pas cette nécessité d'être tourmenté par le doute, ou de faire froidement table rase dans l'intelligence pour philosopher... 11 ne s'agit pas dans l'examen philosophique d'isoler l'intelligence en elle-même, il ne s'agit pas de faire le vide autour d'elle... Si l'on a la foi chrétienne dans le cœur, ne serait-ce pas une chose par trop étrange qu'il fallut pour pratiquer dans sa rigueur la méthode philosophique, rejeter cette intime certitude, éteindre ces lumières, se priver de ces secours ? Non, encore une fois, la philosophie n'est pas à ce prix ' . »

Depuis son premier ouvrage où il montrait chez Malebranche un magnifique effort philosophique vers les sommets de la pensée chrétienne, jusqu'à ces belles pages où il reproche à Jouffroy , d'avoir appauvri son intelligence sous prétexte d'émancipation, en abandonnant la foi de son enfance, Ollé-Laprune n'a jamais varié. Il voulait que sa philosophie fut l'épanouissement de toute son âme et de toute sa vie de chrétien. Même comme historien de la philosophie, il appliquait la maxime dont il avait fait sa devise. « En devenant grec, lisons-nous en tête de son livre sur la Morale d'Aristote, l'auteur de cette étude n'a point cessé d'être moderne et d'être chrétien. Comment le philosophe pourrait-il dans une étude historique, faire abstraction de son esprit propre et de ses doctrines? »

A la fin de l'année 1897, quelques mois seulement avant sa mort, l'Académie des Sciences morales l'appelait au milieu d'elle comme philosophe. Ollé-Laprune se réjouit de son élection comme d'une leçon pour ceux qui déniaient au penseur chrétien la possibilité d'être vraiment philosophe. Trois lignes, trouvées par les siens après sa mort, écrites le jour même de cette élection, montrent avec quels sentiments il accueillit cette victoire tardive de ses doctrines philosophiques :

Dieu soit loué :

Et que cela serve a faire sanctifier son nom, à promouvoir son règne, à accomplir et faire accomplir sa sainte volonté.

Son succès n'avait de prix à ses yeux, qu'autant qu'on pouvait l'interpréter comme un succès de sa foi chrétienne.

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