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Métaphysique. Liv. II, chap. vi

du moins implicitement Protagoras? On ne saurait être trop sévère pour des philosophes, qui ruinaient toute philosophie, toute science et toute morale, au profit d'une rhéthorique vaine, tout entière appliquée à l'art de parler vraisemblablement de toutes choses, sans le moindre souci ni du vrai, ni du bien. Toutefois, il faut le reconnaître, la sophistique eut son rôle utile dans le développement de la philosophie. Elle montra les contradictions des doctrines antérieures, elle accoutuma les esprits aux discussions philosophiques, et surtout elle amena les philosophes à laisser de côté les spéculations sur l'universalité des choses pour s'occuper tout d'abord de la nature humaine. Les égarements de la pensée l'obligeaient ainsi à se rendre compte d'elle-même et de ses lois. La philosophie revenait à son vrai commencement, de l'étude de l'objet à celle du sujet. Par là les sophistes ont contribué à l'avènement de la seconde période de la philosophie grecque et préparé les voies à Socrate.

Ouvrages à consulter

Blanc (Elie). — Histoire de la philosophie.

Chaignet. — Histoire de la psychologie chez les Grecs.

Cousin. — Histoire générale de la philosophie.

Denis. — Histoire des idées morales dans l'antiquité.

Dtnan. — Zenon d'Elée et le mouvement.

Gonzalez. — Histoire de la philosophie.

Hannequin. — Essai sur l'hypothèse des atomes.

Janet. — Histoire des théories politiques dans leurs rapports avec la morale.

Janet et Séailles. — Histoire de la philosophie.

Lévêque. — Etudes de philosophie ancienne.

Liard. — De Democrito philosopho.

Mabilleau. — Histoire de la philosophie atomistique .

Milhaud. — Les origines de la science grecque.

Ravaisson. — Essai sur la métaphysique d'Aristote.

Renouvier. — Manuel d'histoire de la philosophie ancienne.

Tanneby (Paul). — Pour l'histoire de la science hellène.

Tennemann. — Manuel de l'histoire de la philosophie.

Zeller. — Histoire de la philosophie des Grecs.

Dans la deuxième période de la philosophie grecque, la philosophie est surtout une philosophie de l'idée, elle est logique et métaphysique. Sans doute chez Socrate le but de la philosophie est essentiellement moral : mais en lui donnant comme point de départ le « connais-toi toi-même », il l'engagea dans une voie qui lui permettait de s'élever aux principes de toute connaissance et de toute existence et de redevenir la science universelle, non pour se substituer aux autres sciences, et les réunir dans une vaste synthèse, mais pour les dominer toutes par l'étude de la pensée elle-même et la recherche des premières causes. Dans cette période qui n'eut qu'un siècle de durée, on distingue généralement les Grands Socratiques : Socrate, Platon son disciple, et Aristote disciple de Platon, et les Petits Socratiques, disciples plus ou moins infidèles à la doctrine du maître.

Vie de Socrate. — La réforme socratique. — La méthode socratique : ironie et maïeutique, définition et induction. — La morale de Socrate : le paradoxe socratique. — La théodicée de Socrate.

Vie de Socrate. — Socrate naquit à Athènes en 470 avant J.-C. Son père Sophronisque était sculpteur, et sa mère Phénarète sage-femme. Il exerça d'abord la profession de son père, mais il ne tarda pas à l'abandonner pour s'adonner tout entier à la philosophie. Si l'on en croit la tradition, il aurait suivi les leçons du géomètre Théodore de Cyrène, du sophiste Prodicus et du physicien Archélaiis. Sous le masque de la laideur Socrate fut une belle àme et un grand caractère. L'oracle de Delphes

le proclama le plus sage des hommes. Il donna, en effet, à ses concitoyens l'exemple des vertus privées, domestiques et civiques. Il allait pieds nus, mal vêtu, supportant sans se plaindre les fatigues et les privations. Modèle de patience devant les emportements de Xantippe son épouse acariâtre, de bravoure et d'endurance sur les champs de bataille de Délium. de Potidée et d'Amphipolis où il sauva la vie à Alcibiade, il se montra courageux et indépendant en face des succès grandissants de la démocratie. Il défendit les dix généraux des Arginuses contre l'aveuglement et la colère du peuple qui voulait leur condamnation. Il ne ménageait pas les critiques aux hommes politiques les plus célèbres de son temps, et en plusieurs occasions il sut résister aux Trente tyrans.

Socrate fut non seulement un sage, mais un' apôtre, avide d'instruire ses concitoyens et de les rendre meilleurs. On le rencontrait partout : dans les gymnases, dans les ateliers, dans les promenades, au coin des rues, abordant les pauvres comme les riches, conversant et discutant avec les uns et les autres, aimé surtout de la jeunesse qu'attiraient le charme de sa parole et la bonté de son âme.

Cette indépendance, cette allure étrange et ce zèle, indisposèrent contre lui les sophistes et les démagogues. Aristophane dans ses Nuées l'avait déjà livré à la risée du peuple. Mélitus, un mauvais poète, Lycon un rhéteur et Anytus très riche bourgeois corroyeur, se chargèrent de l'accuser devant l'Aréopage. Suivant Xénophon l'accusation était ainsi conçue : « Socrate est coupable d'injustice, d'abord pour ne pas honorer les dieux que la cité honore, et pour introduire de nouvelles divinités, ensuite pour corrompre les jeunes gens. Peine : la mort. » Au fond l'affaire était toute politique; aussi fut-elle renvoyée devant le tribunal des Héliastes, composé de juges tirés au sort parmi les hommes du peuple. Pour obéir à la loi, Socrate dut se défendre. En réalité il fit le procès de ses juges. « Athéniens, n'allez pas croire que ce soit pour l'amour de moi que je me défends, c'est pour l'amour de vous, de peur qu'en me condamnant vous n'offensiez le dieu dans le présent qu'il vous fait... » Au lieu d'apitoyer ceux qui allaient décider de son sort, il paraît les prendre en pitié eux-mêmes. Ils sont des dupes comme ses accusateurs. Pour lui, il se félicite de ce qu'il a fait, tout prêt

à recommencer s'il est absous. Ce fut certainement ce ton de la défense qui amena la condamnation. Déclaré coupable, il devait d'après la procédure athénienne, indiquer lui-même la peine dont il se jugeait digne. Il demanda d'être nourri dans le Prytanée jusqu'à la fin de ses jours aux frais de l'Etat, en récompense des services qu'il lui avait rendus. C'était en langage moderne un outrage à la Cour. Il fut condamné à boire la cigiïe. Mis en prison, il aurait pu fuir, et Criton avait tout préparé pour favoriser cette fuite. Il s'y refusa et mourut au milieu de ses amis et de ses disciples, après les avoir entretenus une dernière fois de l'immortalité de l'âme. Platon a fait le récit des derniers moments et de la mort de Socrate dans le Phédon. « Telle fut, dit-il en terminant, la fin de notre ami, du meilleur des hommes de ce temps, du plus sage et du plus juste de tous les hommes. »

Il est certain que la sagesse païenne nous offre peu d'hommes comparables à Socrate. Mais il y a des vertus que n'ont guère connues les sages du paganisme et dont le christianisme seul sera l'inspirateur. Malgré toute sa sagesse, Socrate n'atteint pas et ne pouvait pas atteindre à la hauteur de nos saints.

Socrate, au témoignage de Plutarque, avait composé un livre sur les choses saintes, mais il ne nous est pas resté. Nous ne connaissons la vie et les doctrines de Socrate que par deux de ses disciples : Xénophon et Platon. Platon est un philosophe trop personnel pour ne pas prêter quelquefois à Socrate, ses propres idées. « Que de belles choses auxquelles je n'ai jamais pensé, me prête ce jeune homme! » disait Socrate parlant de Platon. Xénophon est plus exact que Platon, mais peu philosophe, pouvait-il bien se rendre compte de la portée des doctrines de son maître? Il faut contrôler ces deux sources d'information sur Socrate par le témoignage d'Aristote qui fut en réalité le premier historien de la philosophie grecque.

La réforme socratique. — Socrate fut en philosophie, un réformateur. Les physiciens de la première période de la philosophie grecque s'étaient appliqués à la solution du problème cosmologique: leur philosophie était une philosophie de la nature. Dans leurs recherches l'homme n'avait pas de place à part. Socrate se livra quelque temps au même genre d'études. « Pendant ma jeunesse, dit-il dans le Phédon, j'avais le plus

grand désir de connaître cette science qu'on appelle la physique. Je voyais quelque chose de sublime à savoir les causes de chaque chose, ce qui la fait naître, ce qui la fait mourir... mais après toutes ces recherches je me trouvai plus malhabile qu'auparavant. » Il jugea donc vaines et stériles ces études des physiciens. Elles n'ont à ses yeux qu'un intérêt spéculatif. Ce qu'il importe de connaître, ce sont les vérités pratiques, celles qui nous permettent d'ordonner notre vie et de faire le bien. De toutes ces vérités, la plus indispensable, celle qui doit être le premier objet de nos recherches, c'est la vérité sur nousmêmes. Socrate ramena, comme dit Cicéron, la philosophie du ciel sur la terre. Le connais-toi toi-même : TvtoOi «jsoorrdv, cette fameuse formule qu'on attribuait à l'un des sept sages, Chilon de Macédoine, et qu'on avait gravée au fronton du temple de Delphes, doit être la devise du philosophe. C'est de cette première connaissance qu'il pourra s'élever aux autres. C'est elle surtout qui l'aidera à bien vivre et à être heureux.

Les sophistes sans doute ont bien vu la vanité et la stérilité de la physique, ils ont rappelé l'homme à l'étude de lui-même, mais ils ont nié la possibilité de la science de l'homme comme celle de la nature. Les physiciens ont eu l'idée de la science, mais ils se sont trompés sur son objet. Les sophistes ont mis la philosophie sur la voie de cet objet, ils ont méconnu l'idée même de la science.

La méthode socratique : ironie et maïeutique, définition et induction. — La science a pour objet non l'individuel, l'accidentel, mais le général, l'essentiel. La science du courage, par exemple, n'a pas pour objet les actes de courage pris isolément, mais ce qu'il y a de commun dans tous les actes de courage. Comment s'élever à cette connaissance du général ? Quelle méthode suivre pour atteindre l'élément fixe et invariable qui est l'objet de la science ? « Si nous considérons dans le détail la méthode de Socrate, dit M. Boutroux, nous y discernons deux parties qu'on peut désigner par les noms de forme extérieure et de fondslogique. La forme extérieure, c'estle dialogue avec certains traits particuliers à Socrate tels que l'ironie et la maïeutique. . . . le fonds logique c'est la définition et l'induction1 . »

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