LA SPÉCULATION PYTHAGORICIENNE
corps élémentaires: la terre, le feu, l'air, l'eau, l'éther. L'élément par excellence, c'est le feu, formé de particules tétraédriques. Symbole du principe divin dans la nature, il est concentré dans un soleil central, foyer de l'univers et séjour du Dieu suprême {èaxia tov navroç), autour duquel se meuvent 1» l'Ouranos contenant la contre-terre (àvriyd-wv) et la terre; 2" le Cosmos proprement dit, comprenant la lune, le soleil (?) et les planètes; 3° l'Olympe avec les étoiles fixés. En substituant à la terre un feu central (qui d'ailleurs est invisible, par la raison que la terre lui tourne constamment la face opposée à celle que nous habitons) et en faisant tourner la terre autour de ce centre, Pythagore n'affirme pas sans doute V héliocentrisme, mais prélude à ce système, que son école formulera dès les siècles suivants, sans réussir à le faire admettre par la généralité des savants. Les distances qui séparent les sphères sont proportionnelles aux nombres qui expriment le rapport entre les sons et les longueurs respectives de la corde sonore, et le résultat de leurs révolutions autour de l'axe du monde est une harmonie divine que le génie musical seul peut percevoir. Cette harmonie est l'âme de l'univers. Les êtres forment une série ascendante au point de vue de la perfection avec laquelle ils réfléchissent l'harmonie universelle. L être élémentaire, le point physique, en se mouvant, engendre la ligne; la ligne, en se mouvant, engendre le plan; le plan engendre le corps, d'où procèdent par degrés la sensation, la perception, l'intelligence (émanatisme).
L'individu est mortel en tant qu'il résulte de l'union temporaire des éléments corporels suivant une proportion qui varie entre des limites données. Ces limites franchies, la proportion devient disproportion, lutte inégale, maladie, dépérissement et mort. Mais le contenu idéal du vase qui se brise est à l'abri de la destruction. L'âme est un nombre déterminé, qui a sa place dans la série éternelle des choses, une parcelle de l'âme du monde, une étincelle du feu céleste, une pensée de Dieu. A ce
titre, elle est immortelle, et la mort la fait passer à un état supérieur, ou inférieur, ou semblable à la vie présente, selon qu'elle a vécu pour Dieu, pour le monde ou pour elle-même (métempsycose et palingénésie).
Si le pythagorisrae, ainsi que Parménide et Heraclite, insiste d'une manière exclusive sur l'un des éléments constitutifs du fait et aboutit, à son tour, à la négation de la réalité concrète au profit de l'Idée, il n'en introduit pas moins dans la pensée grecque un élément des plus importants pour la solution du problème héraclito-éléate: qu'est-ce que le devenir, le changement perpétuel affirmé par le philosophe d'Éphèse, et comment le concilier avec la permanence et l'immutabilité de la matière, proclamée avec non moins d'autorité par l'école d'Elée? Cet élément de solution, c'est son hypothèse des monades, parties infinitésimales ou points physiques, composant la matière. Les systèmes qui suivent sont des essais de conciliation entre Elée et Éphèse au moyen de la théorie physico-arithmétique des unités élémentaires. Entre Parménide, qui nie le grand fait expérimental de la génération et de l'altération des choses, et Heraclite, qui au devenir sacrifie l'être et sa permanence, la pensée trouve dans l'hypothèse atomiste le terme moyen capable d'unir les deux systèmes adverses en une synthèse supérieure, en même temps que la base indispensable de toute explication rationnelle du devenir. Elle renonce donc à regarder la matière comme une masse continue, qui se transforme incessamment dans ses propriétés essentielles. Elle la fractionne en parties immuables en elles-mêmes, mais changeant continuellement de situation relative. De cette manière, il y a à la fois changement perpétuel dans les aspects de la matière (les corps) et permanence de la matière quant à son essence et à ses propriétés. C'est la réduction de tout changement au changement de lieu: le mécanisme.
Empédocle, Anaxagore et Démocrite, qui représentent cette