EMPEDOCLE
théorie, se distinguent entre eux comme Heraclite, Pythagore et Anaximandre, c'est-à-dire que le premier fait du mouvement, le second, de l'Idée (vovç), le troisième, de la matière, la clef de voûte de son système.
§ 10. Empédocle.
Empédocle* d'Agrigente en Sicile (450), que son savoir médical, ses guérisons et le prestige dont il aimait à s'entourer firent passer pour un magicien et un dieu, est l'auteur d'un vaste poème philosophique, dont les fragments semblent lui assigner une place intermédiaire entre les éléates et les ioniens.
Il relève des éléates en niant le devenir au sens d'Heraclite, mais il se rapproche des ioniens en admettant la réalité du mouvement. La matière est immuable dans son essence, mais les corps changent incessamment; leurs éléments constitutifs s'agrègent et se désagrègent dans des proportions diverses. On ne comprendrait pas ([ue le feu, par lui seul, devint de l'air, l'air, de l'eau, et ainsi de suite; mais on comprend que ces éléments, en se combinant de mille manières différentes, produisent l'infinie variété des corps. Il faut donc renoncer à l'idée de l'unité élémentaire, il faut cesser de faire dériver l'air de l'éther, l'eau de l'air, la terre de l'eau et considérer ces quatre éléments comme également primitifs.
Le mouvement dont \es<juatre éléments [oioix^îa) sont affectés leur appartient-il en propre, ou l'ont-ils reçu d'un principe distinct, d'une force supérieure? Il est difiicile de dégager l'opinion du philosophe de sa phraséologie poétique, surchargée
« Sext. Eaipir., Adv. Math., VII, li23. — Simplicius, In Phys., f. 24, f. 76. — Plutai que, De plac. phil. — Aristote {Met , Phys. et Psychologie), etc. — Fragments d'Empcdocle recueillis par Amédée Peyron (Leipzig, 1810), S. Karsten {Reliquiœ phil. vet. gr., vol. II, Amst., 1838), Th. Bergk (Leipz., 1843), H. Stein (Bonn, 1852), MuUach (p. 1 ss.), Ritter et Preller (p. 105).
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d'images et de contradictions. Ce qui semble ressortir de son poème, c'est qu'il n'admet plus l'hylozoïsme, l'éternité du mouvement et la vitalité primitive de la matière au même titre que les physiciens ioniens. Il semble expliquer le mouvement par un principe immatériel, ou plutôt par deux principes immatériels distincts, dont l'un rapproche et dont l'autre éloigne les éléments les uns des autres : l'Amour ((pikia, (piXônjç, oroçyr) ou principe d'union, et la Discorde [vdxoç, é'çiÇy fc^^oç), principe de séparation 1. Ces deux causes motrices, dont l'imagination du poète fait des divinités contraires, régnent tour à tour sur les éléments. A l'origine, l'Amour les unissait et en faisait un seul corps sphérique {o(païQoç). La Discorde survint et les divisa: il en résulta la terre, l'océan, l'atmosphère, l'éther céleste et les astres. A cette période de la création primitive, qui est l'œuvre de la Discorde, succède une époque de lutte entre la Discorde et l'Amour, période qui voit naître les plantes, les animaux, les hommes. La Discorde, en séparant les éléments, a préparé à chaque classe d'êtres l'habitation qui lui convient, mais elle n'a pu former les organismes eux-mêmes, qui sont un mélange des quatre éléments et par conséquent l'œuvre du principe unificateur, le fruit de l'Amour réagissant contre la domination exclusive de l'Antipathie. Si, dans le siècle présent, les deux principes sont encore en lutte, l'Amour finira néanmoins par vaincre, et les quatre sphères du monde, aujourd'hui séparées, se confondront au dernier jour dans un nouveau chaos. Cette alternance de périodes de séparation et d'union des éléments est une nécessité fatale et se continuera aux siècles des siècles.
Ainsi qu'Anaximandre et Heraclite, Empédocle expose à sa manière l'origine des êtres par voie d'évolution. Leurs organes,
^ Nous dirions en langage moderne: l'attraction et la répulsion. La cosmogonie d'Empédocle contient le germe de celle de Kant.