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LE SCEPTICISME ACADÉMIQUE

nouvelle Académie. Arcésilas de Pitane^, successeur du scolarque Cratès, revient à la méthode socratique, n'enseigne pas de système, et, se bornant à développer l'intelligence de ses auditeurs, à leur apprendre à penser par eux-mêmes, à scruter, à discerner le vrai et le faux, ne professe d'autre dogme que celui-ci : ne rien admettre que sous bénéfice d'inventaire. Philosophe critique d'abord, il est entraîné, par l'opposition dogmatique de Zenon, à l'extrême scepticisme. Aux idées claires {(paviaolai y.aTalrj7iTr/Mi') dont Zenon faisait le critérium de la vérité, il oppose les illusions nombreuses où nous induisent les sens. Renchérissant sur le scepticisme de Socrate qui avait dit : je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien, cela même, dit Arcésilas, je ne le sais pas de science certaine. Il ne va pas cependant jusqu'aux dernières conséquences de son principe. La certitude, qu'il nie en métaphysique, il l'admet dans l'ordre moral, où il tombe d'accord avec les stoïciens. Mais la logique oblige ses successeurs d'étendre le scepticisme au domaine de l'éthique.

Le plus conséquent d'entre eux, Garnéade^, ne se dislingue plus en rien des sophistes du cinquième siècle, et combat les stoïciens sur le terrain moral et religieux, comme en matière d'ontologie et de critique. Avec un grand talent dialectique, il sait relever les contradictions où s'égare la théologie stoïcienne. Le Dieu du Portique est l'âme du monde : comme âme il possède le sentiment. Or une sensation est une modification {évEQoivDOLç). Le Dieu des stoïciens peut donc se modifier. Mais ce qui se modifie peut se modifier en mal, dépérir et mourir. Le Dieu des stoïciens n'est donc pas éternel, leur Dieu à sensa-

1 En Éolie, 318-244. — Sources: Diog. L., IV. — Sextus Emp., /fyp. Pyrrh., I. — Adv. math., VII. — R. et P., 404 ss. — 2 215-130. — Sources : Diog. L., IV. — Sextus Emp., Adv. math., VII. — R. et P., 408 ss. — Victor Brochard, ouvrage cité. — Constant Martha, Le philosophe Carnéade {Revue des Deux-Mondes, T. XXIX).

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tions n'est pas Dieu. D'ailleurs, cornaie être sensible, le Dieu du Portique est un être corporel, et à ce titre déjà ce n'est pas un être immuable. Si Dieu existe, dit encore Garnéade, il est un être fini ou infini. S'il est fini, c'est qu'il fait partie de l'ensemble des choses, il est une partie du Tout et non l'Etre complet, total, parfait. S'il est infini, il est immuable, immobile, sans modification ni sensation, c'est-à-dire que, dans ce cas, il n'est pas un être vivant et réel. Dieu ne peut donc être conçu ni comme être fini ni comme être infini. S'il existe, il est incorporel où corporel : s'il n'a pas de corps, il est insensible; s'il a un corps, il n'est pas éternel. Dieu est vertueux ou sans vertu : mais qu'est-ce qu'un dieu vertueux, sinon un dieu qui reconnaît le bien comme une loi supérieure à sa volonté, c'est-à-dire un dieu qui n'est pas l'Être suprême? Et d'autre part, un dieu sans vertu ne serait-il pas un être inférieur à l'homme? L'idée de Dieu est donc contradictoire à tous les points de vue.

Garnéade en use de même à l'égard des idées de droit, de devoir, de responsabilité. Envoyé à Rome en mission politique, il y fit deux discours à effet, le premier jour en faveur de la justice, le lendemain contre. Il n'y a pas plus de certitude absolue en morale qu'en métaphysique. A défaut d'évidence, il faut, en théorie comme en pratique, nous contenter du probable (ro nid^avov).

Le scepticisme néo-académique fait place, chez les scolarques, successeurs de Garnéade, à un éclectisme critique non sans originalité, puis à un syncrétisme amalgamant sans discernement les doctrines de Platon, d'Aristote, de Zenon, d'Épicure et d'Arcésilas.

§ 22. Le Scepticisme sensualiste.

En regard du scepticisme idéaliste, qui remonte aux éléates, le scepticisme sensualiste de Protagoras, d"Aristippe, de Timon,

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