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L ÉCLECTISME

l'originalité de Platon et prétendaient qu'il les avait puisées dans la Bible.

En présence des arguments chrétiens, la philosophie grecque fut obligée de changer les habitudes séculaires de sa polémique. Excepté quelques Pères de l'Église aussi tolérants qu'érudits, les chrétiens, imitant le judaïsme, n'admettaient d'autre philosophie que l'exégèse des Saints-Livres, d'autre critérium de la vérité d'une doctrine que sa conformité à la révélation, consignée dans les Écritures. Donc, vis-à-vis du christianisme, il fallait invoquer des textes ou baisser pavillon ; les arguments tirés de la raison pure, une discussion qui ne se basait pas sur des textes, n'étaient plus de niise. De là, chez les philosophes de cette époque, une ardeur extraordinaire à étudier les textes de leurs prédécesseurs, notamment ceux de Platon et d'Arislote, ardeur qui dégénéra en un vrai fétichisme de la lettre, non moins exclusif que la litlérolàtrie de leurs adversaires*. Les écrits des grands philosophes attiques devinrent une sorte de Bible, de révélation surnaturelle pour le fond comme pour la forme. On les déclara des chefs-d'œuvre inimitables et l'on s'y alfectionna au point de considérer chaque phrase, chaque mot comme inspiré. Les philologues, les grammairiens, les critiques se coalisèrent pour analyser, épurer, fixer, commenter les textes. On affectait d'imiter non seulement la manière de penser, mais le style de Platon, qui pour ces Grecs amoureux de la forme valait presque le contenu. Alcinous, Atticus, commentèrent Platon; Alexandre d'Aphrodisias — pour ne nommer que le plus marquant de ces commentateurs — consacra son érudition et sa sagacité à l'interprétation d'Aristote.

Chez plusieurs, le littéralisme enfanta les plus étranges superstitions. Prenant la forme pour le fond, l'allégorie pour le

^ Les écrits authentiques des anciens philosophes ne suffisant pas , on fabriqua les OrpJiiques, les Livres d'Hermès, les Oracles chaldéens, etc. C'est l'âge d'or de la littérature apocryphe.

sens intime, Plularque de Ghéronée et Apulée faisaient de Platon un apôtre du plus vulgaire polythéisme. Mais d'autre part, Ammonius Saccas, le fondateur, d'ailleurs peu connu, de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie^, Longin, auteur présumé du traité Du sublime, Érennius, le successeur d'Ammonius, et surtout Plolin de Lycopolis. surent pénétrer plus avant dans l'esprit de l'illustre Athénien et donner à sa pensée cette forme systématique et définitive qui lui faisait défaut. Dans le néoplatonisme, et en particulier dans la philosophie de Plotin, l'esprit grec semble se recueillir une fois encore, afin de formuler d'une manière définitive et solennelle le résultat de ses réflexions dix fois séculaires et de dire son dernier mot sur Dieu, le monde et l'âme humaine.

§ 25. Plotin et le Néoplatonisme.

Plotin, de Lycopolis en Egypte, disciple d'Ammonius Saccas d'Alexandrie, se rendit à Rome vers 244 et y professa la philosophie pendant vingt-cinq ans. L'école qu'il y fonda comptait des hommes de tous pays et de toute condition, des médecins, des rhéteurs, des poètes, des sénateurs, voire même un empereur et une impératrice, Gallien et Salonine, et devint le rendezvous de ce que le public demeuré païen possédait encore de philosophie, de science, de talent littéraire. On y commentait sans relâche les philosophes attiques, et on leur vouait même un culte analogue à celui dont Jésus, le^ apôtres et les martyrs étaient les objets de la part de la communauté chrétienne, dès lors nombreuse et influente. Plolin, qui ne se décida à écrire qu'à cinquante ans, laissa en mourant (270) cinquante-quatre traités

* Voy. Jules Simon, Histoire de l'école d'Alexandrie, 2 vol. in-8, 1844-45. — Vacherot, Histoire critique de l'école d'Alexandrie, 3 vol. in-S. — G. H. Kirchner, la Philosophie de Plotin, Halle, 1854 (en allemand).

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