TLOTIN ET LE NÉOPLATONISME
II. Les trois degrés de l'être. 1. L'intelligence. — Emanatiou première de Dieu, l'intelligence est ce qu'il y a de plus grand dans le monde; les émanations suivantes sont de plus en plus imparfaites : la création est une déchéance, une dégradation progressive du divin. Dans linlelligence, l'unité absolue de . Dieu se dédouble en intelligence proprement dite [vovo] et inonde intelligible {vorjvoç xooinoç), sujet et objet (style moderne). Toutefois, comparée aux corps, l'intelligence est encore une unité presque absolue; du moins, le monde intelligible et la raison qui le contemple ne sont-ils séparés encore ni quant au temps, ni quant à l'espace; le vovç et le xoauoç votjvog sont l'un dans l'autre. Les Idées sont immanentes à l'intelligence qui les conçoit; rinlelligence, inséparable des Idées.
Le passage de l'unité divine à cette première dualité, le cotninenl de l'émanation, est un mystère au même titre que Dieu lui-même. Toute explication ralioimelle qu'on pourrait en donner serait insuffisante. Si la dyade, a-t-on dit, sort de la monade, c'est qu'elle y est déjà renfermée en germe. Mais alors la monade serait déjà dyade et non monade au sens absolu. D'autres identifient le Un avec le Tout. IMais si Dieu n'est que la somme des choses existantes, c'est qu'il est un simple mot pour désigner le résultat d'une addition, et non le principe souverainement réel d'où les choses dérivent. En dignité sinon quant à la durée, Dieu est antérieur au Tout {tcqo nâvioiv), bien qu'on puisse l'appeler nàvj en tant qu'il est l'essence de tout ce qui existe. On prétend expliquer l'émanation en l'appelant un partage de la primitive unité; mais l'unité divine, qui n'a rien de numérique, est indivisible. On la compare au rayonnement d'un corps brillant {tieqLlaiiiinç), à l'irradiation solaire, à une coupe qui éternellement déborde, parce que son contenu est infini et ne peut y tenir. Ces images, si belles qu'elles soient, sont empruntées au monde matériel et ne sauraient expliquer l'immatériel. L'émanation est donc bien réellement un miracle [d-av^a) comme Dieu lui-même.
Les Idées^ sont de deux sortes : il y a, d'une part, les genres [ytvi]) ou formes générales de toutes les existences, savoir l'être (ôV), l'identité {vavTozrjç), la différence {tteQozrjç), le repos {ovaoLç), le mouvement {xiv)]oiç), et d'autre part, les types spécifiques des êtres individuels {sïâif). On peut considérer tous les genres comme des modifications de l'être unique, et tous les types spécifiques comme se résumant en un seul : le Type universel ou l'Idée d'univers {xoOjlioç voijtoç). Tout ce qui existe dans le monde visible a son Idée correspondante, son prototype, dans le monde intelligible. Il n'y a pas seulement l'Idée d'homme, mais il y a l'Idée de Socrate, de Platon et ainsi de suite, c'est-à-dire autant d'Idées que d'individus. Chacun de nous réalise une Idée distincte. L'Idée n'est donc pas l'espèce se résolvant en une totalité d'individus passagers, mais elle est l'individu considéré comme éternel. De ce qu'il y a autant d'Idées que d'individus, il ne s'ensuit pas que le nombre des Idées soit illimité. Infini au gré de notre imagination, le nombre des individus existants ne l'est pas en soi, sans quoi l'univers ne serait pas un être parlait, c'est-à-dire au sens grec, parachevé {U[}ov navitktç) : de même aussi les Idées, types des individus, existent, dans l'intelligence, fille de Dieu, en nombre déterminé et invariable.
2. Lame. — L'intelligence à son tour est créatrice, comme l'absolu dont elle émane, mais sa force de production est moindre. Ce qui émane d'elle, son rayonnement, c'est l'âme (yvxU^)^ semblable mais inférieure au voiç. En effet, la raison trouve en elle-même ses Idées, qui sont sa propriété immanente et sa substance : l'âme est obligée de les chercher, de s'élever à elles par la réflexion {âmvoia), et ce qu'elle obtient par ce travail, ce ne sont pas les Idées elles-mêmes, mais leurs images plus ou moins adéquates, de simples notions {loyoi}' Elle n'a
^ Enncadcs, VJ, 1-3. — - Ibid.^ VI, 2. 8. — ^ Ibid., IV.