‹ Histoire de la philosophie européeneChapitre 38 sur 98 · LES DERNIERS NÉOPLATONICIENS POLYTHÉISTES · texte numérisé non relu

LES DERNIERS NÉOPLATONICIENS POLYTHÉISTES

et représente un point de vue intermédiaire entre l'école de Rome et Jamblique, dont il est d'ailleurs l'admirateur enthousiaste.

2. S'inspirant de tout ce que la littérature non chrétienne lui offre d'idées spéculatives, de Pylhagore, de Platon, des traditions religieuses de l'Orient et de l'Egypte, et notamment de son triple ternaire sacré, Jamblique^ entreprend une reconstruction philosophique du Panthéon païen, dont son génie mathématique et sa brillante imagination se partagent les frais. Du sein de l'ineffable unité les dieux procèdent par séries ternaires et forment comme une triple auréole autour de la Monade des monades. Par opposition au Diou-homme du christianisme, il renchérit sur le spiritualisme Ihéologique de Plotin et déclare l'absolu incommunicable (àutd-exToç). Le Dieu suprême se dérobe non seulement à toute intelligence, mais à toute relation quelconque. Les êtres réels ne participent donc pas à l'unité absolue, mais aux unités secondes {tvdâeg), transcendantes encore (imeQovaiai) mais multiples, qui en émanent. La hiérarchie de ces dieux dérivés a trois échelons : les dieux intellectuels (voeool), les dieux supra-mondains {vneoxoaaioi) et les dieux immanents au monde {èyy.oojLuoi) . C'est avec ces dieux (les Idées de Platon, les Nombres de Pythagore, les Formes substantielles d'Aristote) que nous soutenons des rapports, ce sont eux qui sont notre Providence. L'absolu n'entre pour rien dans la direction des choses.

3. Proclus- relève à la fois de Jamblique, dont il a les allures

1 De vita Pythagorœ. — Protrepticœ orationes ad philosophiam. — De wysteriis /Egyptiorum, gr. et lat. éd. Thom. Gale, Oxford, 1678. — Autres sources: Proclus In Timœum et Suidas. — Hebenstreit, De Jamblichi phiîosophi syri iJoctrina, Leipz., 17G4. — ^ Ouvrages de Proclus : In theologiam Platonis, libri VI. — Institutio theologica. — In Plalonis Timœum, etc. — Procli opéra omnia, éd. V. Cousin, Paris, 1819-1827 et 18f4. — Voy. sur Proclus: Marinus, Vita Procli. — Suidas. — Berger, Proclus, Exposition de sa doctrine, Paris, 1840. — J. Simon, Du Commentaire de Proclus sur le

sacerdotales, et de Plotin, dont il partage les tendances systématiques et scolastiques. Prenant pour base de son système la triple Triade de Jamblique, il fait dériver de l'Unité absolue et incommunicable {àtitO^exToç), en première ligne : l'être (oV), c'est-à-dire Y infini {anuQov), la fin ou forme [nt.Qaç) et leur unité, le fini {fuxvov, nenc^ao^évov) ; en seconde ligne : la vie i'Çojr), c'est-à-dire : la puissance {ôvvafiiç), l'existence {vjiaQ'^iç) et leur unité, la vie intelligible (Ço))] vorjT)j) ; en troisième ligne : l'intelligence {vovç), c'est-à-dire la pensée statique {/névtiv), la pensée en mouvement ou perception (nQoiévai) et leur unité, la pensée réfléchie {èTaavQoqj)]). Chacune de ces trois triades^ révèle auK initiés de la philosophie {fivaTixwg) une des faces de la cause première et surintelligible : la première, son ineffable unité, la seconde, son inépuisable fécondité {vtieqox^'j) ^ la troisième, son infinie perfection. Tel est l'absolu dans son épanouissement. Quant à l'absolu en lui-même, étant supérieur à l'être et à la pensée même comme le principe l'est à sa conséquence et la cause à son effet, il est à jamais inconnaissable. Ce qui de son essence est surnaturel n'est accessible qu'aux moyens surnaturels, et la théurgie^ seule le révèle à ses initiés. Confinée à la sphère intelligible, la science a besoin, pour atteindre au surintelligible, des réalités de la religion.

C'est là, dégagé d'un texte plein de sénile pédantisme, le dernier mot de la métaphysique néoplatonicienne, le « testament de mort» de la pensée antique. Au point de vue ontologique et comparé au platonisme primitif, le néoplatonisme serait un progrès dans le sens moniste, s'il se contentait de subordonner ridée à un principe supérieur contenant à la fois l'être et la

Tintée de Platon, Paris, 1839. — G. H. Kirchner, De Procli neoplatonici metaphysica, Berlin. 1846. — Voy. en outre sur Jamblique et Proclus, les histoires de l'école d'Alexandrie, citées p. 147.

^ Comp. la triple tiiade du système de Hegel. — ^ ©ôoupyia, è'oyov toî5 Oao2, manifestation de la puissance divine.

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