X PRÉFACE
toutefois à nous convaincre. L'une a trait à notre manière de comprendre la philosophie, son objet, ses méthodes; l'autre, au point de vue qui nous est propre.
Et d'abord, on nous en veut d'assimiler la philosophie à la science et de lui imposer les méthodes scientifiques. La métaphysique, nous dit-on, est et reste fondée sur la méthode a 'priori.
Il y a métaphysique et métaphysique. Il est évident qu'une spéculation qui se donne pour objet ce qui est substantiellement et radicalement distinct, non seulement de l'ordre phénoménal, mais de l'essence même des choses, n'est pas et ne sera jamais une science. On n'a pas passé par l'école de Kant pour pouvoir ignorer que ce qui est transcendant — au sens que notre honoré critique attache à ce terme — échappe et échappera à tout jamais à l'observation scientifique. Mais telle n'est pas la philosophie que nous entendons assimiler à la science. La philosophie que nous appelons une science et le couronnement de l'édifice scientifique est celle qui limite ses recherches à l'être ohservahle, à l'être intramondain, à l'être que nous sommes nous-mêmes.
La philosophie ainsi comprise et pratiquée n'a d'autre mérite, au demeurant, que de suivre le mandat impératif de la raison et du bon sens. En se limitant ellemême, elle fait simplement acte de conservation de soi : car ce qui est transcendant n'est pas seulement inaccessible à l'observation et à l'induction; il l'est également à l'intuition intellectuelle et au raisonnement a priori : il est inconnaissable.