‹ Histoire de la philosophie européeneChapitre 5 sur 98 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

Mais si nous sommes d'accord avec notre honoré contradicteur pour refuser le nom de science à toute spéculation qui, sous quelque nom et de quelque manière que ce soit, prétend connaître l'inconnaissable, nous ne saurions le dénier à la philosophie qui, respectueuse des principes essentiels de la critique, limite ses investigations à ce qui est immanent et s'appuie sur les faits consciencieusement étudiés de la nature et du moi. Métaphysique transcendantaliste ou pur phénoménisme : telle est l'alternative où l'on prétend nous mettre et que nous n'acceptons pas. Entre la théosophie et le positivisme, il y a le point de vue intermédiaire de la métaphysique immanente. Le phénomène, nous dit-on, n'est pas la chose en soi. Rien n'est plus vrai. Mais n'est-il pas évident aussi que le phénomène manifeste, révèle, traduit la chose, qu'il est l'essence existante, comme dit Hegel, l'essence objectivée, selon l'expression favorite de Schopenhauer, qui se trouve d'accord, sur ce point capital, avec son irréconciliable adversaire? La différence entre le phénomène et l'en-soi du phénomène, si profonde soit-elle, ne saurait avoir le caractère absolu que lui prête un kantisme étroit : le dualisme est l'effet d'une illusion logique.

Que si l'on nous accorde que la philosophie, considérée comme ontologie immanente, est une science et une science d'observation, volontiers nous reconnaissons, en retour, qu'elle comporte la déduction a priori dans une large mesure, que la vérification de ses thèses n'est ni aussi facile ni aussi concluante que celle de la loi de Mariotte ou des lois de la chute des corps, que la certitude théorique où elle peut atteindre est toute rela-

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