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DVRAMN ET LE MONISME CONTEMPORAIN

du cerveau. Mais s'il refuse au matérialisme la volonté, il lui abandonne l'intelligence, qu'il déclare résulter de la vie cérébrale, tout en affirmant d'ailleurs, avec Kant, que le monde phénoménal et, par suite, le cerveau lui-même qui en fait partie, n'existe pas indépendamment de Fintellect. Le cerveau et l'intelligence se conditionnent réciproquement; l'un n'est pas sans l'autre. Seule la volonté ne dépend, en aucune façon, de la matière organisée. Toutefois, cette volonté tendant exclusivement à l'être ne se distingue, ni en principe ni en fait^ de la «force» des matérialistes. D'autre part, les liealen de Herbart ressemblent à s'y méprendre aux «atomes». Les monades de Leibniz perçoivent par elles-mêmes; la «perception» de Herbart résulte de la pénétration mutuelle des liealen et ne leur est pas inhérente: par eux-mêmes ils sont aussi peu intelligents que les centres de force de l'atomisme. Pour Herbart comme pour le matérialisme, l'intelligence est un résultat, non un principe. De même ce que Hegel appelle l'Idée créatrice x\est pas l'intelligence consciente d'elle-même; c'est un principe qui devient intelligence consciente quand il est servi par l'organisme cérébral. Où donc est la différence essentielle entre un principe inconscient et ce que le matérialisme appelle la force-matière? D'ailleurs Hegel, comme Schopenhauer, Spinosa, Bruno, est d'accord avec le matérialisme pour rejeter le dogme de la création et du gouvernement du monde par une volonté supracosmique, l'immortalité de l'âme et le libre arbitre, c'est-à-dire les doctrines essentielles du spiritualisme. La conception hégélienne des choses et la philosophie matérialiste sont identiques au fond, quelque opposées qu'elles soient dans la forme: c'est de part et d'autre le naturalisme ou monisme substitué au théisme et au dualisme. Hégéliens, renonçons aux termes ambigus! Désignons les choses par leur nom véritable! Appelons la substance qui préexiste a l'intelligence, non plus Vidée, mais la matière\ Ce qui nous sépare des matérialistes, c'est en définitive

la méthode; or la nôtre est manifestement erronée, la leur évidemment la bonne; donc tendons-leur la main! Tel ne tarda pas à être le langage de la gauche hégélienne, en particulier de Louis Feuerbach ^, renommé par ses études sur V Essence du christianisme^ et de la religion^, à qui se joignit plus tard l'hégélien David Strauss^.

C'est ainsi que le matérialisme, renforcé par les épigones de Fhégélianisme et popularisé par le talent littéraire des Moleschott^, des Biichner*^, des Cari Vogt^, des Ernest Haeckel^ est devenu, au delà du Rhin, ce qu'il a été en deçà dès le dixhuitième siècle : une puissance intellectuelle de premier ordre, fortement assise sur le terrain des faits, ayant pour elle le double prestige d'une clarté parfaite et d'un savoir étendu et solide. Favorisé d'ailleurs par l'opinion, grâce à sa connivence avec le radicalisme politique et religieux, il s'appuie sur une série de découvertes et de théories scientifiques récentes. Il en appelle à la théorie transformiste de Lamarck ^ et de Darwin ^*^, contre la création-miracle; à l'étude analomique des singes anthropoïdes, contre l'opinion qui voit un abîme infranchissable entre l'animal et l'homme, la matière et l'esprit ^^; aux progrès de la synthèse

1 Fils du jurisconsulte Anselme Feuerbach; 1804-1872; ses Œuvres complètes ont été publiées à Leipzig, 1846-66. — ^ Leipzig, 1841 ; « Le secret de la théologie, c'est l'anthropologie. Dieu, c'est l'homme s'adorant lui-même, La Trinité, c'est la famille humaine divinisée. » — ^ Leipzig, 1845. — * Auteur de la Vie de Jésus (1835) ; 1808-1874. — La vieille et la nouvelle foi, Leipzig, 1872 (traduit). — ^ La circulation de la vie, Mayence, 1852. Plusieurs éditions et traductions. — Unité de la vie, Giessen, 1864. — ^ Force et madère, Francfort, 1855. Nombreuses éditions et traductions. — Nature et esprit, ibid., 1857. — Leçons sur Darwin, 1868; etc. — ^ Letti^es physiologiques, Stuttgart, 1845-47. — Kœhlerglaube uvd Wissenschaft, Giessen, 1854. — Leçons sur l'homme, etc., ibid., 1863. — ^ Morphologie générale, Beslin, 1866 ss. — Histoire naturelle de la création, ibid., 1868, etc. — 9 Lamarck, Philosophie zoologique, Paris, 1809. — '° On the origin of species by means of natural sélection, 1859, trad. par Mad. Clémence Royer, 3« éd., 1870. — ï^ Huxley, De la place de l'homme dans la nature, trad. E. Daily, 1868. — G. Vogt, Leçons sur l'homme et sa place dans la création et dans l'histoire de la terre, trad. Moulinié, 1865.

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