‹ Histoire de la philosophie européenne (volume 2)Chapitre 21 sur 83 · a Théétète, 176. — » République, X · texte numérisé non relu

a Théétète, 176. — » République, X

pérance, la justice des sens. La piété (oatorijç) est la justice dans nos rapports avec la Divinité; elle est synonyme de justice en général.

Pour arriver à la justice, et par elle à la ressemblance divine, il faut à l'homme l'éducation. Isolé, il ne saurait y parvenir. La justice, but final des choses, ne se réalise que dans l'homme collectif ou l'État {noXiç). L'État idéal de Platon comprend, comme l'individu, trois éléments ou classes distinctes : i"" les philosophes, qui forment le pouvoir législatif et exécutif, l'intelligence et la tête de l'État, la classe régnante; ^'^ les guerriers, qui sont le cœur de l'État, la classe militante; â"" les marchands, les artisans, les agriculteurs, les esclaves, classe servante, qui correspond à l'âme sensuelle reléguée dans les parties inférieures du corps humain. A la classe régnante sied la sagesse; à la classe militante, le courage; à la classe ouvrière, marchande et servante, l'obéissance aux deux classes supérieures qui pensent et combattent pour elle. Pour que l'homme collectif ou l'État soit une unité réelle, un individu en grand, il faut que les intérêts particuliers se confondent avec l'intérêt général, que la famille s'absorbe dans l'État, que l'individu cesse d'être propriétaire. Les enfants dès lors n'appartiennent qu'à l'État, devenu une grande famille^. C'est l'État qui est le père des enfants; c'est aussi l'État qui les élève. Jusqu'à l'âge de trois ans l'éducation consiste uniquement à prendre soin du corps de l'enfant. De trois à six on prélude à son éducation morale en lui racontant des mythes. De sept à dix, gymnastique. De onze à treize, lecture et écriture. De quatorze à seize, poésie et musique. De seize à dix-huit, mathématiques. De dix-huit à vingt, exercices militaires. A vingt ans l'État procède à un premier triage entre les jeunes gens aptes à la carrière militaire et ceux qui sont

1 Pour ne pas trouver cette disposition par trop étrange, il faut se rappeler que rÉtat grec n'est guère autre chose encore que la cité. D'ailleurs le communisme professé par la République ne se retrouve pas dans les Lois,

pour le gouvernement. Ces derniers étudient dès lors rente ans les différentes sciences à fond. A trente ans, 3 triage. Les moins distingués entrent dans les places res de Tadministration; les autres se perfectionnent endant une série d'années dans la dialectique et couleurs études par la morale. Initiés à la connaissance du rême, ils sont aptes à revêtir les charges les plus élevées . Celui-ci, étant essentiellement une institution pédagostinée à réaliser sur la terre le Bien et le Juste, ne l'art lui-même qu'autant qu'il est un moyen d'éducation *vice du Bien*.

inclusions, d'un idéalisme radical et excessif, nous raà l'ontologie de Platon. La réalité, il faut nous le rapse trouvé pas, selon lui, dans les choses telles qu'elles Tçues par nos sens (les phénomènes), mais dans les types qu'elles reproduisent et qui sont aperçus (conçus) ison (les noumènes). Le phénomène n'est réel que dans e de sa participation à l'Idée-type dont il est une copie. î par excellence et qui est au monde des réalités invique le soleil est h l'univers phénoménal, c'est le Bien, i absolue, cause première et finale de tout être, supéar conséquent et antérieure à l'être même, qu'elle 5 par un rayonnement naturel.

ontologie peut se définir le monisme du bien. Elle est 3nt ce que le génie philosophique a produit de plus de plus pur. Elle a été dépassée, elle n'a jamais été e. Kant lui-même, déniant au phénomène l'existence en rattachant à une double souche sensoriale et intellecuis proclamant la raison pratique juge de la théorie et

linsi que le théâtre est exclu de la république de Platon, car il à nos yeux un monde où le mal est fatalement mêlé au bien ni, 394-402).

le bien juge du vrai, ne fait, au fond, que répéter Platon en le dépoétisant. La science moderne est noniinaliste, mais le réalîsme conserve à ses yeux sa vérité relative. Le vrai objet de la science c'est bien le général, l'universel, la loi-type du fait individuel. Si l'antbropologiste, par exemple, s'occupe de Pierre et de Jean, c'est pour savoir ce qu'est Vhomme, et si le physicien s'inléresse à la pomme qui tombe de l'arbre, au flocon de neige qui tournoie dans l'air, à l'avalanche qui s'éboule dans l'abîme, c'est que ces faits particuliers servent d'exemplification à sa théorie de la pesanteur. Pour le savant moderne comme pour Platon, le phénomène passe, mais la loi demeure et, en ce sens, se trouve être plus réelle que l'individu (ro ovraiç oV). L'erreur, en cette matière, ce n'est pas d'accorder à l'universel la prééminence sur l'individuel, c'est de l'en séparer meta physiquement, de manière à faire du genre ou type une entité transcendante; ce n'est pas de donner au voifç la prééminence sur Vaïa9^t]oiÇy mais bien de faire de Vatad-rjoiç et de la voijacç deux méthodes séparables, voire incompatibles. En soi le type et l'individu qui le réalise, la loi et le phénomène qui en est l'application, ne sont qu'une seule et même réalité considérée à des points de vue différents; l'observation et le raisonnement ne sont que les deux degrés d'une même méthode. Une physique, une physiologie, une anatomie créées par la raison pure ne se concevraient pas. C'est de l'individuel qu'il nous faut extraire l'universel parce qu'il n'est que là. Si Platon n'a pas su éviter l'illusion de l'Idée séparée, réalisée, transcendante, c'est en partie l'imperfection du langage philosophique de son temps qui en porte la responsabilité. Supposez qu'au lieu d'elâoç (aspect, image, forme, type) il se servit du mot vofioç ou loi devenu si familier à la science moderne, et il lui eût été difficile de verser dans le sens séparatiste. Mais, outre la langue dont il se sert, il y a le poète dans Platon qui porte le philosophe à réaliser l'Idée. Aristote, dans un intérêt de polémique, et des disciples sincères mais inintelli-

jxagéré ce réalisme du maître, mais il existe *, et Ton ici les conséquences. L'Idée, étant réelle par elleai plus besoin de se réaliser. Le processus cosmique lison d'être : ce n'est plus la réalisation d'une Idée, ute d'un dieu. S'il y a création, c'est que l'Idée dé- [uelque sorte et sème l'être, c'est-à-dire selon Platon, tuel, la pensée, l'intelligence; car l'être qui procède loit lui «ressembler» comme le fils à la mère. Etre au e et absolu du mot, et être esprit (penser) sont même point de vue. Cette explication du monde, qui à vrai qu'une figure, suffirait peut-être si le monde était înt une société d'esprits purs, le séjour de la bonté, ce, de la perfection. Mais il est un mélange d'être et e, de spiritualité et de corporéité, de bien et de mal. ce second élément constitutif du phénomène, ce non- Idée? Impossible. L'Idée ne peut engendrer que Vêtre^ ce, le bien. C'est donc un second principe, coéternel ui a coopéré à la création du monde : le monisme du nt dualisme de l'Idée et de la matière. Au contact de ère, ridée, ou mieux, l'intelligence sa fille est souillée, , appauvrie. L'intelligence doit donc considérer la mme son ennemie naturelle, comme la cause première oindrissement, comme le siège et le principe du mal; ien entendu de l'esprit sera de se séparer le plus Bnt possible de ce corps qui est une chaîne, et de ce ible qui est une prison, un lieu de châtiment. Les une politique qui sacrifie la nature à un principe ascétisme, le monachisme, Thorreur de la matière trouvons chez les néoplatoniciens, les gnostiques et z les catholiques, sont les conséquences logiques de isée.

nom RépubL, VI, 509.

Speusippe, successeur de Platon dans l'Académie (347-339), semble comprendre la nécessité de relier ensemble le Un (ridée) et le multiple (la matière) par un principe concret qui les contienne l'un et l'autre; car il attache une importance capitale à ridée pythagoricienne d'émanation, de développement, de série, qui sera l'âme du néoplatonisme, et il enseigne, contrairement à Platon, que la perfection n'est pas dans l'unité primordiale et abstraite, mais dans l'unité déployée, différenciée, organisée*. Mais le respect du nom de Platon et sa qualité de scolarque l'empêchent de soumettre la pensée du maître 5 une critique impartiale 2. Il en est de même de Xénocrate, Polémon, Crantor, Cratès, dont le successeur sera le sceptique Arcésilas^. C'est Aristote, le plus éminent des élèves de Platon et le chef d'une nouvelle école, qui critique et réforme l'idéalisme académique dans le sens du spiritualisme concret.

§ 17. Aristote.

Aristote^, né à Slagire, non loin du mont Athos, en 385, était fils de Nicomaque, médecin du roi Philippe de Macédoine

* Aristote, Mét.j Xlf, 7: To xàXXtorov xàl to apiarov ji^ £v àpyj eTvai. Comp. § 65. — 2 Cicéron, Acad. post,^ 1, 9, 34. — 3 Voy. § 21. — * Œuvres complètes d'Aristote: Édition de Berlin en 4 volumes, dont les deux premiers donnent le texte grec (rec. Em. Bekker), le troisième une traduction latine, et le quatrième les principaux commentaires (coll. Ghr. Aug. Brandis, 1831-30). — Édition Didot, Paris, 1848-57. — Éd. Taucbnilz, Leipz:, 1831-32, 4843. — La Métaphysique a été traduite par Pierron et Zévort, 2 vol., Paris, 1840 ; la Politique, la Logique, VÉthique, la Poétique et la Météorologie, par M. Barthélémy Saint-Hilaire, Paris, 1837-62. — Pour la Métaphysique en particulier, consulter Hermann Bonitz, Irk, Aristotelis Metaphysica, 2 vol., Bonn, 1848- 49. — G. L. Michelet, Examen critique de V ouvrage d' Aristote intitulé Métaphysique, Paris, 1836. — Vacherot, Théorie des premiers principes suivant Aristote, Paris,' 1837. — Félix Ravaisson, Essai sur la Métaphysique d'Aristote, Paris, 1837. — Jacques, Aristote considéré comme historien de la philosophie, Paris, 1837. — Jules Simon, Études sur la théodicée de Platon et d*Aristote, Paris, 1840. — H. Bonitz, Études aristotéliicennes (ail.). Vienne. 1862-67. — Le môme, Index Aristotelicus, Berlin, 1871.

94 PUILOSOPfflE GRECQUE

et descendant lui-même d'une famille où Part médical se transmettait de génération en génération. Le sang qui coulait dans ses veines le prédestinait k la recherche expérimentale et à la science positive. A partir de 367, il fit, comme on dirait aujourd'hui, ses études à Athènes, où il fut d'abord le disciple, puis l'heureux rival du vieux Platon. De 343 à 340 il fut le précepteur d'Alexandre, fils de Philippe : liaison féconde qui le mit à même, par la suite, de faire de riches collections et contribua puissamment à faire de lui le père des sciences naturelles. En 334 il alla professer sa philosophie dans les allées du Lycée d'Athènes, d'où le nom donné à son école et celui de péripatéticiens ou promeneurs^ donné à ses disciples. Accusé, après la mort d'Alexandre, de macédonisme et d'athéisme, il dut se retirer à Chalcis dans l'île d'Eubée, où il mourut en 322.

Les écrits attribués à Aristote se rapportent à la presque totalité des sciences connues de l'antiquité, c'est-à-dire, d'après la classification proposée par le philosophe lui-même^, aux sciences théoriques^ ayant pour objet le vrai (mathématiques, physique et théologie ou philosophie première), aux sciences pratiques^ dont l'objet est l'utile (éthique, politique, etc.) et aux sciences poétiques^ dont l'objet est lé beau. Les Catégories, le De interpretatione^ les deux Analytiques^ les Topiques ^ etc., réunis sous le nom d'Organon, font d'Aristote le véritable créateur de la logique; non qu'il en ait conçu le premier tous les éléments : nous avons vu, dans les discussions des éléates, des sophistes, des socratiques, la raison prendre graduellement conscience des procédés qu'elle avait employés d'abord instinctivement; l'on était arrivé ainsi à formuler les axiomes élémentaires de la logique, tels que le principe de contradiction, le principe de la raison suDisanle, le principium exclusi tertii, le dictum de omni et nullo, et sans doute aussi, les règles plus spé-

^ Métaphysique^ VI, 1, 9.

IRISTOTE 95

ciales du syllogisme; mais il fallut le génie d'Aristote pour coordonner ces éléments, pour les compléter et en faire le système de logique déductive, qui est son principal litre de gloire*. Les sciences physiques et naturelles sont brillamment représentées par la Physique, le De cœlo, le De generaêione et corrupiione, la Météorologie, le De anima, les Parva naturalia, V Histoire des animaux, les traités Des parties des animaux, De la marche des animaux. De la génération des animaux, etc. A la philosophie proprement dite se rapporte une série de traités sur les causes premières, qu'un diascé vaste a réunis en un seul ouvrage en l4 livres et placés à la suite des traités de physique (fuvà va (pvoixd) : d'où le nom de métaphysique donné depuis à la philosophie proprement dite et qu'Aristote n'a pas connu. La morale et la politique sont traitées dans Y Éthique à Nicomaqu£, dans les Magna moralia, dans V Éthique à Eudème, dans les huit livres de la Politique; enfin, la rhétorique et la poétique, dans les livres connus sous ces titres. Dans leur ensemble, les œuvres d'Aristote forment donc une véritable encyclopédie du savoir humain au quatrième siècle avant Jésus-Christ^.

La philosophie est définie par Aristote : la science de l'universel (r xad-olov èniGirnir]). Toute science véritable est, ou du moins aspire à être, une vue d'ensemble, une théorie générale : les sciences spéciales sont donc autant de philosophies partielles

' Pour la logique d^Aristole, voy. Treudelenburg, Elementa logiccs Artstoteleœ, Berlin, i83G; 4' édition, 1852. — ^ Pour les ouvrages perdus, voy. E. Heitz, Les ouvrages perdus d^Aristofe, Leipzig, 1865 (ail.), et Fragmenta AristoteliSy collegit iEm. Heitz, Paris, 1869. L'un des plus regrettés, le traité de la Cotistitulion d*AthènoSf a été retrouvé récemment (janvier 1891) sur un papyrus du Brilish Muséum. — Plusieurs de ceux qui nous restent sont mutilés, défigurés et offrent un mélange confus de texte authentique et de commentaires apocryphes. Quelques-uns, comme les Catégories, le De interpretationSf le traité De Mcli&so^ Xenophane et Georgia, V Éthique à Eudèine^ etc., sont douteux. D'autres enfln, comme le De motu animalitim, les Physiognomiquesy les Économiques, la ïiMtoriqite à Alexandre, etc., sont positivement apocryphes.

Jtant de théories d'ensemble sur un ou plusieurs 3 déterminés, résumées et systématisées par la fraie. Réciproquement, la philosophie proprement première [nçoivi] cpiXoaoipla) est une science à ée à d'autres sciences (philosophie seconde), distinct et déterminé: l'être en soi, l'absolu, est en même temps la science universelle, emmant toutes les spécialités, en ce sens que son abrasse et contient les principes de toutes les causes premières de tout ce qui existe {rj xwv

de la science, niée par les sophistes et les scepîs pour Aristote l'objet d'un doute. Seuls parmi ivons part à l'intellect actif, c est-à-dire à Dieu ui, à la connaissance de l'absolu; seuls nous de la parole. Par le langage, nous énonçons les choses comme nous les concevons; par la concevons comme elles sont: les manières gé- ^r les choses ou parties du discours {catégories la grammaire) répondent aux différentes formes îous les concevons ou catégories de l'enlende- , quantité, qualité, relation, lieu, temps, situa- ^tre, action, action subie), et ces catégories de priment à leur tour la manière d'être des choses rrjYOQtai TGV ovvoç) : c'est-à-dire que les choses t des substances, soit des quantités, soit des t ne sont pas seulement conçues comme telles 2.

l"" Philosophie première.

mathématiques et physiques s'occupent de la iialité des choses, de leurs relations: la philo-

, 2, 14. Cf. I, 8; I, 10. — a Métaphysique, V, 7; VI, 4.

Sophie première a pour objet la reine des catégories, celle à laquelle se rapportent toutes les autres et dont elles ne sont que des parasites, la substance [ovaia). Elle se demande ce qu'est l'être en soi, en dehors de toutes les relations de temps, de lieu, etc. {xi t6 ov i] oV), l'être absolu et nécessaire,' l'essence éternelle des choses, par opposition au relatif, au contingent, à l'accidentel^.

C'est donc à juste titre que Platon l'envisage comme la science de l'être réel (ro oVrwç ov) par opposition à ce qui parait être et n'est en réalité qu'un rapport passager. Son tort est de voir l'être réel dans les Idées, séparées des individus qui les traduisent {idtai ;fft>(>f(Tra/). Vainement on chercherait dans ses écrits la preuve de l'existence des Idées séparées des choses. On ne sait du reste à quoi bon cette théorie qui, loin de résoudre le problème métaphysique, ne fait que le compliquer en doublant le monde réel d'un monde d'homonymes inutiles. Les Idées séparées ne concourent, en effet, ni à la formation, ni à la conservation, ni .à l'intelligence des choses {^içyvîsioiv). On ne sait quel est le rapport entre les choses et les Idées {xqonoç xad^ ov xaïXa èx xoiv ddo)v èoxiv). Appeler les Idées des modèles et y faire participer les choses, c'est se servir de métaphores poétiques pour ne rien dire (rô dt Xtyeiv naqaddyfiaia dvai xal fuxéx^v aviiav xakXa XEVoXéyEiv èoxi y.aï fiexacpo^àç Ktyuv noLTjxixdç). Du reste, si l'Idée générale est la substance des individu^, l'essence des choses, comment existerait-elle séparée de ce dont elle est la substance et l'essence (/wfuç xt]v ovaiav xai ov r oioiaY^ Le général ne saurait exister en dehors et à côté de l'individuel (ro xad-oXov ai) tan xi naqù xa xaS-' txaar«). Donc, envisagées en elles-mêmes et abstraction faite des choses, les Idées ou types spécifiques ne sont pas des êtres réels, des substances (ovamt), si l'on entend par ovala ce qui

* Métaphysique, VI, 1 ; XI, 4, 7.

98 rniLOSoiMiiE gbecque

existe par soi-même ^. Âristole ne Die pas d'ailleurs l'existeDce objective des espèces. Pour lui, comme pour Platon, l'Idée générale est l'essence de l'individu et peut s'appeler ovaia pour autant que ce mot signifie essence. Ce qu'il nie, c'est que les Idées existent indépendamment des choses (xcoçiç)' Étant la forme de la chose, l'Idée lui est inhérente, immanente, et ne peut en être séparée que par l'abstraction. Essence de l'individu, elle forme avec lui un tout indivisible. Au tV naçà va noXXd, il faut substituer le éV xaià xâv nollviv ou èv volç noXloîç^.

D'autre part, la théorie matérialiste est également chimérique : la substantialité n'est pas davantage dans la matière séparée de la forme {elôoç, /xoç^t]^ c'est-à-dire non seulement la façon de la chose, sa longueur, sa largeur, sa hauteur, mais tout l'ensemble de ses propriétés)- La matière sans l'Idée est une abstraction, tout comme l'Idée séparée de l'individu qui la réalise. Le mouvement, de même, n'existe pas par lui-même, mais suppose un substratum. Ce qui existe donc réellement, substantiellement, ce n'est ni l'Idée, ni la matière, ni le mouvement, c'est l'ensemble de tout cela (avvoXov), l'individu (rode zi). La réalité est chose concrète {/iixtop) ; elle a ses éléments constitutifs, que la pensée distingue, mais qui n'existent pas séparément les uns des autres. De ces éléments le plus important {xvQtuiveQop) c'est l'Idée, la former synonyme chez Aristote d'essence ou d'âme. La matière n'en est que le support, mais le support indispensable.

Cela posé, quelles sont les causes génératrices de l'être réel? Tout produit, soit de l'art, soit de la nature, a une cause matérielle {iilv^, v7ioxelfievov)y une cause formelle (ro eîâoç, xo xi èoviy xo xi tjv dvaCjj une cause efficiente ou motrice (a(>;f r rrjç yHviatoiÇy ccQ^i) rijç xivriaeioÇy xo od-ev t} xivrioiç, xo od^tp t]

1 Met,, I, 9, 15-16; V, 8, 14; XII, 10, 22, XIV, 3, 12, 4, 9. — « MéL, III, 4, 1. — Analyt, pusL^ I, 11.

aQx^ rrç xivrjaeiog^ xo aïviov r/]ç fieia(ioXfjÇj z6 xivovv, i6 xivrjiixov) et une cause finale (ro ov évexa^ lo véXoç^ idyad-op) *. Dans l'ordre de l'art, un meuble, par exemple, ou une statue, supposent: 1® une matière, bois, marbre ou airain, dont ils sont faits ; 2"" une idée (plan ou modèle) d'après laquelle ils sont faits et qui existe, pour la stalue dans la pensée du sculpteur, pour le meuble dans celle du menuisier; 3^ des bras, des mains et des instruments comme forces motrices et causes efficientes; 4<* un but ou mobile qui met ces forces en jeu et qui les fait passer de la puissance {ôvvafiiç) à l'acte {èvt{)y€ia). Il en est de même dans la nature et spécialement dans la nature organique. Un organisme vivant, un homme par exemple, est le résultat de ces quatre facteurs : l"" la substance servant de point de départ et de substratum au développement embryonnaire; 2* l'idée ou type spécifique suivant lequel l'embryon se développe, la forme qu'il tend à se donner; 3® l'acte générateur; IV" le but (inconscient) de cet acte, savoir la production d'un homme nouveau. Il y a donc, pour tout fait et pour le fait universel lui-même (le monde), quatre espèces de causes: la matière, l'idée, la force et le but final. Où ces quatre principes se 'rencontrent, ils concourent à produire l'être réel, objet d'art ou être vivant. Ces principes, du reste, n'existent pas substantiellement et sont toujours inhérents à un individu; tout produit de la nature est précédé d'un individu de même espèce, dont il est issu générativement; de même, dans l'ordre technique et dans l'ordre moral tout fait suppose une cause actuelle : un homme instruit devient tel par l'organe d'un autre homme instruit; la cause motrice est toujours un être concret, et ce qui existe en puissance ne passe à Tacte que sous l'impulsion de quelque chose d'actuel.

Si la réflexion philosophique distingue quatre principes géné-

1 Métaphysique, 1, 3. Cf. Vil, 7 ss. ^ : .^ .. -:

iioses, très souvent cependant trois d'entre eux, 3 motrice et la fin, se confondent et n'en forment ^X^tai de va TQta eiç zo éV TioXkdxiç). Dans la t, c'est ridée d'Hermès, par exemple, telle qu'elle igination du sculpteur, qui met en jeu ses nerfs et ît qui est en même temps la fin qu'il tend à rëant la matière. Dans la nature, s'agit-il de produire est V homme qui est l'idée réalisée par la génération, le qui la réalise, et il la réalise aux fins de repro- (to fièp yài) xi èari xai vo ov ëvexa ëv èoiiy i6 ]aiç TM eïâet ramo xomoiç'^). Dans les deux cas, à la fois cause formelle, force motrice et but. >nc en dernière analyse que deux principes des ou forme qui les effectue et où elles tendent, et la ffe dont elles sont faites, Yddoç et la t;Jl?j, celui-là use proprement dite; celle-ci, d'importance secon- 3 condition {avvatviov). Ces deux principes étant 3 obligés de tout devenir, ne peuvent être devenus, ndrés à leur tour : car, dans ce cas, ils eussent dû ne d'être, ce qui ne se peut. Ils précèdent néces- « génération, puisque toute génération n'est poseux ^. La matière comme la forme est éternelle comme chez Platon, mais l'éternité de la matière )as, dans le système du Stagirite, un dualisme natière et l'Idée étaient contradictoirement oppotre, comme il semble qu'elles le sont chez Platon, )urrait-il qu'elles s'unissent entre elles, qu'elles collaborent en quelque sorte dans la génération de ^ Ce qui est contradictoirement opposé ne peut ( yaQ va èvavvia \m àXXr^Xcov ^).

5 Platon, c'est-à-dire le néant, la privation absolue

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