‹ Histoire de la philosophie européenne (volume 2)Chapitre 34 sur 83 · RÉALISME ET NOMINALISME · texte numérisé non relu

RÉALISME ET NOMINALISME

l*Église ne le lui pardonna pas. Le concile de Soissons condî son hérésie et l'obligea de la rétracter (1092). Le nominali frappé d'analhème, se tut pendant plus de deux siècles ( reparut que vers J320, dans la doctrine d'Occam.

Dans la discussion soulevée par le chanoine de Compii les champions les plus ardents du réalisme avaient été Anselme et Guillaume de Champeaux, professeur à Paris, évoque de Châlons^. Saint Anselme combattait non seule l'hérésie dogmatique, mais aussi l'hérésie philosophiqui négation de l'idéalisme platonicien, l'antithèse de la philos spéculative. Dans leur âme, dit-iP (il s'agit des nominalii la raison est à ce point mêlée d'idées corporelles, qu'il leu impossible de l'en dégager, et de distinguer d'avec ces matérielles ce qui doit être considéré en soi et indépendani de toute concrétion corporelle .... Ils ne peuvent compn que r homme soit autre chose encore qu'un individu.

De son côté Guillaume de Champeaux pousse le réalism qu'à ses dernières limites. Il n'admet de réel que l'univers ce sont les individus qui, pour lui, ne sont que des flatus Au point de vue anthropologique, par exemple, il n'( réellement, selon Champeaux, qu'un homme, l'homme uni\ l'homme-type, l'homme-espèce. Tous les individus sont tiques au fond et ne diffèrent entre eux que par des mod tions accidentelles de leur commune essence. Champeau qu'un pas à faire pour être en plein panthéisme, et il < défenseur de l'orthodoxie, l'adversaire passionné de Théréi Roscelin! Étrange confusion des idées et des intérêts! < intellectuel dont la théologie catholique de nos jours comi à peine à se dégager!

Entre le nominalisme extrême qui dit : Universale posi

1 Mort en 1121. — ^ De fide Trin., c. 2. — Nous avons donc eu ra traduire nominaliame par matérialisme (p. 220).

et le réalisme extrême qui a pour devise : universale ante rem^ il y avait place pour une doctrine de juste-milieu qui peut se résumer ainsi : Universale neque ante rem nec post rem, sed IN RE. C'est le conceptualisme d'Abélard.

§ 34. Abélard.

Pierre Abélard ou Abailard*, né à Palais près Nantes, en 1079, suivit à Paris les leçons de Guillaume de Cbampeaux, le plus habile disputeur de Tépoque. Brouillé avec son maître, dont le talent brillant de l'élève excitait la jalousie, Abélard ouvre à 22 ans une école à Melun, puis à Corbeil. Sa réconciliation avec Champeaux le ramène à Paris, où il enseigne dès lors avec un succès inouï. Victime de la rancune du chanoine Fulbert, dont il a séduit la nièce, il se retire dans l'abbaye de Saint-Denis, tandis qu'Héloïse prend le voile à Argenteuil. Il profile de sa retraite pour écrire son traité De Trinitate, mais il attire ainsi sur sa tête les foudres de l'Église, qui, à Soissons^ le condamne à livrer lui-même son livre aux flammes (1122). Il fonde à Nogent-sur-Seine un oratoire qu'il dédie à la Trinité et spécialement au Paraclet, et qu'il abandonne plus tard à Héloïse, pour exercer les fonctions d'abbé de Saint-Gildas de Ruys. Dénoncé comme hérétique par saint Bernard de Clairvaux, il est condamné derechef, cette fois aux fers (1140); mais il trouve un refuge inespéré dans l'abbaye de Clugny, et un noble protecteur dans Pierre le Vénérable, dont les efforts réussissent à fléchir saint Bernard. 11 meurt, épuisé par la lutle. en 1142. Outre son De Trinitate il faut citer ses Lettres^ son Introductio ad theologiam et sa Theologia christiana, son Éthique {iVoscc' te ipsum), le Dialogue entre un philosophe, un juif et un chrétien ^

* Abaelardi Opéra, éd. Cousin, 1850-59. — Introduction de V. Cousin aux Ouvrages inédits d'AbéJard, Paris, 1836. — Cousin, Fragments de philosophie scolastique, Paris, 1840. — Charles do Rémusat, Abélard, Paris, 1845.

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