ABELARD
surtout le traité beauœup plus profond et plus scientifique d'Abélard : Nosce te ipsum.
Ce n'est pas qu'Abélard songe à séparer la morale de l'ontologie, à la manière de nos moralistes indépendants. Mais le oV dont il fait dépendre la loi morale, ce n'est plus le bon plaisir déifié des Pères latins. Dieu étant l'Être souverainement bon et parfait, tous ses actes sont nécessaires : car, où il est bien qu'une chose se fasse, il est mal qu elle ne se fasse pas, et celui qui ne fait pas ce que la raison exige, n'est pas moins en faute que celui qui fait «e qu'elle défend. Et de même que Dieu est déterminé dans ses actes par la raison, nous autres créatures nous sommes déterminées à notre tour par la volonté divine. Dieu étant la cause absolue, l'Être en qui nous avons la vie, le mouvement, l'existence, et par conséquent aussi le pouvoir et le vouloir, il s'ensuit qu'en un sens Dieu est aussi l'auteur de nos actes quels qu'ils soient, et que c'est lui qui fait ce qu'il nous fait faire {quod nos facere facit^).
La tendance au mal n'est pas le péché, mais la condition de la vertu, en tant que la vertu est un combat, et que tout combat suppose un adversaire. Ce n'est pas non plus l'acte en lui-môme, la matière du péché qui est péché; l'acte en lui-même est indifférent. Le péché réside dans la forme de l'acte, c'est-à-dire dans la volonté qui le dicte. Ce n'est ni la tendance au mal ni l'acte en lui-même qui est péché, mais c'est rintention bien arrêtée de satisfaire un mauvais désir, d'assouvir une passion. Il s'ensuit que l'homme qui, ayant consenti à une mauvaise action, a été empêché par une circonstance quelconque de l'accomplir, est aussi coupable que s'il l'avait accomplie. L'intention est tout aussi digne de châtiment que l'acte, et celui qui consent à faire le mal a déjà mal fait. Ce n'est pas à l'apparence et aux dehors, mais à l'esprit, que regarde le Juge suprême. En distinguant
1 Gomp. VÉthique de Geulinx (§ 54).
-ention de s'y livrer, entre le penchant na- 3 le suivre, Abélard condamne les exagérale qui voit dans la vie de l'homme un péché ant indifférent l'acte extérieur, il flétrit le de la morale catholique. Nous avons trouvé îptualiste les premières traces de Tinfluence âge : c'est encore Aristote et sa morale de pelle Téthique d'Abélard. îrd fut considérable. Nous la trouvons dans lit Sybestris^j daos Guillaume de Couches^, de Paris qui, dans sa Philosophia minor^^ olérance ecclésiastique, dans Gilbert de la Poitiers^, Jean de Salisbury, évêque de lans son adversaire, Hugues de Saint-Victor, hée par saint Bernard, parce qu'il distingue é, entre la personne et l'essence de l'Être vin, dit Jean de Salisbury dans son Polyet dispensateur de la vie, ne remplit pas laine, mais toute créature dans Tunivers... ïu il n'y a pas de substance de la créature, nt qu'en tant qu'elles participent à l'essence présence, Dieu enveloppe sa créature, la de lui-même... Toutes choses, même les ieu, mais chacune le révèle a sa manière, ière du soleil est autre dans le saphir, autre itre dans la topaze, de même Dieu se révèle liment divers dans les différents ordres de
ocosmua^ fragni. publ. par Cousin. — ^ Magna de ^ragmaticon philosophicBy elc, — Philosophia minor, ' Mort en 1154. — Comm. in Boëth, de Trin, — De t en 1180. — Opéra, éd. Giles, 5 vol., Oxf., 1848. ,5;III, 1; VII, 17.