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HUGUES DE SAINT-VICTOR

la force naturelle, la force vitale et la force aDimale. La force

naturelle a son siège dans le foie, où elle prépare le sang et les

humeurs qu'elle distribue par les veines à travers tout le coros.

Tour à tour appétitive, rétentive, expulsive et distril

est commune à tous les animaux. La force vitale,

dans le cœur, se manifeste dans l'acte respiratoire. 1

le sang moyennant Tair aspiré, et le fait circuler à

artères. C'est elle enfin qui engendre la chaleur vitale

animale ou psychique, dont le siège est le cerveau, €

sensation, le mouvement, la pensée. Chacune de ces

tions de Tâme a pour organe une région différente d

La sensation est attachée à la partie antérieure, le me

la partie postérieure, la pensée à la partie moyenne

gane. Il n'y a pas deux âmes différentes : une âme

principe de la vie corporelle, et une âme intelligent

de la pensée. L'âme (anima) et l'esprit (antmus siv

sont un seul et même principe. L'esprit est ce prini

déréen lui-même et indépendamment du corps; l'a

même principe en tant que le vivifiant^.

Il y a dans ces lignes du De anima un sentiment lité qui fait contraste avec les stériles arguties du sp dualiste; et quand, dans les Libri didascalici, Hugues Victor retrace les progrès successifs de la vie psychiq la plante jusqu'à l'homme, il semble préluder à l'évoli et à la psychologie comparée.

^ Hugues a une vague idée de la circulation du sang et de ] entre le sang veineux et le sang artériel. C'est d'ailleurs au foie attribuer Télaboration première du liquide vital. — * De anima, idemque spiritus ad seipsvm dicitur 8piritu9, et ad corpus anhi est in quantum est ratione prœdila substantia ; anima in quan corporis.,. Non duœ animœ, sensualis et rationalis, sed um anima et in semet ipsa vivit per intellectum et corpus «ei sensum.

§ 36. Progrès de la libre pensée.

Le disciple de Hugues, l'Écossais Richard^, prieur de Sainl- Victor, esquissa dans son De Trinitate un système de philosophie religieuse non moins empreint que les écrits du maître de l'esprit du libre examen. On en jugera par ces lignes caractéristiques : J'ai lu fort souvent, dit-il, qu'il n'y a qu'un seul Dieu, que ce Dieu est un quant à la substance, triple quant aux personnes; que les personnes divines se distinguent entre elles par une propriété caractéristique; que ces trois personnes ne sont pas trois dieux, mais un seul Dieu. Tout cela se dit et se lit fréquemment; mais je ne me souviens pas d'avoir lu quelque part comment cela se prouve. En ces matières les autorités abondent, mais ce qui n'abonde nullement, ce sont les démonstrations, les preuves, les raisons. Il importe donc de trouver une base solide, inébranlable, inaccessible au doute, sur laquelle le système puisse s'édifier^.

Pour le dogme de la Trinité, Richard trouve cette base dans l'idée de l'amour divin, qui nécessairement se donne un objet. Mais cette démonstration ne semble point lui suffire, et si son De Trinitate est conçu dans l'esprit d'Abélard, son De contentplatione entre franchement dans les idées de Hugues. Renonçant à atteindre Dieu par le raisonnement, Richard substitue à la réflexion le sentiment, et distingue six degrés dans l'ascension mystique de l'âme vers Dieu. Aux degrés supérieurs, l'âme est dilatée, élevée au-dessus d'elle-même, enlevée à elle-même, délivrée d'elle-même (dilalatio, sublevatio, aliénation excessus). Toutefois, mystique ou rationaliste, Richard professe une sorte d'émanatisme néoplatonicien et l'identité de la nature et de la grâce.

1 Mort en 1174. — Opéra, Venise, 1506; Paris, 1518. — • L. I, ch. 5-6.

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Alain de Lisle^, orthodoxe d'ailleurs, tente de construire le système dogmatique par une méthode strictement mathématique et aboutit à cette conclusion que tout est en Dieu et Dieu en tout.

Robert de Melun^ distingue — symptôme grave! — entre eventiis qui secundum rerum naturam contingunt et eventus qui contingunt secundum Dei potentiam quœ supra rerum naturam est. Du reste, sincèrement dévoué à l'Église et à ses doctrines, il s'en fait l'apologiste vis-à-vis de l'hérésie qui dès à présent la menace. 11 est, dit-il, des gens qui nient la conception miraculeuse du Christ, parce que ce fait serait contre le cours naturel des choses. Mais Dieu, qui est Tauleur de la nature, n'est-il pas au-dessus d'elle, et n'a-t-il pas le pouvoir d'en modifier le cours ordinaire? Que ces douteurs nous expliquent donc la naissance d'Adam et d'Eve! De même que les protoplastes ont pu naître sans mère terrestre, Jésus a pu venir au monde sans père humain.

A ces essais de philosophie chrétienne viennent se joindre les Huit livres de sentences de l'Anglais Robert PuUeyn*, et les Quatre livres de sentences de Pierre de Novare ou le Lombard [Magister senteniiàrum^). L'ouvrage de Pierre Lombard, dont le succès éclipsa bientôt celui de Pulleyn , forme une dogmatique complète. On y trouve traitées une foule de questions qui témoignent de la futilité des discussions de l'École, mais qui en partie aussi trahissent les progrès de la pensée, impatiente de la tutelle ecclésiastique : Comment concilier la prescience divine avec la création libre (si Dieu a prévu qu'il créerait, il a bien fallu qu'il créât, et la création dès lors n'a pas été un acte libre. Si Dieu ne l'a pas prévu, que devient sa toute-science)? Où était Dieu avant la création (il n'a pu être au ciel puisque le ciel aussi a

1 Alanus ah insulis, prof, à Paris, mort en 1203. — Opera^ éd. de Visch, Anvers, 1653. — ' Mort en 1173. — Summa theologiœ (Hauréau, ouvrage cité, I, p. 332 S8.). — 3 Mort vers 1154. — * Mort en 1164, évéque de Paris. — Libri quatuor sententiarum (éditions de Venise, 1477; de Bâle, 1516, etc.).

été créé)? Dieu aurait-il pu faire les choses mieux qu'il ne les a faites? Où les auges étaient-ils avant la création du ciel? Les anges peuvent-ils pécher? Ont-ils un corps? Sous quelle forme Dieu et les anges apparaissent-ils aux hommes? Gomment les démons pénètrent-ils dans les hommes? Quelle était la taille d'Adam lors de son apparition sur la terre? Pourquoi Eve a-t-elle été tirée d'une côte, et non d'une autre partie du corps d'Adam? Pourquoi a-t-elle été créée pendant qu'Adam dormait? L'homme eût-il été immortel s'il n'avait point péché? Et dans ce cas, comment les hommes se seraient-ils multipliés? Les enfants seraient-ils venus au monde à 1 état d'hommes faits? Pourquoi est-ce le Fils qui est devenu homme? Le Père et l'Esprit saint n'auraient-ils pas pu le devenir? Dieu aurait-il pu devenir une femme aussi bien qu'il a pu s'incarner dans un homme? — II. y a, dans ces comment et ces pourquoi multipliés à l'infini, cette curiosité naïve, cette indiscrétion charmante qui est le propre de l'enfant, mais il y a aussi les symptômes non équivoques d'une pensée déjà mûrie et presque émancipée.

La piété mystique puisa dans les Sentences une antipathie nouvelle contre les subtilités de la dialectique. Abandonnant de plus en plus la théologie systématique, elle se donne au christianisme pratique, à la prédication, à la composition de traités d'édification; et, tandis que le maître des sentences prétend servir l'Église avec non moins de fidélité que Robert de Melun, Gauthier de Saint-Victor, mort vers iJ80, dénonce le Lombard, son disciple Pierre de Poitiers, Gilbert de la Porrée et Abélard, comme les quatre labyrinthes de France, où il faut se garder de s'égarer*. Mais ces résistances ne contribuent qu'à développer l'hérésie. On ne distingue plus seulement entre les effets de la volonté divine et les effets de la nature, mais entre la vérité philosophique et la vérité religieuse. On commence à admettre

1 Du Boulay, Historia universitatis Pariaiensity t. I, p. 404.

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