‹ Histoire de la philosophie européenne (volume 2)Chapitre 40 sur 83 · INFLUENCE CROISSANTE DE L.\ PHILOSOPHIE D ARISTOTE · texte numérisé non relu

INFLUENCE CROISSANTE DE L.\ PHILOSOPHIE D ARISTOTE

met? Avec ce (act admirable qui rarement s est démenti, le catholicisme reconnut Aristote pour l'exploiter à son profit.

Mais voici Tavanlage capital que lui offrait une alliance avec la philosophie péripatéticienne. Du moment que le système d* Aristote était reconnu comme l'expression seule authentique de la raison humaine, son autorité se substituait tout natuirellement à celle de la pensée libre. L'adoption du péripatélisme donnait donc à l'Église le moyen de réglementer, mieux encore que par le passé, la philosophie scolastique. Pendant la période platonicienne, la pensée a joui d'une indépendance relative; son but a été de prouver l'accord entre le dogme et la raison naturelle, et nous l'avons trouvée largement rationaliste dans l'accomplissement de cette tâche. Désormais il ne s'agira plus de prouver l'accord du dogme avec la raison, mais son accord avec la lettre des écrits d'Aristote, et cet accord prouvé, Aristote sera l'arbitre suprême; son système, le critérium officiel de l'orthodoxie des philosophes. Aristote, c'est encore la raison, mais la raison disciplinée et réduite en un code invariable. Abandonnée à elle-même, la raison est une autorité changeante, dont l'accord avec la foi n'est pas nécessairement définitif. Ce qui était accord chez saint Anselme était désaccord chez Abélard, Gilbert, Amaury, David. L'esprit est mobile, révolutionnaire; la lettre est éminemment conservatrice. En adoptant comme sienne la philosophie d'Aristote, l'Église se servait du plus illustre des penseurs pour enchaîner la pensée.

Aux avantajges de l'alliance péripatéticienne se mêlaient, il est vrai, des inconvénients qui deviendront par la suite des dangers sérieux. D'une part, en démontrant la vérité du dogme par son accord avec Aristote, on plaçait involontairement l'autorité d'Aristote et de la philosophie au-dessus de l'autorité de l'Église, et de l'autre, l'influence du Stagirite devait introduire dans la scolastique un élément nouveau et peu favorable à l'omnipotence spirituelle de l'Église : le goût des sciences et l'esprit d'analyse.

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