LES PÉRIPAÏÉTICIENS DU TREIZIÈME SIÈCLE
et mécanique, mais s'y trouvent reliés par Tidée d'individuation {incorporcUio),Les idées dues à rinfluenced'Aristote donnent lieu, chez ce scolastique, à une terminologie nouvelle. Le vi èotv d'Aristote, par exemple, devient la quiddttas. Le langage philosophique se développe et s'enrichit au détriment de la latinité cicéronienne, que la Renaissance se chargera de venger des mépris de l'École.
Réaliste, puisque l'universel est pour lui une réalité, Vincent fait un pas important vers le nominalisme en distinguant entre universale metaphysicum et universale logicum^ c'est-à-dire entre le type spécifique existant réellement dans les individus qui composent l'espèce, et la notion générale correspondant à ce type et qui n*est qu'une abstraction de la pensée. Cette distinction est une déviation du réalisme dans le sens nominalisle, car le pur réalisme de Ghampeaux et d'Anselme identifie d'une manière absolue le type spécifique et l'idée générale: ce n'est pas encore, il s'en faut, du nominalisme pur, puisque le nominalisme est la négation absolue de Vuniversale metaphysicum ^ comme réalité objective.
Un autre dominicain déjà mentionné^, Albert de Bollstœdt^, commente la plupart des ouvrages d'Aristote, travaille avec une inratigable ardeur à la propagation de sa philosophie, et se fait remarquer par son goût pour les sciences naturelles. Sous ce dernier rapport, il est le précurseur de Roger Bacon, de Raymond Lulle et de la renaissance scientifique. Tant il est vrai que l'alliance péripatéticienne avait ses périls pour TÉglise.
Moins érudit qu'Albert et moins épris de la nature, mais plus spéculatif, le franciscain Jean de Fidanza, connu sous le nom de saint Bonavenlure^, confond dans une même afi^eclion
1 §37. — a Albertus Magnus, mort en 4280 à Cologne. - Opéra, éd. P. Jamray, Lyon, 1651 (21 vol. in-fol.). — ^ Mort en 1274. — Auteur d*un Commentaire sur les Sentences du Lombard, d'un Itinerarium mentis in Deumy conçu dans Tesprit des mystiques de Saint-Victor, etc. Éditions de Strasbourg, 1482, de Rome, 1588 ss., etc.
Aristote et Platon, la philosophie rationnelle et le mysticisme contemplatif, la piété et la science, réconciliant ainsi dans sa personne deux éléments qui tendent de plus en plus à se séparer
acte, L'ɧlise reconnut ses services en le ses saints, et l'École lui décerna le e.
lustres viennent compléter la pléiade ième siècle, et achever Tœuvre de la et le Lycée : le dominicain saint Thomas Duns Scot.
>aint Thomas d'Aquin.
hle du royaume de Naples, Thomas re à la vie aventureuse du seigneur sances de l'étude, et se donne, malgré 3n père, à Tordre de saint Dominique, moment où il quitte la terre italienne 1 est retenu captif au château paternel, parvient à s'échapper et à s'asseoir, à ert le Grand, dont il devient le disciple temps qu'il se passionne pour l'étude ses efforts tendent à faire connaître à losophie du Stagirite d'après le texte hysique et sa Métaphysique , dont on raductions latines, faites elles-mêmes s. Revenu plus tard dans la péninsule, ine âgé de 50 ans, une série de traités relatifs à la meta-
) (48 vol. in-foL); Venise, 1594; Anvers, 1642 ; Tne, 1852. — Ch. Jourdain, La philosophie de 1858. — Cacheux, De la philosophie de saint itre est doctor angelicus.
SAINT THOMAS D AQLIN 225
physique d'Aristole {Opuscula de materiœ natura^ de ente et essentia^ de principiis nalurœ, de prindpio individuationn universadibus, etc.), et sa Summa theologiœ, éclipsant peu à les Sentences de Pierre Lombard, est devenue la base de seignement dogmatique de TÉglise.
La philosophie de saint Thomas n'a d*au(re ambition qi reproduire ûdèlement les principes du Lycée. Ce qui nous y resse, c*est donc moins le fond que la forme néo-latine don revêt les idées du Stagirite, et d'où dérive en partie notre gage philosophique moderne.
La philosophie proprement dite ou première a pour rêtre en tant qu'être {ens in quantum ens = ro ov ij oV). I deux sortes d'êtres (entia) : les êtres existant objectiven réellement, essentiellement {esse in re), et ceux qui ne que des abstractions de la pensée ou des négations, tels, exemple, que la pauvreté, la cécité, le défaut en général pauvreté, la cécité, la privation existent; ce sont des ^ (ovia), mais non des essentiœ {ovaiai *). Les essences, subst« ou êtres proprement dits [essentiœ, substantiœ) se divise leur tour en essences simples ou pures et en essences compi de forme et de matière. Il n'y a qu'wwe essence simple ou fi pure: c'est Dieu. Tout le reste se compose de matière e forme.
La matière et la forme sont toutes deux des êtres (en elles se distinguent l'une de l'autre en ce que la forme e actu^ tandis que la matière n'est encore qu'tn poteniia. 1 un sens général, est matière tout ce qui peut être, tout ce existe en possibilité. Selon que la chose possible est une subst ou un accident, la métaphysique distingue entre materia ex aliquid fit (être substantiel en possibilité. Exemple : le sp( humain est materia ex qua homo fit^ un homme en possibilil
^ Opusculum de ente et essentia.
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materia in qua aliquid fit (accident en possibilité. Exemple : rhomme est materia in qua gignitur intellectus) . La materia ex qua n'existe pas en soi, la materia in qua existe comme sujet relativement indépendant (subjectum). La forme est ce qui donne rélre à une chose K Selon que cette chose est une substance ou un accident, nous avons aifaire à une forme substantielle ou à une forme accidentelle. L'union de la matière (esse in polentia) et de la forme {esse in actu) est la generatio {ylvEOd-av)^ qui est à son tour génération substantielle ou génération accidentelle. Toutes les formes, excepté Dieu, s'unissent à la matière, s'y individualisent et constituent les genres, les espèces, les individus 2.
Seule la forme des formes demeure immatérielle et ne connaît ni génération ni corruption. Plus une forme est imparfaite, plus elle tend à augmenter le nombre des individus qui la réalisent; plus une forme est parfaite, moins elle multiplie ses individualions; la forme des formes n'est plus une espèce, composée d'individus séparés les uns des autres, mais un être unique au sein duquel les différences des personnes se confondent incessamment dans l'unité de l'essence. Dieu seul étant forme pure {actus purus), sans matière et par conséquent sans imperfection (la matière étant ce qui n'est pas encore, c'est-à-dire le défaut d'être). Dieu seul est Tintelligence parfaite et complète des choses^. 11 possède la vérité absolue, parce qu'il l'e^^. La vérité, en effet, est l'accord de la pensée avec son objet. Dans l'homme, cet accord existe plus ou moins, sans être jamais de l'identité: en Dieu, les idées non seulement reproduisent exactement les choses, mais so7it les choses elles-mêmes. Au point de vue de l'homme, les choses smt d'abord, et puis il les pense : au point de vue de Dieu, la pensée précède les choses, qui n'existent
^ Opusc. de pitHcipiiê naturœ. — '^ Ibid., c. 3. — ^ ^umtna theologicBf ]y question 4.