‹ Histoire de la philosophie européenne (volume 2)Chapitre 44 sur 83 · DUNS SCOT · texte numérisé non relu

DUNS SCOT

était inclinée par aucun principe supérieur, étant elle-m principe suprême des actes divins. L'exislence du rnond d*être nécessaire, est le libre effet de la libre volonté de C'est donc à tort qu'Abélard prétend que Dieu n'a pu en ce qu'il a créé, et que ce qu'il a créé, il Ta créé nécessair et c'est par erreur que Thomas enseigne que le moi nécessairement le meilleur des mondes possibles. Dieu i pas tout ce qu'il peut et sait créer; il ne crée que ce ( plaît d'appeler à l'existence.

Cause première des choses, la volonté divine est pa aussi la loi suprême des esprits créés. Le bien, le juste morale, ne sont l'absolu qu'en tant qu'ils sont voulus de s'ils Tétaient indépendamment de la volonté divine, Di trouvant limité dans sa puissance par une loi qui ne dépe de lui, ne serait plus la souveraine liberté, ni par cons . l'Être suprême. En réalité, le bien n'est donc le bien qu qu'il plaît à Dieu qu'il en soit ainsi 2. En vertu de sa souveraine. Dieu pourrait remplacer la loi morale qui noi maintenant, par une loi nouvelle, comme il a remplace mosaïque par celle de l'Évangile; il pourrait surtout — sait s'il ne le fait réellement dans bien des cas? — il p nous dispenser de Taccomplir, sans que nous cession d'être dans le bien. Dans la création comme dans le goi ment du monde, Dieu ne connaît d'autre loi, d'autre d'autre principe que sa liberté. Et c'est parce qu'il est I nous dispenser, s'il le veut, d'accomplir telle ou telle loi ( moral, que l'Église a, de son côté, le droit d'accorder ci penses. Si Dieu n'est pas la liberté souveraine en cet tière comme en toutes choses, s'il est, comme le veut 1 d'Aquin, l'être absolument déterminé dans sa volonté souveraine sagesse, que devient le droit des indulgenc

^ In M, sentent,, I, distinction 39, question 1. — ^ i6/d., distincti

même que Dieu, Thomme est libre; la chute ne Ta pas privé du libre arbitre; il a la liberté formelle, c'est-à-dire qu'il peut vouloir ou ne pas vouloir, et il a la liberté matérielle^ c'est-à-dire qu'il peut vouloir A ou vouloir B (liberté de choix ou d'indifférence). )S doctrines, quoique diamétralement opposées à saint Aun, ne pouvaient être désagréables à l'Église, dont elles taient et encourageaient les tendances pélagiennes. Mais cachaient un danger, et l'Église, qui n'a pas béatifié Duns , semble l'avoir compris. En insistant si fort sur la liberté iduelle, le docteur subtil évoquait un principe nouveau, puissance anti-autoritaire, qui, grandissant de siècle en 3, finira par proclamer raffranchissement de la conscience ieuse et la déchéance de la tradition ecclésiastique, comme rité souveraine en matière de foi et de science. Aussi, dans ueslion des universaux, Duns Scot se rapproche-t-il du inalisme et de l'empirisme, tout en s'évertuant à demeurer ^ au système réaliste et rationaliste, qui est le drapeau de ise. Au fond, toutes ses sympathies sont pour l'individu, îlles sont pour la volonté, et si la raison est commune à c'est la volonté qui fait l'individu. L'individuation est pour m problème de prédilection. Tandis que son contemporain *i Gœthals de Gand ^, à l'instar de Guillaume de Champeaux, dans le principe individuateur une simple négation, et saint Thomas le trouve dans la matière (le non-être), Duns le déclare principe positif et lui donne le nom à'hœcceitas. lividu est, selon lui, l'ensemble de deux principes également ifs et réels : la quidditas (l'universel ou le type commun individus d'une même espèce) et Vhœcceitas^ principe de vualité ou de la différence des individus. La réalité ne se ^e ni dans la quidditas séparée de Vhœcceitas, ni dans

217-1293. — Quodliheta iheologica^ Paris. 1518. Summa theoL, ib., Ferrare, 1646.

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