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RENAISSANCE DES LETTRES

tique est un labyrinthe où l'âme, au lieu d'arriver a Dieu, s'en éloigne et le perd. Par le sentiment ils vont droit à lui; d'un bond ils s'élancent, par-dessus les obstacles de la pensée discursive, vers le centre des choses et le foyer de l'être, où la conscience de soi et la conscience de Dieu s'identifient. Aux uns le sentiment suffit, qui les transporte par enchantement aux sommets de l'existence et aux sources de la vie. Tel est Eckart*, provincial dominicain de Cologne et type achevé du mystique panthéiste. D'autres, tout en se proposant pour but l'identification avec Dieu, ne prétendent y arriver qu'au prix de longs et laborieux efforts, ajoutant ainsi à Tamour de Dieu la volonté du bien et la lutte morale comme condition indispensable du nirvana chrétien où ils aspirent. Ce sont les Jean Tauler^, prédicateur dominicain à Cologne et à Strasbourg, les Jean Wessel ^, les Thomas à Kempis^, auteur présumé de Y Imitation^ qui doivent cet élément nouveau à l'influence toute pélagienne du nominalisme. Cette influence est plus marquée encore chez les Français Jean Gerson*, chancelier, et Nicolas de Clémanges^, recteur de Tuniversilé de Paris, dont le mysticisme n'est guère que de l'ascétisme moral, et se distingue essentiellement de son homonyme germanique. Mais sous ces formes diverses s'agite une même tendance anti-scolâstique, un même esprit de réformation et de rénovation.

§ 43. Renaissance des lettres.

A chacun des éléments de progrès dont nous venons de parler, correspond un groupe de faits historiques d'une portée immense et qui donnent à ces tendances une impulsion décisive. La libre pensée s'empare avidement des chefs-d'œuvre littéraires de l'an-

* Mort vers 1300. ~ Voy. la monographie de Ch. Jundt. — ^ Mort en 1361. — » Mort en 1489. — * Mort en 1471. — » Mort en 1429. —Voy. Ch Schmidr, Essai sur Jean Gôrson, Strasb., 4839 — ^ Mort en 1440.

liquité, que lui révèle rémîgration grecque, et dont Tinvention de l'imprimerie vient à point lui faciliter l'accès. L'esprit scientifique et la tendance naturaliste, admirablement servis par l'invention de la boussole et du télescope, triomphent dans la découverte de l'Amérique et du système solaire, et puisent, dans la contemplation de ces horizons nouveaux et infinis, une ardeur et une assurance de plus en plus redoutables pour la scolastique et le système autoritaire de l'Église. En même temps le sentiment religieux se retrempe dans le grand mouvement réformateur du seizième siècle, dont le réveil littéraire du quinzième a été l'avant-coureur.

Sous les auspices du gouvernement byzantin, resté debout au milieu des ruines de Tancien monde, la presqu'île hellénique conservait, dans des formes vieillies et pédantesques, les traditions littéraires et philosophiques de Tantiquilé, le goût des études classiques, l'amour des grands noms de Platon et d'Aristote. On y étudiait ces penseurs dans le texte original de leurs ouvrages, à une époque où, en .Occident, le grec était une langue non seulement morte, mais absolument ignorée; on les y entourait d'une sorte de culte, et on les admirait d'autant plus qu'on se sentait impuissant à les dépasser. Aussi longtemps que ces deux astres et leurs satellites brillaient au ciel de Byzance et d'Athènes, le goût des études savantes et la libre spéculation ne pouvaient disparaître du sol de la Grèce, et s'y conservaient en dépit du pédantisme théologique des empereurs. L'influence de l'Orient sur l'Occident était donc, malgré tout, bienfaisante et libérale.

Dans une certaine mesure, celte influence remonte jusqu'à l'époque des croisades. Par une de ces «ironies du sort» si fréquentes dans l'histoire, l'Église catholique recueillit de ces expéditions des fruits tout diff^érents de ceux qu'elle en espérait. On s'était jeté sur l'Orient au nom de la foi romaine, et l'on en rapportait des hérésies. Les eflbrts inutiles que fit l'Église

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