RENAISSANCE DES LETTRES
d'Occident, dans la première moitié du quinzième siècle, pour se concilier TÉglise orientale, eurent des conséquences analogues. En entrant en contact avec l'Orient grec, elle en subit l'influence, bienfaisante pour TOccident, mais contraire aux tendances hiérarchiques du calholicisme. Déjà dans les siècles antérieurs, les Calabrais Barlaam et Léonce Pilate, puis le Dante, Pétrarque et Boccace, avaient nourri, en Italie, le goût des lettres grecques; mais l'Orient n'exerça sur l'Europe une action directe et féconde qu'à partir de 1438, et ce sont les savants, députés à Florence par l'Église byzantine, qui en furent les premiers organes. Destinés à être les agents de la réconciliation des deux Églises, ils devinrent les missionnaires de la civilisation classique, envoyés par l'Orient dans l'empire des papes.
Les savants grecs affluèrent plus nombreux encore, et ce fut une véritable immigration orientale en Italie, quand Byzance et les derniers restes de l'empire d'Orient tombèrent aux mains des Turcs (1453). Par cet événement, l'Italie redevint, au point de vue littéraire, artistique et philosophique, ce qu'elle avait été deux mille ans auparavant : elle redevint Grande-Grèce. Dès 1440 le savant grec George Gémisthe Pléthon^, député au concile de Florence, que les libéralités de Cosme de Médicis ont su retenir dans cette ville, y a fondé une académie platonicienne. Son compatriote Bessarion ^ lui succède dans la direction de l'école et dans son œuvre de propagande. 11 défend l'Académie contre ses compatriotes Gennadius, Théodore de Gaza et George de Trébizonde, disciples du Lycée, et gagne, en dépit de la résistance des péripatéticiens soutenus par les orthodoxes, un grand nombre d'Italiens au culte de Platon.
La langue grecque exerçait sur les compatriotes du Dante un
1 Iltpl wv 'ApioTOTATjç ïrpoç nXàrwva Sia^^prrai, Paris, 1540. — N(5|i.wv isMffpafT^ (fragm. recueiUis par G. Alexandre et trad. par A. Pellissier, Paris, j858). — 8 Advenus calumniatores PlatoniSj Rome, 1469.
prestige irrésistible. On Tétudiait avec cette ardeurpassionnée qui caractérise la race italienne. La philologie devint la science capitale. Ermolao Barbaro de Venise, Laurent Valla de Rome, Ange Polilien, furent les disciples empressés des exilés de Byzance. L'amour de la littérature ancienne et le dégoût du langage scolastique gagna jusqu'aux princes de l'Église. Le cardinal Nicolas de Cuse (Kuss*), en qui il y a letofle d'un Bruno et d'un Descartes, ose critiquer ouvertement les erreurs de la scolastique et recommander, comme préférable de tout point au système régnant, la philosophie de Platon, qui, dans sa pensée, se combine avec la théorie pythagoricienne des nombres. Le flot du classicisme monta jusqu'au trône pontifical, et l'on sait combien Léon X et son secrétaire Bembo préféraient Cicéron à la Vulgate. Dans l'esprit des hauts dignitaires de l'Église, comme dans les préoccupations des savants laïques, des poètes, des artistes, la religion de Virgile et d'Homère se substituait à celle du Christ, le joyeux Olympe au sévère Golgoiha; Jéhova, Jésus, Marie, devenaient Jupiter, Apollon, Vénus; les saints de l'Église se confondaient avec les dieux de la Grèce et de Rome; en un mot, l'on revenait au paganisme.
MarsileFicin^, disciple de l'Académie florentine, continue la lutte engagée par Bessarion en faveur de Platon. Pour lui, le platonisme est la quintessence de la sagesse humaine, la clef du
1 Diocèse de Trêves. — Cusanus, dont le vrai nom est Krebs, est mort en 1464. Ses Œuvres ont paru en 3 vol. in-fol., Paris, 1514. Le plus connu de ses traités, De docta ignorantia^ se trouve dans le premier volume. Le second, renfermant ses traités d'astronomie et de mathématiques, nous le montre comme le précurseur de Copernic et de la réforme du calendrier. Sa doctrine de Dieu-unilé absolue prélude à Bruno, et celle de la coïncidence des contradictoires f à Schelling et à Hegel. — Voy. Richard Falckenberg, Esquisse de la philosophie de Nicolas de Cuse (ail.). — ^ Florentin ; 1433-1499. — C'est aussi Florence et le siècle de la renaissance littéraire qui donnent le jour au grand politique et patriote italien Nicolo Macchiavelli (1469-1527), auteur de : Il principe, etc., dont le système repose sur ce principe que : la fin justifie les moyens (séparation de la politique d'avec la morale).
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christianisme et le moyen seul efficace de rajeunir et de tualiser la doctrine catholique. Éditeur, traducteur et com tateur de Platon et des alexandrins, Marsile Ficin est Tni pères de la philologie classique moderne en même temps q la renaissance philosophique. A ses côtés brille d'un éclal moins vif le nom du comte Jean Pic delà Miraodole (l/t63-l A Télude dé la langue et de la littérature grecques, il joint de rhébreu, persuadé que la Cabale juive^ est une soun sagesse non moins importante que Platon et le Nouveau 1 ment. Il lègue son amour de la philologie en même temp ses préjugés cabalistiques à son neveu Jean-François Pic Mirandole, moins doué que lui et d'une piété plus étroite, TAllemand Reuchlin, qui, de retour dans TEmpire, y ci philologie classique et hébraïque, et prépare, en combî Hochstraten et les obscurantins, la délivrance spirituelle patrie.
§ 44. Néoplatonisme. — Théosophle. — Magie.
Du mélange des idées nouvelles et des vieilles supersti naquirent des théories bizarre?, calquées en partie sur les trines néoplatoniciennes, et qui sont comme les échelons lesquels l'esprit philosophique et scientifique s'élève à Vi nomie. Elles se résument dans le mot théosophie. La théos partage avec la théologie la croyance au surnaturel et a^ philosophie la foi en la nature. Elle est un entre-deux, une de transition entre la théologie et la pure philosophie. Ce pas encore la science expérimentale moderne; car elle se I sur une révélation interne, supérieure à Texpérience sensil au raisonnement. Elle n'étudie pas la nature pour la na mais pour y découvrir les traces de l'Être mystérieux qi
^ Voy. sur la Cabale ou Kabbale, Munck, Système de la Kabbale, 1842. Mélanges de philosophie juive et arabe, Paris, 1859.
cache en môme temps qu'elle le révèle. Or, pour le découvrir, il lui faut une clef de Sésame, un instrument non moins mystérieux que l'objet de ses études. Elle est donc à la recherche rètes. Ce qui s'offre à elle sous cette forme, elle idité et en fait son profit. De là l'enthousiasme )s de la Cabale juive et du néoplatonisme ins- 3 la Mirandole, qui les assimile à celles de la îhlin, qui les exalte dans son De verbo mirifico^ arte cabaUstica ^.
ie ne se contente pas de sonder le grand ji suffit pas de connaître la nature; elle veut ce ncis Bacon : régner sur elle, la dominer, Tassu- ^me qu'elle prétend parvenir à la connaissance une doctrine secrète, elle se flatte d'arriver à 3 par un art secret, par des formules, des praises. C'est dire qu'elle passe nécessairement à la [ie^. La magie se base sur ce principe néoplalo- Qonde est une hiérarchie de forces divines, un s échelonnés en une série ascendante et descen- ;ents supérieurs commandent et les agents infé- . Pour pouvoir gouverner la nature et la transde ses désirs, il faut donc que le ihéosophc *ces supérieures dont relève la sphère sublunaire, 3int de vue d'Aristote et de Ptolémée, ces forces t les puissances célestes, les agents sidéraux, ) un rôle capital dans les élucubrations théoso-
u platonisme ou mieux du pythagorisme avec la lagie se personnifie le plus complètement dans le hlin, Agrippa de Nettesheim*, auteur d'un traité
» Hat,'uen:iu, 1517. — » Comp. §§ 25 et 20. — « Né à Cot à Grenoble en 1535.