SCOLASTIQUE ET TIIÉOSOPUIE, ETC
(1547-1606) et de Pierre de la Ramée ou Ramus^ (1515-1572), ardents ennemis de la routine et du système d'Aristote tel qu'on l'avait compris jusqu'alors, les universités continuèrent de professer le péripatétisme traditionnel, accommodé tant bien que mal aux exigences du dogme protestant.
L'opposition anti-scolastique de Reuchlin, d'Agrippa, de Paracelse, se continue du reste dans le pasteur saxon Valentin WeigeP (1533-1593), dans les deux Van Helmont^ (morts en 1644 et 1699), dans l'Anglais Robert Fludd^ (mort en 1637), qui, en vrai prolestant, prend la Genèse pour base de sa cosmologie, dans le savant Coménius^ (mort en 1671), dont la trinité de la matière, de la lumière et de Tesprit rappelle soit les trois degrés de l'être dans Plotin, soit les trois principes péripatéticiens de la matière, du mouvement et de l'acte, enfin, dans Jacques Bœhme, le ihéosophe de Gœrlilz (1575-1624).
Né de parents pauvres et voué de bonne heure à la profession de cordonnier, Bœbme manque absolument d'instruction. La Bible et les écrits de Weigel lui sont seuls familiers, mais suffisent k développer les germes puissants qui sommeillent dans cet enfant du peuple. Il devine que les choses visibles recèlent un grand mystère^ et il brûle du désir de le pénétrer. Chrétien fervent, il sonde les Écritures en suppliant Diçu de l'éclairer de son Esprit, et de lui révéler ce qu'il n'est donné à nul mortel de découvrir par ses propres efforts : et il est exaucé. Dans trois révélations successives, Dieu lui montre le centre intime de la mystérieuse nature et lui permet de pénétrer d'un
* Scholarum phys. lihri Vlll, Paris, 1565. — Schol, metaph. libri XIV^ Paris, 1566. — Voy. les monographies de M. Ch. Waddington (Paris, 1848) e.t de M. Ch. Demaze (Paris, 1864). — * TvwOt aeauTdv, nosce te ipsum, ibid., 1618, Ole. — 3 J. Bapt. Helmont, Opéra, Amsl., 1648. — Fr. Merc. Helmont, Seder olam s. ordo sœculôrum hoc est historien cnai*i*atio doctrinœ philo^ sophicœ per unum in quo sunt omtiia, 1693. — * Historia macro- et microcosmi metaphysicay physica et technica, Oppenh., 1617. — PhîL mosaicUy 1638. — ^ Synopsis physices ad lumen divinum reformatée, Lelpz , 1633.
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coup d'œil rapide jusqu'au cœur des créatures. Cédant à Tavis pressant de quelques amis, il se décide ïx consigner ce qu*il a vu, dans un écrit qu'il intitule Aurora et qui lui vaut, de leur part, le litre de philosophe teutonique. Ce livre, ainsi que plusieurs autres qui suivent^, est écrit en allemand, la seule langue qui soit familière à Bœhme, et par là déjà il appartient au monde moderne; il renferme, en outre, des hérésies dont Fauteur est loin de se douler, mais qui lui attirent, de la part du pasteur de Gœrlitz, une virulente admonestation ex cathedra et une surveillance Jalouse pour le reste de ses jours.
Dès la préface, en effet, l'orthodoxie la plus sincère s'y rencontre avec les idées les plus avancées de la spéculation ancienne et moderne. Si vous voulez être philosophe et sonder la nature de Dieu et la nature des choses, demandez avant loutà Dieu le Saint-Esprit qui est en Dieu et dans la nature. Avec l'assistance du Saint-Esprit vous pouvez pénétrer jusque dans le corps de Dieuy qui est la nature^, et jusque dans l'essence de la sainte Trinité: car l'Esprit divin est dans la nature entière comme l'esprit humain est dans le corps de l'homme.
Éclairé par cet Esprit, que découvre Bœhme au fin fond des choses? Une dualité constante, qu'il appelle lendresse et violence, douceur et amertume, bien et mal. Tout ce qui est vivant renferme ce duel. Ce qui estjndifférent, ce qui n'est ni doux ni amer, ni chaud ni froid, ni bon ni mauvais, est mort. Ce duel, celte lutte de deux principes opposés qui s'identifient dans la mort, Bœhme l'aperçoit dans tous les êtres sans exceplion : dans les êtres terrestres, dans les anges et en Dieu ^, qui est
1 Description des trois principes de Vessence divine, — De la triple vie de Vhomme, — De l'incarnation^ des souffrances^ de la mort et de la résurrection du Christ, — Du mystère divin et ten'estre, — De la pénitence, — De la régénération, — De Vélection, — Mysterium magnum, etc. (le tout en aUemand). Éditions d'Amsterdam (1675, 1682, 1730) el de Leipzig (1831 et suiv., 7 vol.). — * Aurora, chap. 2, 12; 10, 56 et passim, — * ifeid., chap. 2, 40.