TOMMASO CAMPANELLA
production d'une nouvelle existence; toute dissolution d'une combinaison est la formation d'une combinaison nouvelle.
L'âme de Tbomme est le suprême épanouissement de la vie cosmique. Elle procède de la substance de toutes choses par l'action de la même force qui du grain de froment fait jaillir l'épi. Tous les êtres, quels qu'ils soient, sont à la fois corps et âme: tous sont des monades vivantes reproduisant, sous une forme particulière, la Monade des monades ou l'Univers-Dieu. La corporéité est l'effet d'un mouvement vers le dehors, de la force d'expansion que possède la monade : la pensée est un mouvement de retour de la monade sur elle-même. C'est ce double mouvement d'expansion et de concentration qui constitue la vie de la monade. Elle dure autaut que le mouvement de va-et-vient qui la produit, et s'éteint sitôt qu'il cesse, mais elle ne disparait que pour se reproduire aussitôt sous une forme nouvelle. La genèse de l'être vivant peut se décrire comme l'expansion d'un centre vital ; la vie, comme la durée de la sphère; la mort, comme la contraction de la sphère et son retour au centre vital d'où elle est émanée*.
Nous retrouverons toutes ces idées, et notamment l'évolutionnisme de Bruno, dans les systèmes de Leibniz, de Bonnet, de Diderot, de Hegel, que sa philosophie contient en germe, et en quelque sorte> à Télat d'inditférence. Synthèse du monisme et de l'atomisme, de l'idéalisme et du matérialisme, de la spéculation et de l'observation, eHe est la souche commune des doctrines ontologiques modernes.
§ 50. Tommaso Campanella.
C'est également un Italien du midi et un dominicain, Tommaso Campanella^, qui prélude aux essays anglais et allemands
1 De triplici winimo, p. iO-i7. — ^ Opère di T. C, Turin, 1854 {Campanellœ Philosophia sensibus detnoyistrafa, Naples, 1590. — Philos, rationalis et realiê partes V, Paris, 1638. — Universalis philosophia sive metaphysi-
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272 PUILOSOPUIE MODERNE
sur reDleodemeot humain, c'est-à-dire à la crilique moderne. Ce vaillant champion de la réforme philosophique et de la liberté italienne, né près de Stilo en Calabre en i568, mourut à Paris en J639, après avoir passé vingt-sept ans dans un cachot de Naples, pour avoir conspiré contre la domination espagnole.
Campanella est le disciple des sceptiques grecs. A leur école il a appris que la métaphysique est édiûéesur la sable, si elle ne repose sur une théorie de la connaissance. C*est donc sur la question formelle que porte tout d'abord sa philosophie^.
Nos connaissances procèdent de deux sources : l'expérience sensible et le raisonnement; elles sont expérimentales ou spéculatives.
Les connaissances acquises par voie de sensation portentelles en elles-mêmes le caractère de la certitude? La plupart des anciens sont d'avis qu'il faut nous défier du témoignage des sens, et les sceptiques résument leurs doutes dans l'argument qui dit: l'objet perçu par les sens n'est autre chose qu'une modification du sujet, et ce que les sens nous montrent comme se passant hors de nous, n'est, en réalité, qu'un fait qui se passe en nous-mêmes; les sens sont 77ies sens; ils font partie de moimême; la sensation est un fait qui se produit en moi, fait que j'explique par une cause extérieure, alors que le sujet pensant pourrait en être, tout aussi bien qu'un objet quelconque, la cause déterminante mais inconsciente. Comment dès lors arriver à la certitude quant à l'existence et à la nature des choses extérieures? Si l'objet que je perçois n'est que ma sensation, comment prouver qu'il existe Ijors d'elle? — Par le sens interne, répond Campanella. C'est à la raison que la perception sensible
cçirum rerum juxta propria dogmata partes III, ibid., 1638. — AtJieismus triumphatus, Rome, 1631. — De ge^xtUismo non retinendo, Paris, 1636, etc.).
1 Pour la théorie de la connaissance de Campanella, voy. surtout VJntroduction à sa Philosophie générale ou Métaphysique.