‹ Histoire de la philosophie européenne (volume 2)Chapitre 7 sur 83 · PHILOSOPHIE, MÉTAPHYSIQUE ET SCIENCE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE, MÉTAPHYSIQUE ET SCIENCE

Tesprit scîenliBque et de sa tendance naturelle à tout ramener à Tunité.

Intimement liées d'essence et d'intérêts, la philosophie et la science le sont de même dans leurs origines et dans leurs destinées. Porté par un même instinct tout puissant à discerner les causes — reriim cognoscere causas — et à les ramener à l'unité d'une cause première, l'esprit humain n'a pas plus tôt conquis quelques vérités élémentaires en physique, en mathématique et en morale, qu'il se hâte d'en opérer la synthèse, d'en former des théories universelles, des systèmes ontologiques et cosmologiques, c'est-à-dire de philosopher, de faire de la métaphysique, A son ignorance de la réalité il supplée, soit par l'imagination, soit par ce merveilleux instinct de l'enfance et du génie, qui devine la vérité et ne la cherche pas. De là, le caractère, aprioriste, idéaliste et fantastique, mais de là aussi l'incomparable grandeur de la philosophie des anciens. A mesure que la somme du savoir positif augmente, que le^ travail scientifique se divise et, parla division, se développe, la philosophie se distingue davantage de la poésie, ses méthodes s'affirment, ses théories gagnent en solidité ce que les sciences acquièrent en étendue. Tout mouvement scientifique détermine un mouvement philosophique ; toute philosophie nouvelle est un stimulant pour la science. Si, au moyen âge, ce lien de solidarité semble rompu, le conflit n'est qu'apparent; s'il y a hostilité ou indiflerence à l'égard de la science, c'est de la part de la philosophie officielle de l'École; ce n'est nullement chez les philosophes indépendants, chrétiens, juifs ou arabes. Au dix-neuvième siècle, comme à l'époque de Roger B^con et à celle de Vérulam, il peut y avoir opposition entre la science et une certaine philosophie. La vraie science et la vraie philosophie ont toujours été parfaitement d'accord, et, sous des apparences de rivalité, leur entente aujourd'hui est aussi complète que possible.

INTRODUCTION

§ 2. Division.

Aux Grecs ioniens revient l'honneur d'avoir créé* la philosophie européenne; aux Néo-Latins et aux Germains, celui de lui avoir donné ses développements modernes.

Delà, dans l'histoire que nous avons à esquisser, deux grandes époques séparées tout ensemble et reliées entre elles par le moyen âge (époque de transition).

I. La philosophie grecque se développe, à son tour, en deux périodes distinctes: l'une de création spontanée, l'autre de réflexion sceptique et de reproduction.

J. Le problème qui domine la première est celui de l'origine des choses : le devenir. Son trait caractéristique est un panthéisme matérialiste chez les Ioniens, spiritualiste chez les philosophes d'Italie, influencés par l'esprit dorien. Les systèmes qu'elle produit renferment le germe de toutes les doctrines de l'avenir, notamment l'hypothèse moniste et Thypothèse atomisle,

1 Nous n'entendons pas affirmer par ce mot Toriginalité absolue de la philosophie hellénique. L'influence exercée sur son développement par TOrient ne saurait être mise en doute. Il n'y a pas trace chez les Grecs de philosophie proprement dite, avant qu'ils se soient mis en contact avec l'Egypte, c'est-àdire avant le règne de Psammétique, qui leur y donne accès. De plus, les pères delà philosophie grecque sont tous ioniens; c'est d'Asié-Mineure que la philosophie a été importée, en Italie d'abord, et à une époque relativement très récente, à Athènes, c'est-à-dire dans la Grèce proprement dite. Mais ce qui est décisif pour jious, c'est que nous trouvons dans la philosophie ionienne, et dès ses premiers pas, des idées dont la hardiesse contraste avec la timidité relative de la philosophie attique et qui supposent un très long développement intellectuel. L'influence de la science égyptienne et chaldéenne, attestée d'ailleurs par Hérodote, peut se comparer à celle des écoles arabes sur le développement de la pensée chrétienne au moyen âge. Elle a été exagérée par Rôth (Geschichte der abendlàndischen Philosophie) et niée à tort par M. Zeller {Die Philosophie der Griechen, t. I, trad. par M. Boutroux). Sur le rapport du pythagorisme et du platonisme à la spéculation indienne et iranienne et le rôle de Babylone comme entrepôt et centre d'échange intellectuel entre l'Orient et l'Occident, voy. § 9.

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