EMPÉDOCLE
lion qu'on pourrait appeler homéopathique par opposition à l'allopathisme d'Anaxag-ore. Ce dernier fait dériver la sensation du choc des contraires; selon Empédocle, c'est le contact des similaires qui la produit. Le lieu delà sensation et de l'âme, c'est le sang-, dans lequel les quatre éléments se pénètrent de la manière la plus intime. C'.e (jui le prouve, c'est qu'en soutirant au corps tout son sang-, nous lui enlevons la sensation, la conscience, la vie, en un mot l'âme. La santé de l'Iiomme dépend de la composition de son sang-. On est bien portant el hou, quand on a un sang- de composition normale (|xéar] xQàmç). Le sang- est chose sacrée et ne doit pas servir de nourriture... Dans ces doctrines, qui rappellent à la fois l'Eg-ypte, Moïse, Bouddha et Zoroastre, il y a comme des échappées sur les lointains horizons de la physiolog-ie moderne.
Quant au théolog-ien, il abrite son naturalisme sous les formes traditionnelles de la mythologie. Il divinise — mais de nom seulement, et non plus de fait, comme la croyance populaire — les quatre éléments, qu'il appelle Zeus, Héra, Orcus, Nestis, et les deux principes moteurs : l'Amour et la Discorde. Mais sous ce polythéisme naturalisé, il y a le monisme éléate et la tendance à ramener éléments et principes à une unité supérieure, qui est seule vrai Dieu. Le principe des principes, c'est l'Amour, dont les éléments ne sont que les agents et dont la Discorde elle-même est l'indispensable complice : Dieu ineffable, invisible, incorporel, ([ui parcourt l'univers sur les ailes de la pensée ^
Dég-ag'ée de son enveloppe théologique, l'idée maîtresse du système se retrouve chez Anaxagore, qui crée la physique corpusculaire, tout en préludant, par son hypothèse d'un voijç organisateur des choses, à la téléologie de Platon et d'Aristote.
1 Mullach, I, p. i2, V. 393.
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U PHILOSOPHIE GRECOUE
1 11. — Anaxagore
Anaxagore *, né à Glazomène en lonie d'une famille illustre, paraît avoir émigré à Athènes vers 460 et avoir été, durant trente ans, le centre de ce nouveau centre intellectuel de la Grèce. Sa liaison intime avec Périclès, Euripide, Protag"oras, et son profond mépris de la relig-ion oflicielle Tobligèrcnt, sur la lin de ses jours, de se retirer à Lampsaque, où il mourut vers 4:29, laissant, comme la plupart des grands physiciens, un livre Jteyl ((ûotcoç, dont il reste (Quelques fragments.
Anaxagore contredit lléraclile sur deux points essentiels :
1) Au dynamisme il oppose une cosmogonie mécaniste.
2) Au monisme hylozoïste il substitue le dualisme d'une substance inintelligente et inerte et d'un principe intellig-ent, cause du mouvement.
1. Les i\L\TÉRiAux de la cosmogonie. — La matière ne se réduit pas à un élément unique, à une substance homogène, eau, air ou feu, pouvant se transformer en d'autres substances. On ne conçoit pas qu'une substance en devienne une autre. Il y a donc une pluralité d'éléments, et il n'y en a pas seulement quatre, comme le veut Empédocle. mais une infinité. Ces germes des choses (anéQuara') existent en quantité innombrable et sont infiniment petits (xq^'u»^"™ ajceiga xal :7tÀfieoç xal (TfiixQOTTiTa), incréés, indestructibles, éternellement invariables quant à leurs propriétés essentielles. Leur somme totale est toujours la même; il ne peut rien s'en perdre, rien
s y ajouter (jtdvta ïoa deî... dei navra otiôèv èXdaaoi èaxiv oiJte Jt?t8Îco) ; ils
ne changent ni comme qualité ni au point de vue de la quantité. Il n'y a pour eux ni genèse ni corruption. L'idée qu'on
' Aristote, Méf., I, 3; passitn. — Simplicius, /n Phys., f. 33, 34, 35, 38. — Diog. Laërce. — Fragments recueillis par Schaubach (Leipz., d827), Schorn (Bonn, 1829), Mullach (I, p. 243 ss.), Ritter et Preller (p. 112 ss.). — Zévort, Z)/ssertation sur la vie et la doctritie d' Anaxagore, Paris, 1848. — - Le ternie d'ho-, méomérie [xb ô[i,oio|j,EQéç, xà ô|i,oio[i-EeTJ, f] ôjioiofxéQeia, al ôn-oioiiégeiai) faussement attribué à Anaxagore, appartient à Aristote et aux auteurs postérieurs et désigne chez eux, tantôt les corps composés de parties ou germes similaires (or, argent, chair, sang, etc.), tantôt, par métonymie, ces corps eux-mêmes..